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9 juillet 2019 2 09 /07 /juillet /2019 15:19

Archives départementales du Cher 38 H 4 n°10

 

De récentes lectures m’ont ramené 35 ans en arrière, à une époque où je préparais ma Maîtrise d’Histoire médiévale consacrée à la première abbaye de Cisterciennes du diocèse de Bourges, Bussière, et à un évènement très instructif pour comprendre le quotidien des moniales berrichonnes à l’époque des Croisades.

L’affaire n’est pas datée précisément, mais ne peut être antérieure à 1189 ni postérieure à 1199, qui sont les dates les plus probables de l’abbatiat de la première supérieure de Bussière, Helyon, sans doute fille du seigneur de Culan. Nous n’avons aucune certitude sur l’origine du monastère, déplacé en 1189 d’un lieu nommé Bussière, qui lui a donné son nom définitif, vers un site dans la vallée de la Queugne, entre Saint-Désiré et Saint-Vitte qui perdit son toponyme initial (la Terre des pierres). Le plus vraisemblable est que ce premier couvent s’était constitué spontanément autour des principes de Cîteaux avant d’être admis dans le giron cistercien. Le même schéma s’applique à l’abbaye cistercienne voisine des Pierres.

Il serait injuste de minimiser l’élan spirituel qui motiva une partie des recrues à venir prendre le voile à Bussière, mais il est évident, en lisant les actes de donations consentis à l’abbaye par les proches des futures religieuses, que cette fondation répondait à un besoin de la petite chevalerie régionale en solutions pour ses filles qu’elle peinait à marier. Le Boischaut du Sud, tout juste défriché, était soumis à des conditions démographiques et économiques précaires qui rendaient l’avenir de sa noblesse féminine incertaine.

C’est dans des conditions fragiles que les premiers murs s’élèvent à la fin du XIIe siècle et les donations n’affluent pas, plaçant le monastère dans une situation précaire. C’est pour cela qu’Helyon prend l’initiative de faire appel à de nouveaux protecteurs. Le document nous apprend que les difficultés de Bussière ont été exposées, peut-être par l’abbé de Noirlac, chargé des visites de correction, au chapitre général de Cîteaux en présence, donc, de tous les abbés de l’Ordre. Ces abbés, dont le nombre exact n’est pas connu, seraient censés avoir pris les mesures qui suivent.

Chaque prêtre de tout l’ordre dira 40 messes solennelles chaque année pour les bienfaiteurs de Bussière, les clercs dix psautiers, les laïcs 1100 pater noster. A Bussière seront dites trois messes par jour, messes de l’Esprit saint, de la Vierge et des morts. Les religieuses de Bussière et de L’Eclache, dont elle est la filiale, prononceront 10 psautiers par an, jusqu’à consummation des siècles.

 

collection privée

 

Le texte emploi le terme « prêtre », sans doute pour désigner les abbés et les chapelains dans les monastères féminins et distingue les clercs des laïcs, synonymes probables de moines et convers.

Il est bien sûr impossible d’évaluer l’impact réel des promesses d’Helyon et même quel sens elles pouvaient revêtir pour un chevalier berrichon de cette fin du XIIe siècle. Pensons, qu’en théorie (tous les abbés n’étaient pas en mesure de se rendre annuellement au chapitre général en Bourgogne), son message a pu parvenir aux 270 monastères cisterciens implantés sur le sol de l’actuelle France (il y avait des abbayes de moines blancs de l’Irlande à la Terre sainte en passant par la Scandinavie, la Pologne et l’Espagne, il s’agirait de presque 120000 messes chantées annuellement pour le salut de l’âme de celui ou celle qui permettrait de terminer la construction de Bussière. Quand aux psautiers, selon le même principe, avec une population minimale de 12 moines ou moniales par abbaye, on arriverait à 33000 lectures minimum.

On se gardera donc de toute évaluation arithmétique du message de l’abbesse berrichonne, mais on en retiendra l’information essentielle : Bussière, quelques années après sa réunion à l’Ordre cistercien, était encore en chantier et la vie des recluses devait y être d’une grande précarité. Le seul espoir des moniales était de faire appel à l’ensemble de la Chrétienté pour voir leur sort s’adoucir. Comme on pouvait le deviner, cette demande de secours a connu un faible écho. Si Bussière n’a pas échoué dans son développement, comme ce fut le cas pour sa sœur masculine de Bois-d’Habert, elle est demeurée l’une des plus petites fondations cisterciennes de l’ensemble du Berry.

