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7 novembre 2020 6 07 /11 /novembre /2020 15:00

 

Il subsiste, dans la commune creusoise de Leyrat, un intéressant vestige du premier âge féodal. Visible partiellement de la route et surtout observable sur photos satellites, le site castral de la Motte-au-Groing fut, indubitablement, le lieu de résidence d’une des plus anciennes familles chevaleresques du Berry du Sud et du Nord-Est de la Marche.

Nous retrouvons des mentions de ses seigneurs depuis le dernier tiers du XIIIe siècle, période à laquelle un certain Pierre le Groing (Gront, ou lo Gron, dans la langue de l’époque) participa à la refondation du prieuré bénédictin de la Chapelaude, dans l’Allier. Ses descendants s’intéressèrent aussi au sort des abbayes cisterciennes de Bonlieu et des Pierres.

Un autre Pierre le Groing apparaît, bien plus tard, comme exécuteur testamentaire du Seigneur d’Huriel Louis de Brosse, tué à la bataille de Poitiers. Les le Groing portent alors les titres de chevalier ou seigneur. Au début du XVIe siècle, l’un d’eux est qualifié de vicomte.

Si cette famille est bien restée sur place pendant un demi-millénaire, il est évident que le centre de leur pouvoir a connu des modifications qui peuvent expliquer une certaine confusion sur l’interprétation des données archéologiques présentement accessibles.

Nous observons sur place une grande élévation circulaire encore en grande partie entourée de fossés en eau. Cette motte, qu’on peut qualifier de féodale (le terme de seigneur est attesté en 1249 et 1263) est d’une très faible hauteur, sans commune mesure avec les importants terrassements de celles de Saint-Désiré ou d’Epineuil-le-Fleuriel.

 

Au nord, le cadastre napoléonien révèle une deuxième enceinte fossoyée contigüe à la motte, également entourée d’eau, mais surtout beaucoup plus vaste.

Il me semble qu’on doit reconnaître là non pas une seconde motte (la forme singulier du toponyme : la Motte, ne plaide pas en faveur d’une construction gémellaire) mais plutôt d’une première basse-cour. 

 

 

L’examen du parcellaire existant permet de constater au Nord-Nord-Est des parcelles citées un ensemble de haies et de chemins formant un tracé vaguement circulaire ressemblant beaucoup aux restes d’une seconde basse-cour, beaucoup plus étendue.

 

 

Un schéma se dessine. A l’origine, existaient une motte servant de base à un château de bois, et une basse-cour. Cette a peut-être été arasée pour permettre de construire un donjon de pierre (cette évolution, dans la région, permet aux féodaux de se faire reconnaître comme seigneurs). Il est aussi possible que la vieille motte ait été conservée comme symbole de l’ancienneté du pouvoir de la famille le Groing, et que le château de pierre se soit construit dans l’espace, assez vaste, de la première basse-cour. Un autre château, plus dans le goût du temps, a pu venir remplacer la forteresse féodale à la Renaissance. Le linteau armorié serait un de ses restes.

Le temps a effacé les vestiges de pierre pour ne conserver que les fossés primitifs, utiles comme viviers ou pour faire boire les animaux.

Le site complet de la Motte-au-Groing mériterait une investigation archéologique pour rendre son passé plus lisible.

 

Le lecteur notera que la motte à laquelle est consacré ce billet est une propriété privée et que son approche est soumise au strict respect de la Loi.

 

© Olivier Trotignon 2020

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22 septembre 2020 2 22 /09 /septembre /2020 13:42

 

Les journées du Patrimoine 2020 ont été l'occasion de pouvoir visiter le très intéressant château de la Motte-Feuilly, dans le sud du département de l'Indre. Cette petite forteresse est composée de bâtiments élevés à la Guerre de cent ans et remaniés à la Renaissance ainsi qu'à des périodes beaucoup plus récentes. La motte castrale éponyme, si elle était bien à l'emplacement de l'actuelle enceinte, n'a laissé aucune trace. Outre la présence de fossés humides sur le site - l'eau était recherchée pour assurer la sécurité des châteaux primitifs en bois -un élément végétal remarquable pourrait bien être, de manière assez paradoxale, le dernier vestige de la première occupation militaire du lieu.

Poussant à quelques dizaines de mètres du rempart, en légère surélévation par rapport à l'assise de la Motte-Feuilly se trouve un énorme if que les botanistes reconnaissent comme pouvant être millénaire, donc contemporain des premières mottes castrales. 

