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23 décembre 2020 3 23 /12 /décembre /2020 11:09

La période compliquée que nous vivons, et les restrictions de circulation de ces derniers mois ne m’ont pas permis d’aller sur le terrain ou aux archives pour rechercher de nouveaux thèmes à publier. Aussi me contenterai-je d’évoquer une légende pseudo-médiévale qui a circulé pendant de longues années dans le secteur où j’ai grandi: la Table des trois seigneurs.

A l’époque où j’ai commencé à m’intéresser à l’Histoire, locale en particulier, je récoltais avec plaisir toutes les anecdotes sur le passé de ma région, fondées ou non. L’une d’elles revenait souvent: il aurait existé dans les bois au nord de Saint-Amand-Montrond, dans la forêt de Meillant, un monument étrange. Au lieu-dit carrefour de la Table des trois seigneurs aurait été bâtie une sorte de table de pierre à laquelle venaient s’assoir, au Moyen-Âge, trois nobles pour discuter, en limite de leurs domaines respectifs, de leurs affaires.

 

Les preuves objectives de l’existence de cet élément patrimonial reposaient sur des cartes postales anciennes montrant l’endroit peuplé d’une joyeuse foule venue en voiture à âne partager un repas autour d’une grosse pierre triangulaire entourée d’étranges sièges de pierre. On distinguait des inscriptions en lettres gothiques sur chaque face du volume, pas toujours lisibles. Au abords immédiats se trouvaient fichées dans le sol plusieurs grosses pierres dont une très certaine ancienne borne de limite de propriété.

 

Une visite récente dans le parc du château de Meillant m’a permis de voir enfin le monument, déplacé à une date que j’ignore de la forêt aux abords des douves de l’ancienne forteresse.

La table est en mauvais état, brisée en deux blocs; les sièges sont informes. Des traces de graffiti, déjà bien visibles au début du XXe siècle, sont encore visibles. On observe, à plusieurs endroits, des bornes armoriées qui évoquent celle visible sur les anciennes cartes postales. Peut-être est-ce à cause de ces dégradations que l’ensemble a été mis en sécurité dans le parc de Meillant?

L’examen de cet étrange mobilier confirme l’impression qu’il donnait sur les anciennes cartes postales: la table dite des trois seigneurs est une œuvre récente. Ses proportions, très massives, n’évoquent en rien la période médiévale et encore moins la Renaissance. Nées d’une fantaisie contemporaine, les inscriptions soulignent l’imagination de leur commanditaire: sont en effet inscrit les mots « Meillant », « Montrond » et « Bruère ». S’il n’est pas contestable qu’il y a bien eu des seigneurs de Meillant, et encore, pas dans la période primitive du château, Montrond, forteresse située tout près de la première ville de Saint-Amand, n’a pas été une seigneurie avant la fin de la période médiévale. Quant à Bruère, ville fortifiée dépendant, comme Meillant et Montrond, à l’origine, de la seigneurie de Charenton, elle n’a jamais eu de seigneur propre.

Il est donc hautement probable que la Table des trois seigneurs soit l’héritage d’un passé récent, où l’on s’intéressait à la période médiévale sous ses aspects légendaires et monumentaux, et où la rigueur historique n’était le fait que de quelques savants précurseurs de nos propres recherches. L’époque romantique, qui a fait du Moyen-Âge l’un des terrains favoris de son imaginaire, me semble correspondre au temps qui favorisa la genèse de cette pierre à légende.

 

 

© Olivier Trotignon 2020

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24 août 2020 1 24 /08 /août /2020 08:58

 

Il m'est arrivé quelquefois, au cours de mes recherches, de remarquer l'existence de pièces d'archives sans rapport direct avec mon projet, mais qui pouvaient éclairer l'histoire de ma région sous des angles inattendus.

Ainsi, il y a plusieurs années, consultant aux Archives départementales du Cher des copies d'actes médiévaux réalisées sous l'Ancien régime, mon attention a été attirée par des procès verbaux de témoignages, souvent d'essence populaire, rapportant des faits miraculeux liés à la présence, dans le petit prieuré fontevriste d'Orsan, dans le Sud du Cher, d'une relique très particulière: le cœur du moine médiéval Robert d'Arbrissel, fondateur de l'ordre de Fontevraud, décédé dans ce petit monastère au début du XIIe siècle.