 

Note : des billets sur Bussière, Noirlac, les Pierres et Bois-d’Habert sont à retrouver sur ce blog.

 

© O .Trotignon 2019

 

 

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14 octobre 2018 7 14 /10 /octobre /2018 09:57

 

L’Ordre clunisien est si étroitement mêlé à notre perception de la spiritualité médiévale que le titre de ce billet est presque pléonastique. Pourtant, il m’a été donné, ces dernières années, de constater que le qualificatif « clunisien » était parfois accordé à des monuments religieux, abbatiales ou prieurés, n’ayant eu aucun rapport avec la grande abbaye bourguignonne pendant toute la période médiévale. Afin de chercher à y voir plus clair sur ce dossier, penchons nous un instant sur la nature des liens qui unirent, au moins jusqu’à la Renaissance, l’Ordre clunisien et le diocèse de Bourges.

Cluny fut, dès l’origine, étroitement lié à la société féodale régionale et manifesta sa présence avec trois types de monastères bien distincts.

musée de Souvigny

Dès les années 915-920, le plus ancien des seigneurs de Bourbon connu offrit à Cluny la terre de Souvigny, dans l’Allier. Le don était si considérable que les moines bourguignons y implantèrent un prieuré, sorte de monastère dépendant directement de l’abbaye principale.

Un peu plus au nord, en pays nivernais, un autre prieuré, la Charité-sur-Loire, recevait des offrandes de féodaux berrichons. L’un d’eux, Eudes Arpin, ancien vicomte de Bourges, en devint même prieur au début du XIIe siècle.

Plus à l’Ouest, deux grandes abbayes, Déols et Massay, furent élevées à l’initiative de la féodalité locale, augmentant considérablement la présence clunisienne dans les régions du Centre. Contrairement à Souvigny et la Charité, soumises à l’autorité directe des abbés de Cluny, les deux abbayes étaient autonomes et libres d’élire leurs abbés.

On connaît une troisième forme d’établissement religieux : les prieurés. Ces possessions de Déols et de Massay, souvent situées en milieu rural, accueillaient quelques moines chargés de la gestion du patrimoine monastique dispersé sur des paroisses parfois éloignées de l’une ou l’autre abbaye. Dans ces domaines agricoles, le temporel occupait plus les hommes que le spirituel, un moine, le prieur, ayant la charge d’encadrer ses frères. Ces prieurés sont parfaitement inventoriés, en partie grâce au travail des sociétés savantes régionales. Ceci signifie qu’on peut, avec un minimum de temps de recherche, cartographier toutes les possessions clunisiennes en Berry.

 

abbaye de Massay

Vous comprendrez ma surprise lorsque la presse locale rapporta qu’un prieuré roman situé en vallée du Cher, fondé sur une terre offerte au milieu du XIe siècle à l’abbaye bénédictine du Moûtier-d’Ahun, aujourd’hui en Creuse, était élu site clunisien, avec cérémonie publique et force discours officiels . 

Personne, en fait, ne semble avoir pris garde que le petit prieuré de Drevant était passé sous bannière bourguignonne en 1630, presque six siècles après sa fondation, soit à peine un siècle et demi avant sa disparition, à un moment où la spiritualité clunisienne n’avait plus qu’un lointain rapport avec la pensée fondatrice de l’Ordre. Sans être à proprement parler une imposture, l’attribution de certains sites à la nébuleuse clunisienne relève d’une forme d’acrobatie intellectuelle dans laquelle le médiéviste peine à situer le respect envers le public amateur d’Histoire et de patrimoine ancien. 

 

© Olivier Trotignon 2018

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19 septembre 2018 3 19 /09 /septembre /2018 20:56

L’abbaye du Landais fut, au Moyen-âge, un des quinze monastères cisterciens implantés dans le diocèse de Bourges. Son histoire semble correctement résumée sur plusieurs sites internet. Personnellement, mes recherches m’ayant conduit à travailler sur les fonds d’archives des départements du Cher et de la Creuse, je n’ai eu en main que quelques transcriptions d’actes copiés aux Archives de l’Indre. Je me limiterai donc à un commentaire sur le site du Landais, alimenté par deux visites sur place, l’une en juin et la seconde il y a quelques jours, au moment des Journées du Patrimoine.