Cette essence n'est pas indigène. L'arbre n'a pu survivre dans un paysage agricole qu'avec l'aide l'homme: ses baies et ses feuilles, toxiques pour les herbivores, le condamnant à l'éradication par les cultivateurs du cru. Chacun connait, en revanche, l'intérêt que le bois d'if suscitait auprès des militaires médiévaux. Souple et résistant à la torsion, ses qualités pour l'archerie étaient sans égales. Il n'y a donc rien d'extravagant à admettre que cet arbre à pu être planté avant le début des croisades par des hommes d'armes prévoyants.

 

 

© O. Trotignon 2020

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27 mai 2020 3 27 /05 /mai /2020 10:20

 

Il m’est arrivé plusieurs fois de me servir de vieilles photographies pour étayer certains billets de ce blog. Contrairement à notre époque héritière d’un exode rural massif et de la disparition de nombre d’activités informelles dans le monde rural, le moment où les photographes qui ont installé leurs trépieds pour saisir sur la plaque de leur appareil l’image de ce qui les entourait était encore celui des animaux de ferme qu’on menait brouter toute la végétation à leur portée. Ainsi, moutons, vaches, chèvres, ânes entretenaient des lieux aujourd’hui envahis par des bois et des broussailles.

J’ai choisi d’exploiter aujourd’hui cette très intéressante carte postale de la motte castrale élevée dans le bourg d’Épineuil-le-Fleuriel, à laquelle j’avais consacré un article et une conférence il y a quelques années.

Cette motte est un patrimoine connu et protégé, que rien ne menace. L’équipe municipale que j’avais rencontré sur place connaît parfaitement la valeur historique et archéologique de ce vestige. Le seul handicap dont souffre cet endroit est la couverture végétale qui le recouvre, et qui rend difficile la lecture du site, même pour des visiteurs habitués à ces restes de châteaux primitifs.

L’ancienne carte postale de la motte offre une vue très nette de l’ensemble. La vague impression de dôme donnée par les cimes de l’actuel bosquet est trompeuse : le tertre défensif est surmonté d’une plate-forme qui servait de socle au donjon primitif. On remarque la forte pente de l’ouvrage et le reste de fossé qui assuraient une partie de la défense du château de bois.

Je ne saurai que vous recommander, si vous passez en vallée du Cher, de faire un détour par Épineuil. Outre ce vestige médiéval et l’école du Grand-Meaulnes, le pont-canal et le hameau éclusier qui le borde méritent d’être découverts.

 

 

© Olivier Trotignon 2020

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13 octobre 2019 7 13 /10 /octobre /2019 14:46

En l’absence presque totale de textes narratifs se rapportant à la féodalité berrichonne antérieure à la Guerre de 100 ans, la connaissance de certaines conditions de vie au quotidien dans les châteaux-forts repose le plus souvent sur des postulats. Si on admet généralement que les seigneurs ou leurs représentants habitaient, avec leurs familles, dans les donjons, à la fois logis et symboles de souveraineté, la question du logement des personnels attachés à la défense des forteresses est rarement mis en avant. 

Si, depuis longtemps, les médiévistes ont réfuté l’image caricaturale d’un Moyen-âge dominé par des conflits seigneuriaux permanents, les châteaux de pierre, sans être en état d’alerte continuel, réclamaient une présence armée quotidienne capable de faire face aux événements imprévus. En parallèle, les textes des XIIe et XIIIe siècles livrent parfois les noms de chevaliers portant le même identifiant toponymique que leur seigneur, ce qui laisse supposer que ces hommes vivaient au quotidien dans l’enceinte même du château seigneurial. Considérant que ces militaires étaient aussi chefs de famille, c’est dans le bâti solide de la forteresse qu’on cherchera leurs lieux de vie. Alors que beaucoup de lieux défensifs médiévaux ont été détruits, ruinés ou profondément remaniés, c’est vers un lieu fortifié de la vallée du Cher que nous nous tournons pour chercher un éventuel exemple de ces appartements où logeait la chevalerie domestique et plus précisément la porte à deux tours du château d’Ainay-le-Vieil, dans le département du Cher.

