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5 avril 2020 7 05 /04 /avril /2020 20:30

 

En septembre 2019, le musée de Cluny a prêté pour un an au musée de l’hospice Saint-Roch d’Issoudun, dans l’Indre deux pièces extraites de ses riches collections. Il s’agit d’un ensemble exceptionnel de deux châsses ayant appartenu jusqu’à la Révolution à la grande abbaye cistercienne de la Prée, dans la vallée de l’Arnon. Ces deux reliquaires contenaient les restes aujourd’hui disparus de sainte Fauste, sainte fort peu connue dans la région. Produits par les ateliers limousins qui excellaient en matière d’émaillage sur âme de cuivre, ces objets comptent parmi les plus beaux témoignages de cet art si particulier encore visibles dans les collections publiques nationales.

Exposées côte-à-côte dans un coffre transparent éclairé avec beaucoup de justesse, ces châsses se découvrent sous presque tous les angles, et bénéficient d’un guide très complet offert aux visiteurs qui donne une foule de détails sur leur parcours et l’identité des deux saints dont elles accueillaient les ossements.

 

Il n’est bien entendu pas question pour moi de piller ce document. J’attirerai en revanche votre attention sur une observation personnelle qui vient compléter plusieurs constatations faites au cours de mes recherches sur les abbayes berrichonnes, cisterciennes ou non.

 

Ces reliquaires, pourtant authentiques et clairement identifiés, ne cadrent pas avec l’image encore trop souvent promue d’un ordre cistercien détaché de toutes contingences iconographiques. On trouve encore affirmé le dogme d’un ordre religieux voué à la pauvreté, rejetant les couleurs et les images comme distrayantes de la prière et fermé sur lui même. Cette thèse peut-elle être encore soutenue lorsqu’on observe la présence de ces châsses dans le patrimoine de la Prée ? Dès la fin du XIIe siècle, les premiers gisants, dont certains féminins, font leur apparition dans la nef de Noirlac, puis à Fontmorigny, Loroy et probablement au Landais et aux Pierres. A la fin du Moyen-âge, Fontmorigny et Loroy sont des lieux de pèlerinages pour les populations locales.

Ceci signifie t-il que les Cisterciens berrichons ont été une entité déviante ? Nullement, juste que ces religieux ont évolué avec leur temps, et ne sont pas restés figés dans une posture de manuel scolaire.

 

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19 septembre 2018 3 19 /09 /septembre /2018 20:56

L’abbaye du Landais fut, au Moyen-âge, un des quinze monastères cisterciens implantés dans le diocèse de Bourges. Son histoire semble correctement résumée sur plusieurs sites internet. Personnellement, mes recherches m’ayant conduit à travailler sur les fonds d’archives des départements du Cher et de la Creuse, je n’ai eu en main que quelques transcriptions d’actes copiés aux Archives de l’Indre. Je me limiterai donc à un commentaire sur le site du Landais, alimenté par deux visites sur place, l’une en juin et la seconde il y a quelques jours, au moment des Journées du Patrimoine.

 

 

C’est en partie cette deuxième visite qui a motivé l’écriture de ce billet, tant notre déception a été forte en arrivant sur place, induits en erreur par des sources en ligne dont les auteurs ne semblent pas arriver à comprendre qu’il ne suffit pas de recopier sans vérification ce que d’autres ont signé antérieurement pour créer de l’information. Les quelques renseignements recueillis auprès d’un voisin des ruines ont vite eu raison des conseils de visite erronés trouvés plus tôt sur Internet : suite au décès de son propriétaire, qui assurait un point de rencontre régulier avec les amateurs d’architecture médiévale, le monastère est désormais inaccessible et retourne lentement à la friche. Cependant, la partie la plus spectaculaire qui demeure est parfaitement visible de la petite route qui longe l’ancien établissement monastique. Les intérieurs, autrefois visitables, sont, en revanche, désormais inaccessibles.

 

 

Au premier abord, vu le volume des destructions contemporaines, le site est illisible. Ce n’est qu’en comparant les photos satellites avec celles d’autres abbayes cisterciennes régionales comme Noirlac ou Fontmorigny qu’on devine la position des murs qui constituent l’essentiel des restes de l’ancien monastère, vers le chœur de l’abbatiale. Cloître, dortoirs, scriptorium, réfectoire n’existent plus. Toujours en comparant les échelles, on prend la mesure de l’importance que fut celle du Landais. Cette abbaye devait rivaliser, en terme de superficie, avec ses sœurs de la Prée, de Loroy, de Noirlac ou de Fontmorigny. Située au fond d’un large vallon drainé par un ruisseau sur lequel se sont organisés des étangs et des pêcheries, proche d’affleurements d’un beau calcaire parfait pour la taille de pierre, le Landais possédait une alimentation en eau potable, connue sur place sous le nom de « fontaine des moines ». Conformément aux usages de l’Ordre, l’abbaye était éloignée des communautés urbaines locales.

 

 

Objectivement, l’abbaye du Landais est un lieu pour les inconditionnels du patrimoine médiéval, dont la culture permettra de combler les vides immenses et définitifs qui font de cet ancien couvent une ruine en pointillés. J’ose croire que dans quelques années, le temps sera venu de modifier cet article parce que l’endroit aura retrouvé une vie culturelle.

