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28 juin 2020 7 28 /06 /juin /2020 13:19

 

C’est une très intéressante découverte qui a été faite en novembre 2014 à Urçay, dans le département de l’Allier, par une équipe d’archéologues de l’INRAP Auvergne dirigée par m. Philippe Arnaud. Dans un niveau profond proche des fondations de l’église du village a été trouvé une rare obole du roi Lothaire (954-986). Cette petite pièce d’argent, apparemment en assez bon état pèse moins d’un gramme pour un diamètre de 17 mm et a été frappée à Bourges, comme l’indique son revers où est apparent le mot « Biturici ».

Il est impossible de connaître sa date d’émission ni, à fortiori, celle à laquelle elle a été perdue ou abandonnée dans le sous-sol du village d’Urçay mais l’essentiel n’est pas là. Cette monnaie, ainsi que la manière de construire les fondations du sanctuaire du village, prouvent une activité humaine antérieure à l’an 1000 dans un secteur de la vallée du Cher sur lequel nous n’avons aucune documentation historique. La prétendue dépendance de l’église vis à vis de l’abbaye Saint-Cyr de Nevers repose sur une homonymie : le « Urziaco », noté en 888 dans la charte 34 du cartulaire de la dite abbaye, est à identifier avec la paroisse d’Urzy, proche de la cité nivernaise. 

Dans le désert documentaire qui caractérise une grande partie du Berry du Sud avant la période féodale, l’archéologie est la seule ressource dont l’historien puisse se servir pour tenter une ébauche de carte de la présence humaine au cours de cette longue période qui va de la fin de l’Empire romain à l’édification des premiers châteaux de terre et de bois. Dans le cas présent, le sondage des professionnels de l’INRAP prouve l’existence d’une église antérieure à la période romane dans le bourg d’Urçay. Un niveau de sarcophage a été aussi révélé. 

Que conclure à partir de ces informations ? 

Trop peu de sites ont été fouillés de manière méthodique dans cette portion de la vallée du Cher pour tenter une approche raisonnée de l’occupation des sols à la période pré-féodale. Une constante cependant : la matière composant les sarcophages d’Urçay et de Drevant (à quelques kilomètres en aval) n’est pas locale. Les lourdes cuves de pierre ayant servi de tombeaux ont certainement circulé sur les eaux du Cher. Urçay n’est sur aucune route ancienne importante : la voie antique Bourges/Néris passe sur l’autre rive de la rivière. Il semblerait que le Cher, aujourd’hui impraticable pour la batellerie, ait favorisé la circulation des hommes et des biens dans ces périodes très anciennes. On ne peut que se réjouir des prospections subaquatiques qui auscultent ses eaux et qui pourraient, dans l’avenir, fournir de très intéressantes observations.

 

Note : l’image qui illustre ce billet est celle d’une monnaie identique à celle trouvée par les fouilleurs, proposée à la vente sur un site marchand.

 

 

© Olivier Trotignon 2020

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17 octobre 2017 2 17 /10 /octobre /2017 21:57

 

Une visite à la fontaine de saint Patrocle, au Colombier, près de Néris-les-Bains et Commentry, dans l’Allier nous donne l’occasion de jeter un regard sur l’un des plus vieux récits de l’histoire du diocèse de Bourges : comment Patrocle, prêtre berruyer, christianisa, dans le courant du Vie siècle, une partie de la zone méridionale de ce qu’on appelait déjà à l’époque le Berry.

Il est difficile de faire l’économie d’une brève bibliographie. Si plusieurs récits très largement postérieurs au décès de Patrocle sont parfois pris en compte pour écrire son histoire, seuls deux textes mérovingiens sont authentiquement contemporains du futur saint. Leur auteur, Grégoire de Tours, dans son Histoire des Francs (livre V chapitre X) et surtout dans son bref Vie des pères (chapitre IX), donne du personnage des détails autant biographiques qu’hagiographiques, souvent scrupuleusement recopiés dans la littérature contemporaine. Or, si ces détails sont incontestablement intéressants à lire, il n’est pas inutile de les replacer dans un contexte historique qui révèle toute leur valeur.

 

Grégoire de Tours indique que Patrocle est né à Bourges vers l’an 500, dans une famille de naissance libre assez cultivée pour donner à l’un de ses fils –le frère aîné de Patrocle portait un nom latin, Antonius – un nom grec peut-être puisé dans l’Iliade. Les deux frères reçoivent une instruction qui permet à Patrocle de quitter le Berry pour aller se mettre au service de l’aristocratie mérovingienne d’Île-de-France. Grégoire ne donne aucune information ni sur la nature de la mission dont est chargé Patrocle dans la sphère royale ni sur la durée de celle-ci. De retour à Bourges, il choisit de se faire prêtre, passe un certain temps comme diacre dans la cité archiépiscopale puis s’expatrie sur la limite méridionale du diocèse, dans la ville gallo-romaine de Néris, aujourd’hui Néris-les-Bains, au sud de Montluçon.