 

Une lecture rapide de la façade du monument permet d’avoir une vue d’ensemble de l’organisation défensive de l’entrée : en plus des traditionnels pont-levis, herse et porte à deux battants sont visibles trois niveaux d’archères et les corbeaux ayant soutenu un hourd aujourd’hui absent, mais dont la porte d’entrée est bien visible sous la pente du toit. Entre l’arc brisé du portail et la porte du hourd s’ouvre une petite fenêtre éclairant le niveau intermédiaire, extrêmement intéressant à visiter.

Nous sommes au premier étage de la porte à deux tours et le local se présente, à part quelques menues modifications, dans l’état originel de sa construction. L’élément frappant est la grande cheminée, qui a longtemps été vue comme le foyer où les défenseurs préparaient la fameuse huile bouillante destinée à meurtrir les assaillants supposés parvenus jusqu’à la porte. Depuis longtemps revenus des égarements de l’époque romantique, les historiens de l’architecture militaire identifient ce type d’âtre comme un aménagement domestique dédié à la cuisine et au chauffage de la pièce. Si on restitue un mobilier, qu’on met des portes et des volets aux ouvertures et qu’on place sur le sol des couvertures animales ou végétales isolant de l’air et du froid, cette pièce à l’allure austère devient habitable.

A l’étage supérieur, qui commande le hourd, la seule présence de la souche de la cheminée et l’absence de plafond isolant la charpente rendent très hypothétique un habitat permanent en période hivernale dans ce grand intérieur. 

 

Les photographies intérieures illustrant ce billet ont été prises il y a plusieurs années lors d’une visite privée. J’ignore si cette partie du château est accessible aux visiteurs

 

© Olivier Trotignon 2019

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23 février 2019 6 23 /02 /février /2019 12:19

 

Début février, le quotidien La Montagne, dans son édition de l’Allier, annonçait une bonne nouvelle à propos d’un lieu concerné par mes recherches. Hérisson, ville connue pour avoir su conserver et mettre en valeur un patrimoine médiéval de qualité, venait d’être gratifiée du titre de « petite cité de caractère ». Deux autres villes obtenaient le même label mérité, Bourbon-l’Archambault, elle aussi siège d’une forteresse contemporaine de celle d’Hérisson et Ebreuil, que je connais peu.

 

 

Il ne faut pas s’attendre à découvrir à Hérisson une cité figée dans son environnement historique, comme tant de belles petites villes qui pourraient sans problème servir de décor pour des films dont le scénario s’inscrirait dans le passé. Cette ville, un peu à l’écart des grands axes routiers, est un lieu de vie avec ses défauts esthétiques - antennes, portes de garage, maisons XXe. L’intérêt du site est ailleurs.

Le visiteur qui saura prendre son temps et que les kilomètres à pied n’effraient pas trouvera dans le cœur de la cité et dans les proches alentours un patrimoine dispersé dans un cadre naturel relativement préservé. Outre le château, qui a déjà été l’objet d’un billet sur ce blog, se rencontrent des vestiges d’une église romane et d’un grand terrassement antique, sur le site de Chateloy, connu aussi pour son église romane à flanc de falaise, plusieurs chapelles et quelques très beaux points de vue dont un qui porte le regard jusqu’au Puy-de-Dôme.

Une randonnée à Hérisson peut se coupler avec une promenade dans le bourg d’Ainay-le-Château, riche en reliefs de fortifications urbaines contemporaines de la forteresse d’Hérisson et, pourquoi pas? d’un arrêt à Drevant, en vallée du Cher, autre village labellisé petite cité de caractère, avec ses ruines gallo-romaines et sa petite prieurale bénédictine.

 

© Olivier Trotignon 2019

 

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8 janvier 2019 2 08 /01 /janvier /2019 15:15

 

Aucun connaisseur sérieux du patrimoine médiéval ne pourrait passer sur la petite route qui relie le bourg de Mers-sur-Indre au village d’Ardentes sans manquer de remarquer, au lieu-dit Presles, les vestiges d’une volumineuse motte féodale érigée à quelques dizaines de mètres du cours de l’Indre. Naïvement, un panneau l’indique comme tumulus, qualification reprise, comme pour d’autres sites médiévaux, par l’Institut Géographique National sur ses relevés topographiques.

Si certains peuvent encore hésiter entre les deux appellations, et donc entre deux époques, le site de Presles est incontestablement médiéval. Ce modèle de motte lenticulaire, cernée de fossés encore apparents, est une construction classique souvent observée à la période paléo-féodale, fin Xe ou XIe siècle.