 

 

C’est en partie cette deuxième visite qui a motivé l’écriture de ce billet, tant notre déception a été forte en arrivant sur place, induits en erreur par des sources en ligne dont les auteurs ne semblent pas arriver à comprendre qu’il ne suffit pas de recopier sans vérification ce que d’autres ont signé antérieurement pour créer de l’information. Les quelques renseignements recueillis auprès d’un voisin des ruines ont vite eu raison des conseils de visite erronés trouvés plus tôt sur Internet : suite au décès de son propriétaire, qui assurait un point de rencontre régulier avec les amateurs d’architecture médiévale, le monastère est désormais inaccessible et retourne lentement à la friche. Cependant, la partie la plus spectaculaire qui demeure est parfaitement visible de la petite route qui longe l’ancien établissement monastique. Les intérieurs, autrefois visitables, sont, en revanche, désormais inaccessibles.

 

 

Au premier abord, vu le volume des destructions contemporaines, le site est illisible. Ce n’est qu’en comparant les photos satellites avec celles d’autres abbayes cisterciennes régionales comme Noirlac ou Fontmorigny qu’on devine la position des murs qui constituent l’essentiel des restes de l’ancien monastère, vers le chœur de l’abbatiale. Cloître, dortoirs, scriptorium, réfectoire n’existent plus. Toujours en comparant les échelles, on prend la mesure de l’importance que fut celle du Landais. Cette abbaye devait rivaliser, en terme de superficie, avec ses sœurs de la Prée, de Loroy, de Noirlac ou de Fontmorigny. Située au fond d’un large vallon drainé par un ruisseau sur lequel se sont organisés des étangs et des pêcheries, proche d’affleurements d’un beau calcaire parfait pour la taille de pierre, le Landais possédait une alimentation en eau potable, connue sur place sous le nom de « fontaine des moines ». Conformément aux usages de l’Ordre, l’abbaye était éloignée des communautés urbaines locales.

 

 

Objectivement, l’abbaye du Landais est un lieu pour les inconditionnels du patrimoine médiéval, dont la culture permettra de combler les vides immenses et définitifs qui font de cet ancien couvent une ruine en pointillés. J’ose croire que dans quelques années, le temps sera venu de modifier cet article parce que l’endroit aura retrouvé une vie culturelle.

 

 

© Olivier Trotignon 2018

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8 décembre 2017 5 08 /12 /décembre /2017 18:34

A l’entrée du cimetière de Saint-Léopardin d’Augy, dans le bocage bourbonnais, s’élève un beau portail roman, ultime vestige d’un très intéressant monastère dont l’histoire a retenu toute notre attention.

Le village de Saint-Léopardin se situe au cœur du domaine de la première famille de Bourbon, à proximité de Moulins, Bourbon-l’Archambault et de la vallée de l’Allier. Son prieuré, cité pour la première fois en 1040, a disparu pour être remplacé par une église moderne. Seul le portail d’origine a échappé à la destruction. Démonté, il a été replacé à l’entrée du cimetière. D’un style conforme à celui des autres édifices religieux romans de la contrée, il permet, par ses dimensions, d’apprécier l’importance de l’ancienne priorale désormais effacée du paysage. Si le bâtiment est irrémédiablement perdu, une partie de son histoire nous est connue grâce au cartulaire de l’abbaye dont il dépendait, le monastère bénédictin de Saint-Sulpice de Bourges.

Le prieuré de Saint-Léopardin est bien antérieur à sa première occurrence dans la documentation régionale. Une charte de 1040 nous apprend qu’il y avait déjà des moines sur place, et que le prieuré était connu sous le nom de Vivaris (du Vivier), lorsque s’y tint une intéressante cérémonie, dirigée par l’archevêque de Bourges Aymon, en présence de son frère aîné, Archambault de Bourbon, donateur de nombreux droits et terres au bénéfice des religieux de Saint-Léopardin. Avec toute la solennité qui convenait à cet instant fut déterré le corps de saint Léopardin, sans doute pour être déposé dans un reliquaire accessible à tous, peut-être identique à celui de saint Menoux, encore visible à quelques lieues du prieuré berrichon.