Même si les faits outrepassent largement le cadre chronologique de mes études, j'ai proposé une synthèse de mes observations au Colloque de Paray-le-Monial qui a choisi comme thème pour l'année 2020 "Reliques et pèlerinages".

Vous trouverez l'article sur le lien suivant:

 

https://carnetparay.hypotheses.org/1088

 

sous le titre "Pèlerinage et dévotion populaire en Berry du Sud au lendemain des guerres de Religion: les miracles de Monsieur Saint-Cœur".

 

Une partie des informations dont je me suis servi pour développer mes arguments serviront pour ma prochaine conférence, prévue à Coust pour le mois d'octobre.

Bonne lecture!

 

© Olivier Trotignon 2020

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18 avril 2020 6 18 /04 /avril /2020 22:16

 

Une expression populaire trouve probablement son origine dans l’histoire du Berry du Sud, ou plus précisément du Bourbonnais, si on est attentif à la chronologie. Le terme « mouron » est l’homonyme du nom d’une plante sauvage qui prospère dans certains potagers. Elle était redoutée par les cuniculiculteurs car réputée être un poison pour les lapins de clapier, qu’on nourrissait de toutes sortes d’herbes glanées dans les jardins. Pour certains, c’est dans cette menace que se trouve l’origine étymologique du mouron, synonyme de menace, de danger sournois.

Une autre piste avait été proposée par un de mes vieux professeurs d’archéologie qui développait une thèse curieuse. Rompu à tout ce qui concernait l’histoire de la vallée du Cher, il affirmait que la plante n’y était pour rien dans l’affaire, mais qu’il fallait aller chercher dans un épisode tourmenté de cette partie de l’ancien Bourbonnais : le siège de la forteresse médiévale de Montrond (1751-1752).

Il est vrai que cette guerre locale vit s’affronter une garnison défendant la très belle et puissante place de Montrond et une armée de siège diligentée par la monarchie, l’objectif étant de réduire cette grande citadelle appartenant au prince de Condé, meneur de la Fronde. Servie par une forte artillerie et des arsenaux bien garnis, la troupe défendant le château parvint à tenir près de onze mois avant de capituler, vaincue par la faim. La durée du siège n’ayant pas tardé à inquiéter les capitaines aux ordres de Louis XIV, ceux-ci auraient commencé à « se faire du Montrond », devenu, à force d’embuches linguistiques, à « se faire du mouron » sur l’issue incertaine de leur entreprise.

La solution est peut-être encore plus simple que le pensait mon regretté maître. En effet, se trouve aux Archives départementales du Cher des comptes de l’abbaye de Noirlac, monastère cistercien proche de Saint-Amand et donc de Montrond. Dans un inventaire de 1724 se trouve la formule suivante : « rente de mouron », en référence à des droits perçus par les religieux sur les seigneuries d’Orval et de Montrond. Cette orthographe légèrement postérieure au siège accréditerait l’origine locale de cette vieille expression.

 

 

© Olivier Trotignon 2020

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19 février 2020 3 19 /02 /février /2020 07:55

©médiathèque Ainay-le-Château

 

Si tout, ou presque, a été publié sur ce phénomène incontournable pour l'historien que furent les Croisades, on reste assez mal documenté sur l'ampleur de ce mouvement dans les pays du Centre. En m'appuyant sur les dépouillements réalisés dans le cadre de ma thèse d'anthroponymie médiévale, et sur différentes observations menées sur le terrain, je vous invite, dimanche 8 mars, à venir découvrir, dans une conférence inédite, comment les pèlerins et croisés du Berry (et du futur Bourbonnais) ont participé à ce vaste mouvement de migration spirituelle.

Le choix du plan a été compliqué, tant les informations abondent. Sans séparer le pèlerinage de la croisades -les chroniques du temps parlent elles-mêmes de pèlerins partis reprendre Jérusalem)- nous distinguerons les espaces: outre-mer, Europe et Berry avant de se poser la question: qu'est ce que ces pèlerins, armés ou non, ont-ils laissé comme traces de leurs pérégrinations?

Tous mes remerciements vont à Nathalie Pasquier, responsable de la médiathèque d'Ainay-le-Château, dans l'Allier, et à l'équipe municipale pour l'organisation de cette conférence.

Nous vous proposons de vous accueillir à l'espace des Chaumes, place du champ de foire, à partir de 17 heures. Parking facile sur place, accès pour personne à mobilité réduite aménagé, entrée libre avec boite à dons à la sortie pour les frais de publicité, animation avec vidéo-projection de documents d'une heure et demi environ.