 

Les archives régionales confirment cette ancienneté. Si le Fulco de Praella cité par le cartulaire de l’abbaye de Vierzon en 1018 est un simple indice, et peut-être un homonyme, le cartulaire du prieuré limousin d’Aureil signale qu’un certain Ugo de Praelis était, vers 1100, proche de grands seigneurs régionaux comme Adalard Guillebaud, Déols et Lignières. Régulièrement, au cours des siècles suivants, les monastères locaux - Orsan, la Prée, le Landais, la Vernusse - reçoivent des dons de la famille de Presles. Autre indice de puissance, cette participation d’Hubliers de Praele, en 1254, à la chevauchée du comte d’Anjou en Hainaut aux cotés des seigneurs de Déols, Culan, Sully et Sancerre. Il est possible que les de la Presles, chevaliers et damoiseaux à Faverdines, dans le Cher, au XIIIe siècle, soit une branche cadette des seigneurs de l’Indre.

Ces données textuelles expliquent l’importance du volume de la motte de Presles, d’une hauteur estimée à une vingtaine de mètres selon le site internet de la commune de Mers-sur-Indre. Ce monument n’est hélas pas intact. La forme en cratère de la butte féodale s’explique par des soustractions de remblais à des fins diverses, comme on le voit sur d’autres vestiges régionaux, transformés en carrières.

 

La vraie surprise qui attend le visiteur n’est pas la motte en elle-même, aussi impressionnante soit-elle, mais, dans le taillis juste au sud, la présence d’un second ouvrage circulaire ceint de fossés, lui même accolé à une vaste structure fossoyée polygonale, relief probable d’une basse-cour. Sur le cadastre napoléonien, cette partie est qualifiée de « cimetière » et la parcelle arrondie de « chapelle ».

 

Sans vouloir m’avancer sans un relevé précis de toute la structure -il s’agit d’une propriété privée dont les propriétaires n’interdisent pas l’accès, ce qui n’est pas une raison pour abuser de leur largesse- nous sommes peut-être à l’emplacement d’un habitat seigneurial permanent, plus confortable que le donjon antérieurement bâti sur la motte, ayant accueilli une chapelle. A l’abandon du site, l’ancienne basse-cour peut avoir abrité des sépultures, comme c’est le cas en Berry autour d’une foule d’édifices religieux.

 

La motte, ou plutôt l’ensemble castral de Presles se révèle donc un lieu d’un très grand intérêt pour l’histoire régionale.

©Géoportail

 

© Olivier Trotignon 2019

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9 juillet 2018 1 09 /07 /juillet /2018 15:23

Les amateurs de patrimoine militaire médiéval connaissent bien le petit château de la Roche-Guillebaud, sur la haute vallée de l’Arnon, au contact entre les départements de l’Allier et du Cher. Cette forteresse doit sa modeste notoriété à sa situation sur un sentier de grande randonnée et à la présence, toute proche, de la base de loisirs de Sidiailles. Que ses murs aient vu se présenter sous leurs archères l’ost du roi Philippe Auguste ajoute une touche épique au charme que dégage le site, baigné par un lac artificiel depuis une bonne quarantaine d’années.

Ce ne sont ni son passé ni les approximations des inconditionnels de George Sand qui y ont situé le cadre du roman « Maupras », déjà détaillés dans des billets plus anciens qui ont, cette fois, attiré mon attention, mais plutôt cette marée végétale qui étouffe le site d’années en années et qui l’englue dans un paysage forestier en le soustrayant à la vue des visiteurs.

 

Pour mesurer le phénomène, il est utile de rechercher quelques anciens clichés de la Roche, telle que les photographes du début du XXe siècle ont pu en fixer l’aspect sur les plaques de verre de leurs appareils. Les sites d’échange et de négoce de cartes postales anciennes nous fournissent un matériel d’étude irremplaçable. Les photographies les plus claires ne sont pas forcément les plus utiles.

 

On est, d’emblée, saisi par ce contraste : avant le premier conflit mondial, le site de la Roche trônait au cœur d’une lande faiblement boisée. Le château apparaît sous des angles de vue aujourd’hui impossibles à reproduire, même lorsque l’étiage du lac, qui noie en temps ordinaires le socle du donjon, est très bas. Un fort dépôt alluvionnaire accumulé depuis la rétention des eaux de l’Arnon par le barrage modifie la topographie de ce segment de la vallée.