Il est impossible, faute d’éléments textuels ou archéologiques, de préciser l’époque de fondation de ce prieuré de moines berruyers rassemblés autour des reliques de Léopardin. Sachant que d’autres actes du cartulaire de Saint-Sulpice situent des dons initiaux à l’établissement de prieurés dès l’époque carolingienne, très fertile en actes de piété de cette nature, il est loin d’être impossible que les Bénédictins de Bourges aient été présents dans la vallée de l’Allier avant le temps des invasions scandinaves et hongroises. L’initiative de l’archevêque Aymon, elle, s’inscrit parfaitement dans ce renouveau spirituel que fut la réforme grégorienne, qui marqua tant le temps du prélat.

 

 

Une question se pose : qui fut Léopardin ? Le hiatus documentaire qui s’attache à sa personne ne permet d’échafauder que des hypothèses tirées du contexte historique particulier dans lequel s’est développée cette partie du futur Bourbonnais. Rappelons que deux autres saints, dont les reliques étaient réputées être miraculeuses, attiraient les pèlerins dans la même région : Patrocle (étudié il y a quelques semaines, voir les articles précédents) et Menoux, cité plus haut. Ce secteur du Bourbonnais est aussi très marqué par la pratique du grattage des pierres des églises, dont nous avions évoqué l’importance il y a plusieurs années, avec une possible relation avec la présence de reliques dans les lieux de culte concernés. Léopardin, auquel l’archevêque de Bourges accorde tant d’importance peut avoir été un anachorète dont la sépulture aurait attiré la piété des habitants de la contrée ou même de pèlerins venus d’au delà des limites du Berry.

Un denier détail historiographique : Mabillon, qui avait eu le texte en main, estimait en son temps que le mot Prioratus aurait été employé pour la première fois à Saint-Léopardin dans le sens, bien connu, de prieuré. D’autres latinistes ont sans doute réussi à remonter ailleurs plus loin dans la chronologie, mais l’information est assez curieuse pour être rapportée.

 

© Olivier Trotignon 2017

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18 septembre 2014 4 18 /09 /septembre /2014 19:37

massay1

 

Les Journées du Patrimoine qui s'annoncent seront peut-être pour vous l'occasion de venir découvrir, ou revoir, un site abbatial très intéressant du nord-ouest du département du Cher, Massay.
Bien moins connue que d'autres lieux historiques du département, cette abbaye, hélas incomplète, propose la découverte de beaux vestiges romans mis en valeur avec soin, parmi lesquels se distingue la salle capitulaire, visible de la rue.
Une des particularités de cet édifice est de mélanger dans ses voûtes des calcaires clairs et des roches chargés de minerai de fer, plus sombres et rugueuses, donnant au bâtiment soutenant l'ancien dortoir (intact mais fermé à la visite) une esthétique inhabituelle.

 

massay3

 

Bel endroit, l'abbaye de Massay est une entité monacale décevante pour les médiévistes par la pauvreté de ses archives, détruites pendant la Guerre de 100 ans. Devant la grande détresse de cette situation, la justice royale fut même contrainte en 1361 de réaffirmer d'anciens privilèges des bénédictins vivant sur place. Avec la perte de son ancien chartrier, sans doute fort riche, ont été effacées les traces des relations entre les moines et la société féodale locale, généralement riches en enseignements politiques et économiques.

© Olivier Trotignon 2014

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24 mai 2014 6 24 /05 /mai /2014 07:18

Prébenoît-mur

 

Voici un site que mes confrères marchois et limousins ne m’en voudront pas, je crois, de leur emprunter le temps d’un article. Si la petite abbaye cistercienne de Prébenoît dans la Creuse, est bien située dans le diocèse de Limoges, elle fait partie de ces monastères qui ont livré des informations de grande utilité pour mes recherches doctorales.
Je ne connaissais en fait de Prébenoît que la cote H 528 des Archives départementales de la Creuse et les actes antérieurs au XIVe siècle que j’avais dépouillé pour mon enquête anthroponymique. J’ai eu l’occasion, cet automne, de profiter d’un bel après-midi pour aller découvrir les ruines de cette ancienne abbaye de moines blancs.
Je n’ai pas tenu compte des donateurs marchois qui ont constitué le temporel de Prébenoît, pour me concentrer sur une grande famille berrichonne ayant compté parmi ses principaux bienfaiteurs aux XIIe et XIIIe siècle.