Comme toujours, aucune connaissance particulière en histoire médiévale n'est nécessaire pour entrer dans le sujet.

En espérant vous retrouver nombreuses et nombreux...

 

© Olivier Trotignon 2020

 

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10 mars 2019 7 10 /03 /mars /2019 12:56

 

Je vous livre la copie d'un article publié en 2011 dans la revue trimestrielle Berry magazine, dont la publication a été depuis abandonnée. Ayant constaté que cet écrit n'était référencé nulle part et donc introuvable, et n'ayant jamais reçu aucune compensation pour sa rédaction, il me semble juste de le partager sur Berry médiéval. Bonne lecture!

 

Pièce majeure des collections du musée Saint-Vic de Saint-Amand-Montrond, la dalle funéraire du bourgeois Pierre Pèlerin n’a pas encore livré tous ses secrets.

 

Gisants et plates-tombes

 

Alors que la grande majorité des défunts se faisait inhumer en pleine terre dans les cimetières paroissiaux ou autour des églises, certains hauts personnages de la société occidentale ont voulu laisser le souvenir de leur existence bien après leur décès, en se faisant représenter couchés et priants sur de lourdes dalles de pierre scellant leurs tombeaux. Du verbe de l’ancien Françaisgésir(être couché sur le sol) a été hérité le mot gisant, qui désigne, dans le vocabulaire des historiens de l’art, les statues funéraires que l’on peut encore contempler dans des musées, cloîtres et même, parfois, petites églises de campagne.

Certains gisants ont été sculptés longtemps après la mort de l’homme ou de la femme dont ils ornent la sépulture. D’autres encore ont été commandés à l’attention des pèlerins venant honorer des reliques, pour que les voyageurs puissent garder en mémoire l’image du saint dont ils étaient venu requérir les vertus. La priorale de Souvigny, dans l’Allier, ou encore l’église de La Celle-Bruère, dans le Cher, conservent de tels monuments.

Plus simple dans sa réalisation, mais destinée à la même fonction, la plate-tombe est une grande dalle sur laquelle la silhouette du défunt est gravée à plat. Fourmillant de détails précieux pour reconstituer les vêtements et équipements militaires de leurs commanditaires, celles des églises de Saint-Aubin, dans l’Indre et de Venesmes, dans le Cher recouvraient les sépultures de deux chevaliers morts au XIVe siècle.

Beaucoup de dalles funéraires ont été perdues à la suite de la Révolution française. L’abbatiale du monastère cistercien de Noirlac, dans le Cher, abritait encore au XVIIIe siècle de nombreux tombeaux de bienfaiteurs de la communauté, dont certains du début du XIIIe siècle. Aucun ne nous est parvenu.

Dans cette population de saints, membres du clergé, hauts dignitaires de la société civile ou plus modestes hommes d’armes dont l’image est figée dans la pierre se singularise un individu, issu de la bourgeoisie urbaine de la fin du Moyen-âge. Pierre Pèlerin, marchand saint-amandois, anticipant son trépas, passe commande d’une dalle funéraire le représentant sous l’ habit d’un pèlerin de Saint-Jacques.

 

 

Le gisant de Pierre Pèlerin

C’est dans l’ancienne maison de ville des abbés de Noirlac, devenue musée municipal, qu’est exposé le gisant d’un homme connu sous le patronyme de Pierre Pèlerin, mort à la fin du XVe siècle et inhumé dans l’abbatiale du couvent des Carmes, qu’il avait de son vivant contribué à fonder.

Cette sculpture étonne par son absence de volume externe. Contrairement à tous les gisants régionaux qui reposent sur une surface plane, celui du musée Saint-Vic se présente dans une cuve, comme pour figurer le défunt au creux de sa tombe. Une feuillure taillée dans la pierre laisse penser qu’un couvercle devait même la recouvrir, bien qu’on ignore complètement la fonction et la nature d’un tel dispositif. La forte usure de l’épitaphe laisse penser que la pierre n’était pas en élévation mais au niveau du sol, là où marchaient les visiteurs.