Le lieu ne manque pas d’intérêt. Importante cité du territoire biturige, Néris se trouve proche de la frontière de trois diocèses, Bourges, Clermont et Limoges, sans aucune autre ville importante aux alentours. L’emprise du pouvoir épiscopal, de part les distances qui la séparaient des grands centres urbains péri-régionaux, devait y être très faible. Cette communauté gallo-romaine, de part sa position sur des grands axes de circulation de l’Empire - elle figure sur la table de Peutinger -  avait été touchée par différentes influences spirituelles au cours de l’Antiquité : des fouilles, entre autres, ont révélé un culte d’une divinité orientale adoptée par une légion de passage par Néris. Cet environnement pouvait fragiliser la situation du Christianisme dans sa phase d’expansion et nécessiter la présence sur place d’une forte personnalité capable de faire face à toutes sortes de résistances. Patrocle, de part son expérience, a pu se charger de cette tâche.

 

J’attirerai aussi l’attention du lecteur sur une possibilité d’emprise politique du pouvoir mérovingien sur ce secteur du Berry du Sud : le cartulaire du prieuré dionysien de la Chapelaude, non loin de Néris, a contenu des copies d’actes, authentiques ou réécrits au Xieme siècle, signalant l’existence de liens entre la vallée du Cher et les souverains mérovingiens contemporains du siècle de Patrocle. Ceux-ci ne sont peut-être pas étrangers à la réussite du prêtre berrichon dans son entreprise d’évangélisation.

La première étape de l’installation du futur saint à Néris fut la construction d’un oratoire, comme si il n’y avait pas eu d’église avant. L’édification de ce lieu de culte s’accompagna de l’instruction d’enfants, sans doute fils des familles dirigeant la cité. C’est certainement dans ce vivier instruit par Patrocle que se révélèrent les futurs édiles chrétiens de Néris. Un archiprêtre est mentionné plus tard par Grégoire de Tours.

Cette étape de sa vie s’étant achevée sur un succès, Patrocle se tourna vers un univers bien différent et abandonna la sécurité de la ville pour les forêts de l’est du bassin alluvial du Cher. Au détail des instruments dont il s’équipe – une francisque et un outil de labour – on comprend que le prêtre berruyer s’est engagé dans un nouveau combat, contre la forêt, cette fois, réputée être sous l’emprise du diable et peuplée de gens que le message du Christianisme n’a peut-être jamais atteints. Patrocle va y défricher un lieu qui devient son ermitage et qui attire les populations locales, qu’il exorcise. Sans doute rejoint – la situation est classique – par des disciples, il ne renonce pas à la solitude et fixe ses nouveaux frères dans un monastère assez distant de sa cellule d’ermite où il achève sa vie à près de 80 ans, âge remarquable si le chiffre est juste.

Grégoire de Tours lui attribue, de son vivant, un grand nombre de faits miraculeux sur lesquels chacun est libre de se faire une opinion. L’histoire, dans tous les cas, est fort instructive pour éclairer la manière dont, dans ce très haut Moyen-âge, fut christianisé cette partie Sud du Berry

 

 

 

Arrêtons nous quelques instants sur la fontaine et les légendes qu’elle a inspirées. Il circule sur cet édicule une pléthore d’articles qui, comme souvent, se copient tous les uns sur les autres, au service d’intérêts spirituels multiples allant du Christianisme le plus intransigeant au paganisme le plus inspiré. Une chose, ceci dit, est certaine : aucun des écrits contemporains de Patrocle ne parle de cette fontaine.

Est-elle elle-même médiévale ? on peut le supposer, sans pouvoir l’affirmer. Il est probable qu’une partie des bassins, au moins les deux premiers, qui la composent ont été taillés au moment du chantier de construction de l’église voisine par des ouvriers spécialisés en gros ouvrages. La dernière cuvette est manifestement une ancienne meule dormante qui a été ajoutée pour peut-être disposer d’un abreuvoir supplémentaire. L’aménagement d’une source en fontaine propre et accessible est normal dans le contexte religieux et urbain de l’époque : un bourg, un chantier de construction d’une grande église et un futur prieuré rendaient un accès à de l’eau potable indispensable.