 

Prébenoît-chapelle

 

Dès 1140, la puissante maison de Déols, première seigneurie berrichonne de l’époque par son étendue territoriale, participe à la fondation du monastère. D’autres établissements religieux du diocèse limousin profitent de leurs libéralités. Très vite, c’est une branche cadette de la seigneurie de Châteauroux, la maison de Boussac et Châteaumeillant, qui assure, avec d’autres familles féodales locales, la protection des Cisterciens de Prébenoît. Il n’est pas interdit de supposer que quelques uns de ses membres ont pu être inhumés sur place.

 

Prébenoît-extérieur

 

La visite du site, en grande partie ruiné, mais qui reste largement lisible, montre que Prébenoît fut un cloître comparable aux établissements cisterciens du sud du diocèse de Bourges (Bussière, les Pierres, la Colombe, Varennes). De taille moyenne, cette fondation est en harmonie, comme ces consœurs citées précédemment, avec un terroir faiblement peuplé et une petite féodalité rurale incapable de lui fournir les fonds nécessaires pour la construction d’un sanctuaire qui puisse rivaliser avec Noirlac, La Prée, Bellaigue ou Obazine. La modicité des infrastructures n’était pas synonyme d’un manque de rayonnement spirituel, que je laisse à mes collègues marchois le soin d’évaluer en fonction de leur connaissance du terrain.

 

Prébenoît-réemplois

 

Sur place, on retrouve facilement plusieurs époques de construction, comme dans d’autres abbayes cisterciennes du grand Centre: ruines de l’abbatiale romane, vestiges de fortifications tardives contemporaines de la Guerre de 100 ans, hôtel abbatial post-médiéval, en partie construit avec des pierres de réemploi du cloître disparu et des dalles funéraires.
Prébenoît, sauf erreur de ma part, est un bien communal qui appartient à la municipalité de Betête. Contrairement à d’autres sites médiévaux, l’endroit est visitable tout au long de l’année, grâce à des rendez-vous mensuels proposés par des affichettes disposées sur place, une initiative rare et bienvenue qu’il convient de saluer et de promouvoir!

© Olivier Trotignon 2014

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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 13:06

St-Benoît-nocturne

 

En parcourant les chartes de la célèbre abbaye ligérienne de Saint-Benoît-sur-Loire, qu’il est inutile de présenter ici, on remarque plusieurs textes relatifs au possessions que ce monastère sis dans le diocèse d’Orléans entretenait dans celui de Bourges. Plusieurs documents, datés d’entre 1110 et 1125, détaillent trois ensembles distincts d’églises dépendant des Bénédictins des bords de Loire.
Le plus éloigné de tous est le prieuré du Sault, à l’origine de la ville de Saint-Benoît-du-Sault, dans le sud de l’Indre. Les archives de son abbaye-mère y font assez souvent référence, et permettent d’en mesurer l’importance à l’aune de la liste de ses protecteurs, tant berrichons qu’aquitains ou limousins.
Le groupe le plus nombreux est aussi le plus proche en distance de Saint-Benoît, dont le prestige attirait naturellement les donateurs locaux: Saint-Martin près de Saint-Satur (Sancerre, en fait), Saint-Maurice de Châtillon-sur-Loire, Notre-Dame de Saint-Brisson, Saint-Martin de Vailly, Saint-Pierre de Poilly et Saint-Martin de Menétréol-sur-Sauldre sont reconnues par l’archevêque berruyer Léger comme légitimes propriétés de ses frères de Saint-Benoît.
Un troisième ensemble attire l’attention. Plusieurs églises, proches de Châteauneuf-sur-Cher, constituaient une part de la nébuleuse foncière des Bénédictins. Saint-Pierre de Châteauneuf, Saint-Martin de Corquoy, Saint-Pierre de Venesmes, avec la chapelle Saint-Jean, Saint-Baudel et Saint-Julien-le-pauvre (peut-être Saint-Julien, entre Chambon et Saint-Symphorien) forment un groupe homogène dont on peine à fixer l’origine. Si on repère sans difficulté les moments et les circonstances qui ont permis une augmentation de ce patrimoine (ajout des églises de Corquoy et Venesmes suite à des accords entre Saint-Benoît et le chapitre Saint-Étienne de Bourges ou même l’archevêque Vulgrin), la donation initiale n’a pas été conservée. Le récit de la bataille de Châteauneuf (première moitié du XIe siècle) rapporté dans la chronique de l’abbaye de Fleury, autre nom de Saint-Benoît, montre que cette donation ou vente, quelqu’en soit l’auteur, remonterait à une époque proche de l’an 1000.