Curieux et rare est ce vêtement de pèlerin de Saint-Jacques-de-Compostelle dans lequel le disparu a tenu à se faire représenter. Vêtu d’un long manteau en peau retournée et d’une chemise lacée sur la poitrine, l’homme croise les mains sur son torse, tenant son long bâton, dit bourdon, de pèlerin. Pendant à une courroie de son épaule droite, une besace de cuir portant le symbole du pèlerinage ibérique, une petite coquille Saint-Jacques, pend à son coté. La tête du voyageur repose sur un coussin et est surmontée par un dais soutenu par des anges. Les armes de Pierre Pèlerin, trois coquilles percées de dagues, sont sculptées au fronton du dais. Si la pierre est dans un bon état général, on déplore que les iconoclastes révolutionnaires aient martelé le visage et les mains du gisant, et brisé ses pieds et la tête des chiens sur lesquels ils reposaient.

 

 

Enquête sur un inconnu

 

Les archives régionales, encore largement inexploitées dans le détail, livrent peu d’informations sur le commanditaire de la dalle funéraire du musée de Saint-Amand. La seule chose à peu près sûre est qu’il exerçait le métier de marchand, qui fit sa fortune. Les détails du revers de son manteau, qui semble fait de peau d’agneau, permettent d’avancer, sans autres preuves, l’hypothèse que l’homme faisait le commerce de fourrures, très rémunérateur à l’époque. L’emplacement de son hôtel particulier, certainement bâti au cœur de la petite cité du Boischaut, nous est inconnu, tout autant que ses origines, ses alliances et son éventuelle descendance. Mais là où le parchemin fait défaut, la pierre, si on prend la peine de la lire, peut se révéler très instructive.

L’ existence seule du gisant et le lieu de la sépulture livrent certaines informations. Pierre Pèlerin fut assurément un homme riche, et consacra une partie de sa fortune à fonder une abbaye de l’Ordre des Carmes dans les murs mêmes de la petite ville de Saint-Amand. L’importance de l’abbatiale, devenue Hôtel de ville, illustre l’ambition de cette entreprise. Délaissées, ayant souffert de la grande crise du XIVe siècle et de la Guerre de cent ans, les abbayes rurales -Noirlac est à peine à une heure de marche des remparts de Saint-Amand - renvoient aux gens des villes l’image d’un monachisme suranné, inadapté aux aspirations d’une société caressée par les frémissement de la Renaissance. La charité des classes urbaines s’applique plus volontiers aux hôtels-Dieu, léproseries et nouveaux monastères établis dans leur périmètre immédiat, sur lesquels elles pourront peut-être un jour compter pour prendre soin de leurs corps et de leurs âmes.

Et c’est bien dans ce espoir que Pierre Pèlerin s’appauvrit au profit des Carmes saint-amandois. Donner à Dieu, se faire inhumer dans le lieu de prières permettent de racheter ses péchés. De ce point de vue, il demeure un homme profondément imprégné de tradition médiévale

Un détail visible sur le gisant montre que le marchand berrichon adopte aussi les codes de cette nouvelle société qui éclôt sitôt levée l’hypothèque économique et politique de la Guerre de cent ans. Pierre Pèlerin a franchi le seuil de la noblesse, comme le prouve sans ambiguïté le choix des chiens couchés à ses pieds. Chiens pour les chevaliers et damoiseaux, ours, lions ou léopards pour les défunts d’essence royale, les animaux sont sur une tombe un marqueur de noblesse indéniable. Comme d’autre négociants enrichis de son temps - le berruyer Jacques Cœur en est l’exemple le plus connu - on peut penser que Pierre Pèlerin profite de ses revenus pour acheter des terres qui donnent à leur propriétaire les précieux quartiers de noblesse tant convoités à l’époque et s’élever au dessus de sa condition. Son blason, orné comme celui de son homologue berruyer du motif de la coquille Saint-Jacques, est un autre témoin de son appartenance à la nouvelle élite locale.

Une dernière question se pose, à laquelle seule l’observation du contexte historique local peut apporter l’ébauche d’une réponse: d’où Pierre Pèlerin tire t-il sa fortune?

 

 

L’or des comtes de Nevers

 

Une promenade dans les vieilles rues de Saint-Amand nous permet de découvrir les indices de la reprise économique qui transforma la vie de la petite cité lorsque s’éloignèrent du quotidien de ses habitants les troubles engendrés par le conflit avec l’Angleterre. Outre cette grande abbaye urbaine que furent les Carmes, on remarque que les cisterciens de Noirlac construisent pour leurs abbés, à la place de leur ancienne grange en ville, un bel hôtel avec chapelle et pigeonnier. Tout près de là, des maisons avec boutiques et caves sont bâties tout autour de l’ancien cimetière paroissial, devenu place du marché. Les gens cessent de cacher leur argent pour le soustraire à la convoitise du fisc ou d’éventuels pillards: aucun trésor postérieur au milieu du XVe siècle n’a jamais été découvert, à notre connaissance, dans le quartier ancien.