 

 

Les ruines ont continué à se dégrader. Un gros massif de maçonnerie, souvenir d’une souche de cheminée, bien visible sur les plus anciennes photographies, est aujourd’hui écroulé. Une carte postale d’assez médiocre qualité, postée en 1933, montre que l’effondrement de cette structure qui permettait d’apprécier la hauteur primitive minimale du donjon date du premier tiers du siècle passé. On note en même temps que la végétation commence à envahir le fossé naturel qui séparait la roche du plateau et à dissimuler les piliers - aujourd’hui presque invisibles - du pont-levis.

 

 

Ce retour d’une nature qui ne doit pas être bien différente de celle que les chevaliers fondateurs de la seigneurie de la Roche-Guillebaud ont eu à réduire pour assurer la sécurité de leur place forte trouve plusieurs explications.

 

 

La première est à aller chercher sur les monuments aux morts des petites communes mitoyennes de la retenue de Sidiailles. Très nombreux sont les hommes qui ne sont pas revenus de la Grande guerre. A quelques kilomètres, la bourgade de Saint-Désiré a même eu le douloureux privilège de se voir doter par la République d’un obusier de 77 allemand, honneur réservé aux villages ayant perdu vraiment beaucoup des leurs. Toute la région a été cruellement impactée par la guerre, et chaque soldat tombé au feu a précipité le déclin d’une petite économie rurale qui avait besoin de bois pour se chauffer, d’écorces pour ses tanneurs, de buissons pour ses chèvres et ses moutons.

Plus proche de nous, le choix du site de Sidiailles pour bâtir une retenue destinée à alimenter en eau une partie du département a accéléré le phénomène de reforestation du site. La végétation est un excellent barrage contre des intrants indésirables générés par l’agriculture. Le bénéfice visuel favorisant les activités de loisirs a fait le reste.

 

 

Je sais que ces lignes ne sont qu’incantatoires et qu’il serait bien étonnant, en cette période de réduction des budgets, que quelqu’un voit dans le château de la Roche-Guillebaud une priorité mais il est toujours triste, pour l’historien que je suis, de suivre d’années en années la lente disparition d’un patrimoine public témoin d’une histoire qu’il s’efforce de mettre en valeur.

 

© Olivier Trotignon 2018

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8 avril 2018 7 08 /04 /avril /2018 19:45

Il y a quelques années, nous avions ensemble approché la petite forteresse de la Bruyère-l’Aubespin, au sud du massif de Tronçais, dans l’Allier, site d’une courte bataille. Reprenant la place à des routiers à la solde de l’Angleterre, une troupe fidèle aux intérêt du duc Louis de Bourbon avait mené le premier combat important d’un épisode guerrier de plusieurs mois : le siège de Belleperche.

A une quarantaine de kilomètres de là, sur la rive gauche de l’Allier, commença, presque au même moment, une bataille visant à reprendre une grande et belle forteresse bourbonnaise, le château de Belleperche (aujourd’hui intégralement détruit), investi par ruse par d’autres routiers, compagnons de ceux ayant capitulé à la Bruyère. Dans cette place-forte résidait Isabelle de Valois, belle-mère du roi Charles V et mère de Louis de Bourbon. Cette otage de très haut rang représentait une prise de guerre précieuse pour les mercenaires alliés des Anglais.

La bataille, comme les chroniqueurs contemporains nous le racontent, tourna court. Bien que soumise à un pilonnage sévère, sans doute à l’aide de trébuchets et d’arbalètes géantes, la place demeura imprenable. Battu sur ce point, le duc de Bourbon dut se résoudre à engager un siège, en pleine campagne et aux prémices de l’hiver, situation inconfortable et stratégiquement fragile. Le duc Louis ordonna donc la construction d’un camp de fortune, pour mettre ses vassaux et soldats, ainsi que son matériel de siège, à l‘abri derrière un rempart de terre et de bois. Si l’emplacement de Belleperche ne fait aucun mystère, celui du refuge hivernal de l’ost bourbonnais reste, à ma connaissance, l’un des points d’interrogation de cette histoire.

Voici, néanmoins, quelques arguments qui pourraient aider à préciser sa situation.