 

© Olivier Trotignon 2013

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5 décembre 2013 4 05 /12 /décembre /2013 11:10

Fontmorigny

 

Il y a un certain intérêt à se pencher sur un phénomène mal connu et certainement occulté par des élans spirituels plus médiatisés comme les migrations de pèlerins vers Compostelle et les autres sanctuaires exposant des reliques de saint Jacques. Quelques faits-divers, à priori ordinaires, éclairent une pratique peu étudiée à ma connaissance: les pèlerinages de proximité ayant pour but la vénération de reliques ou d’objets miraculeux conservés dans des abbayes régionales.
Au hasard des analyses de lettres de rémission datant de la fin de la période médiévale se remarquent plusieurs faits tendant à prouver que deux monastères cisterciens, Loroy et Fontmorigny, attiraient sur leurs domaines des croyants étrangers à la sphère bernardine.
En 1415, un habitant de la paroisse du Gravier, près de la Guerche, tue lors d’une rixe un sergent du duc de Bourbon revenant d’un pèlerinage à Fontmorigny. En 1477, c’est un habitant de Menetou-Couture qui fait subir le même sort à un pèlerin en route pour le même sanctuaire.
En 1478, un accident malheureux met fin aux jours de Jean Rabillon, tué par une jument emballée alors qu’elle ramenait chez lui Pierre Gantère, habitant de Sainte-Montaine, de retour d’un pèlerinage à Loroy.
Si nous ignorons l’origine de la deuxième victime, les incidents de 1415 et 1478 présentent un profil parallèle. Dans le premier cas, le meurtre est commis sur la route du Sud, alors que le sergent ducal rentrait chez lui. Quelque soit l’endroit du Bourbonnais où il était en poste, cet homme n’était pas un étranger à la région. Dans la troisième affaire, le propriétaire de la jument n’était qu’à quelques heures de chez lui.
Ces pèlerinages de proximité sont forts intéressants, même si les détails manquent pour évaluer le mode de réception des visiteurs sur les sites cisterciens, en principe soumis à la stricte discipline de la clôture. Dans quelle partie de l’abbaye étaient exposés les objets de la piété populaire? La clôture était-elle assouplie? Quels bénéfices les moines tiraient-ils des inévitables offrandes? Ces questions mériteraient un examen attentif par des historiens rompus à l’étude des dernières décennies de la période médiévale.
Cette pratique est-elle née des difficultés à circuler paisiblement sur de longues distances pendant la guerre de 100 ans? Plusieurs cas de pèlerins anglais, pourtant munis de sauf-conduits en règle et dépouillés ou brutalisés sur les routes de la région pourraient le laisser penser. On ne doit pas écarter non plus le simple aspect pratique de ces pèlerinages de proximité. Le sergent du duc et le cavalier venus de Sainte-Montaine étaient sans doute de petites gens trop modestes et trop peu mobiles pour partir en voyage vers des sanctuaires lointains. On n’écartera pas non plus l’hypothèse de reliques réputées efficaces pour une prière précise, en relation avec la santé du suppliant, comme à Saint-Menoux, Saint-Phalier ou encore la Celle-Bruère.