 

 

© Olivier Trotignon 2018

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2 septembre 2018 7 02 /09 /septembre /2018 16:02

Voici un monument devant lequel je suis passé des dizaines de fois avant de profiter des journées du Patrimoine pour en faire la visite: la petite église romane de Vouillon, au bord de la route Châteauroux-Lignières.

Ce monument religieux attire l'œil par l'étrange dissymétrie de sa façade. Proportionné selon des cotes qui donnent à son pignon un aspect curieusement étiré, on remarque tout de suite l'anomalie que présente son portail d'entrée décentré vers la droite, procurant à l'ensemble une configuration unique dans la région. Rien, à première vue, ne peut expliquer ce choix des architectes médiévaux.

 

 

Il faut attendre d'être dans la nef pour comprendre l'étrange évènement qui a frappé le bâtiment à un moment qui serait sans doute facile à retrouver dans les archives départementales.

 

 

Le mur méridional de l'église est constitué non pas d'une maçonnerie pleine ajourée d'ouvertures mais de plusieurs arcs plein-cintre bouchés dans lesquels ont été ménagées des fenêtres rectangulaires. Les chapiteaux qui supportent les doubleaux sont partiellement noyés dans le mortier. L'église accuse donc une étape de transformation radicale de sa structure comme on en relève parfois après un évènement brutal, comme l'écroulement d'une partie du bâtiment. Mes amis qui mettent en valeur la belle abbaye de Mozac, dans le Puy-de-Dôme, m'ont expliqué comment un tremblement de terre avait en partie détruit l'abbatiale du monastère auvergnat. Parfois, ce sont des faiblesses du bâti initial qui conduisent les constructions à la ruine.

 

 

Dans le cas qui nous intéresse, nul séisme ni faute de la part des bâtisseurs roman n'explique la perte d'un bon tiers du volume primitif du sanctuaire de Vouillon. Cette église a été, semble t-il, victime d'une décision administrative qui l'a frappée d'alignement. Afin de faire passer, ou d'agrandir la route départementale qui la borde, on a fait le choix d'abattre toute une partie du sanctuaire, le mutilant de manière irrémédiable. Quelques belles pierres rescapées de massacre architectural demeurent sur le site.

Certes, on remarquera que ce n'est qu'un moindre mal, tant de beaux lieux de culte anciens ayant été purement et simplement rasés ou abandonnés aux intempéries et ce blog en recense quelques uns. Ici, il reste encore assez d'éléments pour imaginer le bel ensemble architectural et iconographique que représentait naguère l'église de ce village berrichon.

 

© Olivier Trotignon 2018

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15 juin 2018 5 15 /06 /juin /2018 19:27

 

 

Connu essentiellement dans la Marche et dans les Charentes, le mouvement qui a poussé certaines communautés villageoises et urbaines à édifier ces curieux édifices que sont les lanternes des morts a dans une moindre mesure concerné le Berry. De la vallée du Cher à celles de l’Indre et de la Creuse, ce sont plusieurs monuments qui peuvent être comptés, de volumes et de formes variables. Après avoir consacré plusieurs billets à ces édicules funéraires, il me restait à vous présenter un dernier monument, la lanterne des morts de Saint-Genou, dans l’Indre.

Cet élément architectural se trouve assez loin du centre du village et de la belle abbaye bénédictine qui y était établie, témoignant de la présence d’un cimetière disparu de nos jours. Cette situation n’a rien d’original et se retrouve dans d’autres sites tant berrichons que marchois, limousins ou charentais. Cette lanterne se distingue de ses semblables par l’hétérogénéité de ses parements. De sa base à son sommet, ce ne sont pas moins de cinq appareils différents qui la composent. Sur un socle assez grossier repose une section octogonale allant en se rétrécissant faite de pierres de taille ménageant une ouverture vers le centre de la colonne, à laquelle succède une longue partie cylindrique beaucoup plus rustique, soutenant la lanterne proprement dite, plus soignée, coiffée d’un massif de maçonnerie informe sur lequel est scellé un vestige de croix métallique.

 

 

Cet alternance est d’autant plus surprenante que l’évidement central, par lequel on manipulait le fanal, semble homogène à première vue. Une inspection minutieuse des mortiers jointoyant les pierres serait sans doute plus concluante.

 

 

La lanterne des morts de Saint-Genou ne se trouve qu’à quelques minutes de l’axe Tours - Châteauroux et est correctement indiquée à partir de la route principale. Sa visite, couplée avec celle des restes de l’abbatiale bénédictine à quelques centaines de mètres, mérite qu’on s’y attarde.