A la lecture des récits des chroniqueurs Jean Froissard et Jean Cabaret d’Orville, bien analysés dans sa thèse par le chercheur Olivier Troubat, Louis de Bourbon aurait fait fortifier à la hâte un réduit défensif d’une dizaine d’hectares, clos par une palissade précédée par un petit fossé. On ignore la forme de l’ensemble.

 

 

Afin d’éviter d’être exposés aux tirs ennemis partant des murailles de Belleperche, les Français choisirent d’éloigner leur retranchement, tout en restant à une distance suffisante pour surveiller une éventuelle sortie des routiers. Nous ne disposons d’aucune autre mesure que la superficie du camp.

La toponymie, ainsi que la photographie satellite nous livrent, toutefois, quelques indices qui,sans apporter de preuve déterminante, peuvent être envisagées comme points de départ.

Nous remarquons tout d’abord un toponyme intéressant, dit « Le champ soudard », peut-être en souvenir des troupes à pied ayant campé sur place.

A l’ouest, les relevés topographiques et les clichés verticaux montrent un curieux mitage forestier, alors que, dans l’ensemble du massif de Bagnolet présente des lisières régulières. Si on se souvient que la palissade du camp bourbonnais a pu mesurer plus de 1300 mètres, en partant d’un chiffre moyen de cinq pieux au mètre, on peut évaluer les besoins du génie bourbonnais à 6500 pieux, soit près de 3000 petits arbres abattus dans la forêt la plus proche. Les retraits forestiers et clairières visibles par satellite ne sont qu’à quelques minutes du Champ soudard.

 

 

Une parcelle particulièrement attire notre attention. Un vaste polygone d’une superficie d’une dizaine d’hectares, compatible avec les mesures (mais sont-elles fidèles à la réalité ?) données par les chroniqueurs médiévaux est situé juste en face de l’ancienne porte de Belleperche. C’est également face à cette porte que le polygone offre son coté le plus court. Stratégiquement, présenter une façade réduite aux tirs adverses serait le meilleur des choix qu’un militaire puisse faire.

Entendons nous bien : cette hypothèse est seulement académique, et ne repose que sur un faisceau d’indices concordants. Ces champs sont en plus des propriétés privées, et il n’est pas dans mon intention de me livrer à une prospection sauvage, même à vue, de cet emplacement intrigant. Il reste, ceci dit, certain que la confrontation entre les archives et les textes médiévaux et les méthodes d’investigation de l’archéologie contemporaine est un domaine très prometteur.

 

© Olivier Trotignon 2018

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4 novembre 2017 6 04 /11 /novembre /2017 10:53

Il y a plusieurs années, je signalai aux lecteurs de Berry médiéval le début d’un important chantier de rénovation d’un élément majeur du patrimoine urbain médiéval régional : une partie de l’enceinte fortifiée de la ville d’Ainay-le-Château, dans l’Allier, était en travaux.

La tombée précoce de la nuit et la clémence du temps m’ont amené à retourner sur place pour profiter d’un panorama architectural remarquable qui mérite d’être découvert et largement partagé.

Nous sommes au nord de la ville, au pied d’un rempart qui garantissait la sécurité d’une population urbaine dépendant des seigneurs de Bourbon. Ainay, dite « le château », était alors une des places-fortes majeures de la frontière septentrionale de la seigneurie de Bourbon, ancêtre éponyme d’une province qui allait porter, à partir de la Guerre de 100 ans jusqu’à la Révolution, le nom de Bourbonnais.

 

Les images, hélas, sont trompeuses. La belle vue tant nocturne que diurne sur les fortifications d’Ainay ne nous offre qu’une petite partie de ce à quoi ressemblait la ville au moment où les travaux de défense furent achevés. A la gauche de l’église s’élevait le château-fort des Bourbons, intégralement démantelé, que seule notre imagination peut resituer dans ce paysage urbain malmené par le temps.

Sans doute certains se diront qu’il y a plus grand et plus beau ailleurs. Certes. Ce qui retient l’attention, dans ce chantier de rénovation, c’est aussi la modicité de la ville qui a entrepris ces travaux. Ainay-le-Château est une petite ville à la limite de deux départements, de deux régions, de deux mondes, l’un rural, l’autre forestier, dans une de ces marges souvent ignorées des grands circuits touristiques. Son investissement pour la sauvegarde de son patrimoine ainsi que pour la promotion de la Culture dans ce territoire un peu à l’écart de tout n’en est que plus remarquable.

A découvrir.