 

​​​​​​​© Olivier Trotignon 2013

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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 09:44

Noirlac-réfectoire

Je voudrais dédier ces lignes à tous les lecteurs fidèles de ce blog qui ne pourront être présents demain à l’après-midi conférences sur l’Ordre cistercien en Berry, à Mehun-sur-Yèvre. J’ai prévu d’y développer une hypothèse inédite sur l’origine d’une des plus célèbres abbayes cisterciennes des régions du Centre: le monastère de Noirlac.
L’histoire de la fondation de Noirlac n’a plus de secrets pour nous. Plutôt que d’en produire un mauvais résumé, je vous encourage vivement à vous procurer l’excellent article de mon confrère Pierre-Gilles Girault: “Robert de Châtillon, saint Bernard et les débuts de l’abbaye de Noirlac” paru dans les actes du colloque L’Ordre cistercien et le Berry, Cahiers d’Archéologie et d’Histoire du Berry, décembre 1998
Pierre-Gilles y détaille, de manière très fouillée, les premiers pas des Cisterciens dans cette partie de la vallée du Cher et, à moins d’une révélation documentaire inédite, on voit mal ce qui pourrait remettre en cause ses conclusions.
Pour ma part, je me suis intéressé à certains détails curieux et non résolus de l’histoire  primitive de Noirlac.
Le site, tout d’abord, choisi par saint Bernard pour y installer des frères de son ordre: l’abbaye n’est pas là où on aurait pu l’attendre. Noirlac est riveraine de la route qui conduisait de Bourges à Saint-Amand-Montrond. Des voyageurs frôlaient sa clôture peut-être quotidiennement. Les sons d’au moins deux ou trois clochers venaient troubler son silence les jours de temps calme: l’église et le village de Nozières sont visibles du site et Saint-Amand et Orval sont à à peine une heure à pied. Plusieurs auteurs se sont efforcés de justifier que ce lieu était propice à la prière. Par comparaison avec les autres monastères de moines blancs berrichons, Noirlac est dans une situation clairement marginale.
Le nom même de l’abbaye pose problème. Le toponyme Noirlac est tardif (Narlac en 1218) et correspond au nom du site, qui n’est pas éponyme aux débuts du couvent. Le nom retenu par les moines est Domus-Dei super Carum, que tout le monde traduit, par habitude, en Maison-Dieu-sur-Cher. Or, Noirlac n’est pas à proprement parler sur le Cher, mais sur un de ses bras. En plus, si on confie la traduction à n’importe quel latiniste qui ne connaît pas le contexte culturel régional, il restituera le nom médiéval en Hôtel-Dieu-sur-Cher, ce qui n’a plus du tout la même connotation.

 

plan-Noirlac

 

Je proposerai donc demain une clé de résolution de ces anomalies en m’appuyant sur le contexte politique et économique de la région au XIIe siècle. J’ai modifié une carte IGN pour rendre plus lisible la situation.
Vers 1100, la région de Noirlac connaît des transformations engendrées par l’expansion de la seigneurie de Charenton. Saint-Amand devient une place économique active, à l’écart de l’ancienne voie antique qui franchissait le Cher au lieu-dit Allichamps, poursuivait par un itinéraire à préciser vers Orval (pointillés noirs) puis continuait vers le sud. Au XIe, ce vieux chemin perd de son intérêt. La route venant de Bourges se détourne par Bruère, Saint-Amand (trait plein noir) et retrouve son axe primitif entre Orval et Saint-Amand (trait rouge). Le gué d’Allichamps tombe en désuétude.
Je propose de calquer ce plan sur l’histoire des origines de Noirlac. Un hôtel-Dieu a pu être actif, comme beaucoup d’autres en France, au bord du Cher, au gué d’Allichamps. Voyant les voyageurs poursuivre leur route par un autre chemin, l’hôpital aurait été se fixer quelques kilomètres plus au sud, dans un lieu nommé Noirlac. Attentifs au message cistercien, ces frères hospitaliers se seraient réformés au cours du XIIe siècle, devenant les premiers moines blancs présents sur place vers 1135, assurant la charnière avec l’abbaye en gestation.
Ce schéma explique les anomalies sur le site, le nom, et est compatible avec ce que les sources nous apprennent sur les débuts de Noirlac.
Nous connaissons au moins deux établissements réformés dans le même ensemble géographique, et non des moindres: Bellaigue, en Combrailles (anomalies identiques à celles de Noirlac dans le paysage) et Fontmorigny, la plus grande abbaye cistercienne du diocèse, toutes deux anciens monastères bénédictins réformés.
Vos questions sur le sujet seront les bienvenues demain.