La fin des événements qui entretinrent une insécurité endémique ruineuse pour le commerce ne peut à elle seule expliquer l’enrichissement d’une petite bourgade comme Saint-Amand, même située comme elle l’était au carrefour de routes empruntées par des marchands et des pèlerins. Le vrai catalyseur économique domine de son haut donjon la cité en pleine effervescence: le château de Montrond, propriété récente de la famille d’Albret, résonne des cris des maçons sur leurs échafaudages et des coups de burin des tailleurs de pierre. La vielle forteresse médiévale est en pleine rénovation et double sa superficie. De nouvelles tours sont accolées aux murailles séculaires, l’ancienne basse-cour est fortifiée, un trébuchet, machine de guerre d’inspiration orientale, surveille le flanc nord de l’édifice. De confortables bâtiments d’habitation sont élevés, prêts à accueillir, lors de ses déplacements dans la région, le comte de Nevers et sa cour. 

Peu importe que l’argent provienne du chantier du château ou de la bourse des familiers des comtes du Nivernais: Pierre Pèlerin est de ces hommes qui ont su profiter de la nouvelle situation économique pour s’enrichir.

 

 

Pour l’éternité

Tous comptes faits, Pierre Pèlerin nous surprend encore par un détail biographique ostensible, sculpté dans la pierre de son gisant: son passé de pèlerin de Compostelle. 

Dans l’ancienne tradition médiévale, le pèlerinage était un moyen d’obtenir de Dieu la rémission de ses fautes, tout comme l’aumône à l’Eglise et l’inhumation dans un lieu de prière. Or, le marchand saint-amandois sait que son salut est acquis - les anges qui soutiennent le dais au dessus de sa tête sont là pour le signifier - par le fruit de ses libéralités au bénéfice des Carmes. Sa tombe, placée au cœur même du sanctuaire, motivera les prières des moines pour son âme. Quel besoin a t-il eu d’aller en plus s’épuiser sur les routes du sud de la France et de la Galice? Un tel voyage était-il même compatible avec son métier de marchand? 

Plus que le témoignage de l’accomplissement d’un vœu de pèlerinage, le gisant nous délivre un message pour l’éternité. Comme Jacques Cœur à Bourges, dont les armoiries représentaient une coquille Saint-Jacques et un cœur, Pierre Pèlerin s’est fait représenter par une statue de pierre, vêtu en pèlerin, comme s’il avait craint que son souvenir s’efface de la mémoire des hommes et qu’on ne sache plus à qui dédier les prières qui lui revenaient. Par ce jeu de mot imaginé par un être qui savait que la mémoire s’efface vite, le parchemin est fragile et même les lettres de son épitaphe gravée dans le calcaire étaient condamnées à l’usure, le souvenir de son séjour terrestre nous est parvenu, presque intact, un demi-millénaire après que son corps ait rejoint le froid du tombeau.

 

© O. Trotignon, février 2011

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9 février 2019 6 09 /02 /février /2019 09:13

 

Alors que cette région de bocage que l’on nomme le Boischaud, dans le sud du Berry, se remettait lentement des tourments dévastateurs des Guerres de religion, une rumeur parvint à l’archevêché de Bourges: une relique très particulière, le cœur du bienheureux Robert d’Arbrissel, fondateur du prieuré fontevriste d’Orsan, multipliait les miracles.

Alertée, la hiérarchie catholique décida d’enquêter sur ces faits supposés, et envoya à Orsan un ecclésiastique chargé de recueillir les témoignages de la population.

C’est le fruit de cette enquête que j’ai rassemblé dans une conférence inédite que je présenterai dans un cadre tout aussi inédit pour moi, jeudi 21 février 2019 à 19h, au restaurant l’Hirondelle à Lignières, dans le Cher.

Cet exposé se décomposera en quatre chapitres:

*origines paléo-chrétiennes de la notion de miracle;

*fondation du prieuré d’Orsan et mort de Robert d’Arbrissel;

*pillage d’Orsan et profanation du cénotaphe de Dom Robert pendant les troubles de la Ligue;

*étude des miracles attribués à Dom Robert. Une pause restauration sera proposée au milieu de l’exposé.