 

 

© Olivier Trotignon 2017

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10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 08:35

megalithe2

 

Avant d'entreprendre mes recherches sur la période médiévale, je me suis longtemps intéressé à la question des mégalithes. C'est dans les albums de photos prises à cette époque que j'ai retrouvé quelques clichés intéressant la période médiévale et un phénomène connu dans d'autres région: la christianisation des dolmens et menhirs berrichons.
Ma région n'est pas une terre de pierres levées, malgré une occupation importante du sol à l'époque néolithique. Seuls quelques ensembles de monuments sont visibles au nord et au sud de l'Indre, et dans le nord-est du Bourbonnais. Le Cher est aussi concerné, mais de manière plus ponctuelle, et aucun monument remarquable ne peut égaler les beaux dolmens des région de Vatan et Aigurande.
La christianisation des mégalithes s'est opérée selon deux pratiques. L'une s'est traduite par une destruction totale des monuments (menhirs abattus ou enterrés, tables de dolmens fracassées), l'autre, moins radicale, consistant à marquer les pierres préhistoriques de signes religieux. Des pierres levées ont été retaillées en calvaires (quelques cas en Bretagne) ou ont été plantées de croix ou gravées de signes de croix. Ces modifications datent, comme on le pense généralement, de la période médiévale et traduisent de la part des populations impliquées des sentiments sur lesquels la prudence commande de ne pas être trop catégorique.
L'ampleur des destructions n'est pas vraiment évaluée, et les désordres de construction constatés ne sont pas tous d'origine religieuse. Des pierres ont été déplacées pour des raisons cadastrales, réduites pour récupérer de la pierre, affaiblies par des mouvements de terrain et même les observations faites par les archéologues, seuls aptes à démontrer qu'un mégalithe a été victime d'une destruction volontaire par observation de la stratigraphie, ne peuvent garantir qu'il s'agisse d'une initiative spirituelle.
La prolifération de symboles chrétiens sur des pierres levées néolithiques est-elle une preuve de christianisation? Là encore, la relation n'est pas établie. Des clercs ont pu profiter de l'existence de menhirs dans leur paroisse pour dresser des calvaires solides, sans pour autant que ce geste ait une portée missionnaire. Plusieurs menhirs probables du département de l'Allier sont porteurs de croix, mais sont aussi situés sur des limites parcellaires (que leur présence a certainement engendrées). Un menhir crucifère peut être une limite paroissiale ou judiciaire, paroisse et justice qui ont pu fixer leurs limites à partir de ce menhir.

 

megalithe3

 

Reste qu'il y a des cas, à défaut d'être incontestables, qui demeurent troublants. Le dolmen du Chardy, dans les alentours de Montchevrier/Saint-Plantaire, dans l'Indre, est isolé en plein champ, dans une zone très faiblement peuplée. Ce mégalithe a subi deux altérations post-néolithiques: quelqu'un a tenté d'y tailler une meule de moulin, et une croix profonde y a été gravée. Pour la meule, on comprend qu'un meunier ait trouvé pratique d'exploiter une pierre hors sol pour équiper son moulin. Pour la croix, sa présence n'a pas d'utilité flagrante. L'hypothèse d'une christianisation peut-être envisagée.

 

megalithe1

 

Si on retient cette dernière formule, les questions qui restent en suspens sont l'identification de ce contre quoi le clergé a lutté en signant ces pierres, et quand il l'a fait.
Certains voient là le signe de la persévérance de cultes païens dans des secteurs ruraux et forestiers reculés, bien après la christianisation des régions urbaines. Faute de pouvoir éradiquer ces superstitions, les clercs auraient changé les symboles de manière à donner aux pratiques populaires des apparences d'orthodoxie. Cette thèse concerne aussi les multiples saints ruraux, dont certains semblent le reflet de divinités gallo-romaines.
L'autre volet de ce dossier est de savoir quand ce actes se seraient produits. Si on démontre que la pratique remonte à l'époque mérovingienne, l'affaire s'inscrit dans le sens de l'Histoire. Si ces christianisations sont plus tardives, cela implique que les campagnes et forêts berrichonnes du haut Moyen-âge connaissaient un équilibre spirituel sensiblement plus complexe que ce qu'on imagine le plus souvent.
Un dernier point mérite qu'on s'y attarde: pourquoi et comment des monuments élevés pour certains 5000 ans avant le Christianisme sont-ils restés porteurs de valeurs religieuses si tardivement? L'historien n'apportera des hypothèses que pour tempérer certains délires mystiques qui verraient volontiers des confréries secrètes transmettre des secrets pluri millénaires de druide en druide depuis l'aube des temps.
Que les druides aient eu une influence sur la question n'est pas absurde. Les sources antiques parlent d'autels en pleine nature et les Gaulois n'étaient pas aveugles: les mégalithes ont pu les attirer. On envisagera comme plus probable la transmission de légendes populaires, un peu comme des très anciens mots sont restés dans les lexiques, de génération en génération, avec toutes les torsions imaginables par rapport au savoir d'origine.

​​​​​​​© Olivier Trotignon 2013

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