© Olivier Trotignon 2013

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22 février 2013 5 22 /02 /février /2013 10:42

Bouteille-extérieur

 

Voici un lieu emblématique pour tous les gens qui se reconnaissent plus dans les grandes futaies de chênes des forêts du nord de l’Allier que dans le bruit des villes et qui présente un intérêt certain pour la compréhension de l’environnement médiéval.
Le prieuré de la Bouteille tire sa réputation de sa situation géographique privilégiée et, il faut bien le reconnaître, de la pauvreté du patrimoine qui l’entoure. A part les quelques maisons du hameau voisin, la Bouteille s’élève au bord d’un plateau coupé par des ruisseaux encaissés complètement désert. Cela donne au site un attrait certain auquel beaucoup de visiteurs sont sensibles. Ce lieu tire aussi sa réputation de sa quasi unicité dans l’ensemble du massif de Tronçais, pauvre en patrimoine. Dans d’autres lieux, c’est un endroit qu’on regarderait à peine tant sont modestes les vestiges qui l’occupent.

 

Bouteille-intérieur

 

La bouteille se présente sous la forme d’une chapelle fortement tronquée et remaniée, déséquilibrée par la disparition de la moitié du bâti originel.  Le chevet plat avec le triplex qui l’éclaire rappelle l’architecture cistercienne mais est surtout le reflet de l’économie avec laquelle on a construit le prieuré. A l’intérieur, la seule voûte qui subsiste ne présente rien de remarquable.

 

Bouteille-clé-de-voute

 

Pour les inconditionnels de la forêt, ce lieu a un charme indéniable. Pour les amateurs de vieilles pierres, c’est une curiosité à découvrir. Pour l’historien, c’est un lieu exemplaire.
On ne connaît rien, ou presque, de l’histoire de ce prieuré, si bien que les légendes qui ont couru sur son compte ont parfois fait office de sources documentées.
On connaît le saint auquel était voué le minuscule monastère, placé sous le patronage de saint Mayeul. Naturellement, la thèse de sa dépendance vis-à-vis du prieuré clunisien de Souvigny s’impose. La forêt de Tronçais faisait partie de la seigneurie de Bourbon, très proche spirituellement de Souvigny et ses religieux qui possédaient d’autres bénéfices dans la région, comme à Vallon-en-Sully. Cette dépendance n’est pour autant pas prouvée, la Bouteille étant dans le patrimoine, ce qui est inattendu, de l’évêque de Metz à la Renaissance, lorsque le géographe Nicolas de Nicholay rédige sa description du Bourbonnais.
Certains ont voulu voir dans la Bouteille un ermitage. Le lieu est isolé dans les bois, quasi désert, proche d’une source: il s’accorde avec l’image classique des cénobites telle que l’époque romantique se les représentait.
Je porte un autre regard, moins poétique, sur le site de la Bouteille, que je reconnais comme une exception pour notre époque, mais surtout comme un site témoin de la période de la fondation présumée de cette petite cellule monastique (entre le XIe et le XIIIe siècle). Sachant que la région était en grande majorité envahie par des friches que les efforts conjoints de la féodalité, des communautés paysannes et de quelques groupes de religieux ont considérablement réduites à partir du XIe siècle, la Bouteille me parait une illustration assez réaliste des conditions de vie des petites communautés agricoles de l’époque. De simples clairières au milieu de la forêt, des zones cultivées réduites, un espace immense d’élevage, chasse et cueillette, des ruisseaux pour faire tourner des moulins et surtout, une densité humaine dérisoire. En somme, lorsqu’on couvre du regard les bois et les petits prés qui entourent le prieuré de la Bouteille, on peut se faire une idée acceptable de l’environnement quotidien des populations locales contemporaines de l’An 1000 et des premières cathédrales, sans présumer que les arbres de l’époque aient été aussi beaux que ceux d’aujourd’hui.

 

Bouteille-ravin

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Fidèle aux principes de la laïcité, j'ai été accueilli par des associations, comités des fêtes et d'entreprise, mairies, pour des conférences publiques ou privées sur des sujets tels que:
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J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.