 

© Olivier Trotignon 2017

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7 octobre 2017 6 07 /10 /octobre /2017 11:38

Ouvert exceptionnellement par son propriétaire lors des Journées du Patrimoine 2017, le château de Bommiers, dans l’Indre, est un lieu d’intérêt majeur pour qui s’intéresse au patrimoine militaire des pays du Centre. Cette immense ruine de plus de quatre hectares forme un ensemble beaucoup trop complexe pour être examinée dans un simple article, aussi nous contenterons nous d’observer l’élément particulier que forme la motte castrale primitive à l’origine de ce vaste ensemble fortifié.

 

 

La motte de Bommiers peut-être qualifiée de féodale. Contrairement à d’autres de ses homologues régionales, elle matérialisait le siège d’une des plus importantes seigneuries du diocèse berrichon. Assez éloignée du centre du bourg, la première résidence des seigneurs du lieu s’élève dans un environnement humide propice à l’alimentation permanente de ses fossés. Sa basse cour, distante de plusieurs dizaines de mètres, occupait peut-être toute la superficie de l’actuelle haute cour entourée de murailles postérieures, mais aucune fouille sérieuse ne permet d’étayer ou d’infirmer cette supposition.

 

 

Outre son volume qui fait d’elle un des plus gros ouvrages de terre des environs, la motte de Bommiers conserve la trace de plusieurs aménagements successifs souvent disparus ailleurs.A l’emplacement du donjon quadrangulaire primitif élevé par les premiers chevaliers de Bommiers a été bâti en moellons calcaire un second donjon, de section circulaire, dont la base est encore visible. Cette tour, de réalisation moins soignée que la chemise qui l’entoure, peut avoir été construite au cours des dernières décennies du XIIeme siècle.

 

Très impressionnante autant par sa taille que par l’élaboration de son plan interne, la chemise extérieure, encore en partie dissimulée sous le lierre, s’inscrit dans un vaste programme de fortification observé dans de nombreux châteaux et villes de la région. Flanquée de tours à plusieurs étages avec peut-être des salles basses, équipée de grandes archères, la chemise et son donjon forment alors un élément autonome pouvant tenir un siège même en cas de perte du reste de la forteresse.

 

 

Les archives régionales et extra-régionales nous livrent un certain nombre d’informations sur la famille qui possédait cette place forte, connue dès 1046 par un acte de l’abbaye bénédictine de Saint-Sulpice de Bourges. Mes dépouillements me permettent de la suivre régulièrement jusqu’au moins en 1269, date à laquelle se manifeste pour la dernière fois un Robert de Bommiers, héritier d’une longue tradition patronymique respectée depuis le milieu du XIème.

Entre temps, les Bommiers se dépouillent au profit de nombreux monastères, parfois très éloignés du cœur de leur fief : la Chapelle-d’Angillon, Orsan, Chezal-Benoît, Fontmorigny, Beauvoir, jusqu’à Bénévent, dans la Marche.

Leur influence grandit -ce qui est compatible avec l’importance de leur château- jusqu’à devenir seigneurs d’Huriel (1252) et Montfaucon (1254).

Les plus fidèles lecteurs de ce blog se souviendront peut-être d’un ancien article à la mémoire d’une dame de Bommiers, victime d’empoisonnement et partie quérir sa guérison auprès de médecins du Languedoc, au XIVème siècle.

L’ensemble fortifié de Bommiers, situé au lieu-dit « les Minimes », est une propriété privée dont les propriétaires ne souhaitent pas être importunés par des visites intempestives, en partie pour des questions de sécurité, ce qui se conçoit aisément. Je recommande de suivre les programmes des futures Journées du Patrimoine, qui devraient être l’occasion de découvrir la forteresse de manière encadrée et sécurisée.

 

© Olivier Trotignon 2017

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A retrouver dans la rubrique "liens": archéologie et histoire d'un lieu-dit

L'âne du Berry


Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

Histoire et cartes postales anciennes

paysan-ruthène

 

Cartes postales, photos anciennes ou plus modernes pour illustrer l'Histoire des terroirs:

 

Cartes postales et Histoire

NON aux éoliennes géantes

Le rédacteur de ce blog s'oppose résolument aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles dans le paysage berrichon.
Argumentaire à retrouver sur le lien suivant:
le livre de Meslon: non à l'éolien industriel 

contacts avec l'auteur


J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.