 

En pratique:

il est indispensable de réserver vos places auprès du restaurant l’Hirondelle au 02 48 60 09 21.

https://www.facebook.com/hirondelle.restobar.lignieres/

 

Deux parkings à proximité directe, accès personnes à mobilité réduite sans problème.

Aucune connaissance particulière en histoire n’est nécessaire.

Comme pour chacune de mes interventions publiques, le contenu de l’exposé respectera à la lettre les principes de la laïcité.

Merci à Eve Choukroun-Tardif pour son invitation et pour la conception de l’affiche.

Au plaisir de vous rencontrer le 21!

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8 avril 2018 7 08 /04 /avril /2018 19:45

Il y a quelques années, nous avions ensemble approché la petite forteresse de la Bruyère-l’Aubespin, au sud du massif de Tronçais, dans l’Allier, site d’une courte bataille. Reprenant la place à des routiers à la solde de l’Angleterre, une troupe fidèle aux intérêt du duc Louis de Bourbon avait mené le premier combat important d’un épisode guerrier de plusieurs mois : le siège de Belleperche.

A une quarantaine de kilomètres de là, sur la rive gauche de l’Allier, commença, presque au même moment, une bataille visant à reprendre une grande et belle forteresse bourbonnaise, le château de Belleperche (aujourd’hui intégralement détruit), investi par ruse par d’autres routiers, compagnons de ceux ayant capitulé à la Bruyère. Dans cette place-forte résidait Isabelle de Valois, belle-mère du roi Charles V et mère de Louis de Bourbon. Cette otage de très haut rang représentait une prise de guerre précieuse pour les mercenaires alliés des Anglais.

La bataille, comme les chroniqueurs contemporains nous le racontent, tourna court. Bien que soumise à un pilonnage sévère, sans doute à l’aide de trébuchets et d’arbalètes géantes, la place demeura imprenable. Battu sur ce point, le duc de Bourbon dut se résoudre à engager un siège, en pleine campagne et aux prémices de l’hiver, situation inconfortable et stratégiquement fragile. Le duc Louis ordonna donc la construction d’un camp de fortune, pour mettre ses vassaux et soldats, ainsi que son matériel de siège, à l‘abri derrière un rempart de terre et de bois. Si l’emplacement de Belleperche ne fait aucun mystère, celui du refuge hivernal de l’ost bourbonnais reste, à ma connaissance, l’un des points d’interrogation de cette histoire.

Voici, néanmoins, quelques arguments qui pourraient aider à préciser sa situation.

A la lecture des récits des chroniqueurs Jean Froissard et Jean Cabaret d’Orville, bien analysés dans sa thèse par le chercheur Olivier Troubat, Louis de Bourbon aurait fait fortifier à la hâte un réduit défensif d’une dizaine d’hectares, clos par une palissade précédée par un petit fossé. On ignore la forme de l’ensemble.

 

 

Afin d’éviter d’être exposés aux tirs ennemis partant des murailles de Belleperche, les Français choisirent d’éloigner leur retranchement, tout en restant à une distance suffisante pour surveiller une éventuelle sortie des routiers. Nous ne disposons d’aucune autre mesure que la superficie du camp.

La toponymie, ainsi que la photographie satellite nous livrent, toutefois, quelques indices qui,sans apporter de preuve déterminante, peuvent être envisagées comme points de départ.

Nous remarquons tout d’abord un toponyme intéressant, dit « Le champ soudard », peut-être en souvenir des troupes à pied ayant campé sur place.

A l’ouest, les relevés topographiques et les clichés verticaux montrent un curieux mitage forestier, alors que, dans l’ensemble du massif de Bagnolet présente des lisières régulières. Si on se souvient que la palissade du camp bourbonnais a pu mesurer plus de 1300 mètres, en partant d’un chiffre moyen de cinq pieux au mètre, on peut évaluer les besoins du génie bourbonnais à 6500 pieux, soit près de 3000 petits arbres abattus dans la forêt la plus proche. Les retraits forestiers et clairières visibles par satellite ne sont qu’à quelques minutes du Champ soudard.

 

 

Une parcelle particulièrement attire notre attention. Un vaste polygone d’une superficie d’une dizaine d’hectares, compatible avec les mesures (mais sont-elles fidèles à la réalité ?) données par les chroniqueurs médiévaux est situé juste en face de l’ancienne porte de Belleperche. C’est également face à cette porte que le polygone offre son coté le plus court. Stratégiquement, présenter une façade réduite aux tirs adverses serait le meilleur des choix qu’un militaire puisse faire.

Entendons nous bien : cette hypothèse est seulement académique, et ne repose que sur un faisceau d’indices concordants. Ces champs sont en plus des propriétés privées, et il n’est pas dans mon intention de me livrer à une prospection sauvage, même à vue, de cet emplacement intrigant. Il reste, ceci dit, certain que la confrontation entre les archives et les textes médiévaux et les méthodes d’investigation de l’archéologie contemporaine est un domaine très prometteur.

 

© Olivier Trotignon 2018

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25 octobre 2017 3 25 /10 /octobre /2017 17:45

arbalète

Voici une pratique juridique assez commune mais rarement décrite dans la documentation régionale: le bornage, à l'aide d'une arbalète, de la franchise de l'église de Meunet, aujourd'hui Meunet-Planches, dans l'Indre.
Cette église, construite sur une terre relevant de la seigneurie d'Issoudun, dépendait de la grande abbaye bénédictine de Saint-Sulpice de Bourges. Indépendante du pouvoir seigneurial, l'église de Meunet, comme d'autres, était au centre un espace échappant à la justice et à la fiscalité laïque. Fatalement, la question de la superficie du terrain placé sous la sauvegarde du clergé se posa.
D'un coté, le seigneur avait intérêt à ce qu'elle soit la plus réduite possible, des impôts lui échappant. De l'autre, l'abbé de Saint-Sulpice était aussi collecteur d'impôts. Plus la franchise était étendue, plus les bénéfices du monastère était élevés (même si les sommes en jeu ne devaient pas être énormes). La seule façon d'éviter des palabres sans fin entre les deux parties fut de remettre à la sagesse divine l'initiative du choix des limites.
On vint donc sur place avec une "forte baliste". Quelqu'un du parti de l'abbé se mis "à la tête" de l'église et tira deux flèches, une à sa droite, une à sa gauche. Une troisième a été tirée "en dessous" (peut-être un angle de visée inférieur à l'élévation du bâtiment. A chaque point d'impact fut plantée une croix, délimitant un quadrilatère dont l'église formait le quatrième sommet. Le terme "à la tête" est équivoque mais, si on part du principe que le bourg actuel est situé à l'emplacement du bourg médiéval, on remarque que la majorité de l'espace bâti se situe dans un périmètre correspondant à la description du texte, à condition que les traits aient été tirés devant l'église, et pas à son chevet.
On pourrait disserter à l'infini sur les variables possibles pouvant aider Dieu dans son choix d'un bon point d'impact (tension de la corde, angle de tir, poids des carreaux, vitesse du vent, savoir-faire du tireur...). Sans nul doute, nos ancêtres se sont posés les mêmes.

notes au lecteur:

(1) l'arbalète, de fabrication récente, qui illustre cet article, fait partie de l'arsenal personnel des animateurs de l'association de reconstitution médiévale Les Compagnons du Sarment d'Hypocras. Je leur ai posé le problème dans ses termes, et me suis fié à leur expérience pour trouver l'arme la plus probable pour illustrer cet épisode de l'histoire berrichonne.

 

(2) Cet article a été plusieurs années hébergé par le blog "Le livre de Meslon" jusqu'à ce que lui aussi soit inaccessible. Je le réintègre donc sur le support auquel il avait été initialement dédié.

 

© Olivier Trotignon 2017

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24 août 2017 4 24 /08 /août /2017 07:36

Voici un événement qui, comme tant d’autres, n’a pas laissé d’empreinte directe sur l’Histoire régionale, mais que nous pouvons saisir grâce à une de ses conséquences indirectes.

L’affaire concerne un certain Jean Rigaud qui, en 1356, obtint une rémission de la justice royale pour le meurtre de Guillaume Tassart. Cette affaire, très banale dans le quotidien judiciaire de l’époque, attire notre attention par le motif de l’homicide : Rigaud, revenant d’une revue militaire à Concressault en tenue de guerre, se fit moquer de lui par le dit Tassart, qu’il tua en retour.

Ce qui provoqua les sarcasmes de la victime nous échappe complètement, mais on peut imaginer que notre soldat d’un jour s’était équipé avec des fournitures dépareillées ou obsolètes,  ou qu’il avait un peu trop forcé sur les rubans et les colifichets pour attirer l’œil, ou encore qu’il ait paradé dans son village un peu comme le faisaient naguère certains appelés en permission.

Le plus intéressant de l’affaire tient dans les circonstances qui amenèrent Jean Rigaud à revêtir, alors qu’il n’était ni homme d’armes professionnel, ni chevalier, une tenue de guerre. Répondant à la convocation du prévôt de Concressault, notre homme s’était rendu dans cette petite ville pour participer à une revue militaire, c’est à dire à une inspection des hommes et des matériels de combat mobilisables en cas de nécessité. Le lieu a toute son importance car, contrairement à la grande majorité des châtellenies berrichonnes, Concressault n’était plus le fief d’un seigneur local, mais avait été acquise quelques années plus tôt par le roi de France (qui avait en 1351 confirmé les droits accordés aux habitants par les anciens seigneurs).

Nous observons ainsi, même si les détails nous manquent, une des dispositions concrètes prises par la monarchie française pour contrer les risques engendrés, au début de la Guerre de 100 ans, par la menace anglaise et la circulation de bandes de routiers dans les campagnes du royaume : mobiliser, autour des officiers royaux et certainement de quelques soldats de métier les habitants dépendant de son autorité pour former des milices. L’efficacité d’une telle mesure, en terme militaire, n’a pas dû être flagrante.

 

© Olivier Trotignon 2017

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18 juillet 2017 2 18 /07 /juillet /2017 00:40

Certains d’entre vous savent que je travaille depuis plus de vingt ans sur l’anthroponymie médiévale berrichonne. C’est en visitant l’abbatiale auvergnate de Mozac, guidé par les membres du Cercle Historique Mozacois, que je salue très cordialement, que m’est venue, en détaillant l’extraordinaire châsse en émaux limousins conservée sur place, l’idée de comparer les noms des évangélistes et des apôtres à mes listes de patronymes constituées au cours de mes recherches.

Dans une région dominée de manière écrasante par les noms d’origine germanique depuis la période carolingienne (avant, les sources sont presque inexistantes), les noms puisés dans la tradition judaïque et chrétienne côtoient des noms latins, romans, puis plus modernes à la fin de la période. Parmi eux, les anthroponymes hérités des évangélistes connaissent des sorts très divers. Jean, qui domine toute la période médiévale n’apparaît qu’à partir de 950, Matthieu, connu sous sa forme Mathias, se fixe vers 1050 alors qu’il faut attendre la Renaissance pour que Luc se signale. Quand à Marc, il est totalement inconnu en Berry pendant les sept siècles que couvre mon étude.

Les noms d’apôtres sont aussi très lents à se diffuser. Seul André (à partir de 800) est en usage avant la période féodale, qui voit peu à peu s’installer Pierre et Tadon (qui semble une forme locale de Thaddée) vers l’an 1000, puis, un demi-siècle plus tard Bartholomé, Thomas et Simon s’ajoutent à Mathieu. Il faut attendre le milieu du XIIe siècle pour rencontrer Philippe et encore deux siècles supplémentaires pour voir les Berrichons employer le nom Jacques. Aucune source ne cite Judas ou encore Nathanaël.

Le lecteur aura noté l’importance des années 1050, qui correspondent à l’épanouissement de la Réforme grégorienne en Berry et à la généralisation de nouvelles règles dans la désignation des individus (de plus en plus de noms sont complétés par un surnom, ancêtre de nos noms de famille). Vraisemblablement, une culture plus biblique fait son chemin dans la société d’alors. L’absence de certains noms, comme Marc, n’a pas trouvé d’explication.

© Olivier Trotignon 2017

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  • : Moyen-âge en Berry
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Dans l'objectif de partager avec le grand public une partie du contenu de mes recherches, je propose des animations autour du Moyen-âge et de l'Antiquité sous forme de conférences d'environ 1h30. Ces interventions s'adressent à des auditeurs curieux de l'histoire de leur région et sont accessibles sans formation universitaire ou savante préalable.
Fidèle aux principes de la laïcité, j'ai été accueilli par des associations, comités des fêtes et d'entreprise, mairies, pour des conférences publiques ou privées sur des sujets tels que:
- médecine, saints guérisseurs et miracles au Moyen-âge,
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Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
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Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

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J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.