 

© Olivier Trotignon 2018

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19 janvier 2018 5 19 /01 /janvier /2018 19:12

 

Il existe, dans la vallée de l’Arnon, un intéressant monument assez peu connu du grand public, qui devrait ravir les amateurs d’architecture médiévale souterraine. Sous l’église de Saint-Hilaire-en-Lignières se trouve une des rares cryptes, ou plutôt églises basses, du Sud du Berry. De dimensions assez modestes, cet espace témoigne d’une conception soignée servie par une réalisation assez rustique. Si le volume lapidaire, taillé dans un calcaire assez fin, prouve le soin avec lequel les carriers médiévaux ont exécuté leur commande, on note des épaisseurs de joints et surtout une certaine maladresse dans la garniture des voûtes qui laissent imaginer le mal qu’ont eu les maçons de l’époque à assembler les volumes attendus.

 

 

Cette église basse n’échappe pas au modèle convenu: le déambulatoire est dépouillé, à quelques figures près, des ornements qui font le charme et l’intérêt des nefs de l’étage supérieur. La lumière du jour n’y parvient que par

de rares ouvertures.

 

 

Les photographies qui illustrent ce billet ont été prises à la faveur des Journées du Patrimoine 2015. J’ignore si ce lieu de culte est facilement ouvert au public, et ne peux vous recommander de vous y rendre sans vous être informés au préalable de la liberté de son accès. 

Dans le cadre d’une visite thématique, l’église de Condé, dans le Cher, celles de Saint-Désiré et Domérat, dans l’Allier, l’abbatiale de Plaimpied et même la priorale d’Allichamps (si sa crypte minuscule est accessible), à nouveau dans le Cher, sont des sanctuaires situés à des distances raisonnables de Saint-Hilaire.

 

 

© Olivier Trotignon 2018

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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 08:00

Carmes1

 

Les visiteurs réguliers auront remarqué une baisse d’activité sur ce blog depuis plusieurs semaines. Conseils de classe, corrections d’examens et récolte de foin pour la pitance hivernale de mes treize ânes sont des tâches saisonnières auxquelles je ne peux me soustraire. De plus, la préparation de deux conférences inédites, dont une qui sera annoncée prochainement à la Tour de Vesvre, en juillet, m’a éloigné encore plus de mes archives de textes et photographies.
C’est pourtant grâce à ma dernière animation que j’ai pu récolter quelques images d’un lieu méconnu, car le plus souvent fermé au public, qui intéressera les amateurs d’architecture en bois.

 

Carmes2

 

La salle dite des Carmes, à Saint-Amand-Montrond, est le produit de la division du volume intérieur de l’ancienne abbatiale du couvent des Carmes en deux étages. Un premier niveau, occupé par des services administratifs, n’a aucun intérêt patrimonial. L’étage, en revanche, permet d’avoir une vue générale sur la magnifique charpente, que je présume être de chêne, datant de la fin du Moyen-âge. Muni d’un éclairage portatif puissant, et de mon éternel petit appareil-photo numérique, j’ai profité de la liberté que j’avais de circuler dans la place pour prendre quelques vues avant d’accueillir le public pour ma conférence de samedi.

 

Carmes3

 

Les bâtisseurs du couvent ont fait le choix du bois pour couvrir la nef de l’abbatiale. Ceci répondait-il à des impératifs oubliés aujourd’hui, coût de construction, rapidité d’exécution du chantier? La largeur de la nef, supérieure à celle de toutes les abbayes locales, explique peut-être à elle seule qu’on ait préféré le bois à la pierre. Le poids énorme de la voûte aurait exigé le montage d’arcs-boutants extérieurs si larges que le terrain dont disposaient les moines n’aurait sûrement pas suffi à leur fournir au sol une base suffisante. Le monastère, construit dans un espace urbain déjà très dense, subissait des contingences très terre-à-terre, telle la nécessité de louer à ses voisins cisterciens une parcelle pour y édifier des latrines.

 

Carmes5

 

Le bois donnait aussi à l’intérieur de la nef un aspect plus délicat que celui de la pierre, qui compensait la perte acoustique inévitable avec ce matériau.
On remarquera les magnifiques poutres engoulées sur lesquelles repose la charpente.
Cette salle municipale n’est ouverte au public que lors de manifestations culturelles ou politiques et, donc, assez difficile d’accès.

 

Carmes4

© Olivier Trotignon 2014

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23 mars 2014 7 23 /03 /mars /2014 09:02

Allichamps

 

Il y a longtemps, un vieil ouvrier m’avait confié le secret du nom d’Allichamps: selon lui, il s’agissait des “champs d’Ali”, chef arabe survivant de la bataille de Poitiers, venu fixer l’Islam en pleine vallée du Cher. Bien plus tard, sa mosquée avait été remplacée par les Chrétiens par la chapelle qu’on peut voir encore aujourd’hui au milieu, ou presque, des champs.
Si mon informateur avait su tout ce que contient le sol de ce périmètre de la basse vallée du Cher, il aurait sans doute jeté Ali aux orties pour me parler de César et Charlemagne: Allichamps est un lieu à la stratigraphie complexe sur lequel aucune somme objective des connaissances le concernant n’a encore été réalisée.

 

Allichamps-sarcophage

 

Une des origines les mieux repérées est une petite agglomération gallo-romaine établie près d’un gué permettant à la voie antique Bourges - Néris de franchir le Cher. Une nécropole importante, à l’origine du toponyme -les Champs-Elysées gallo-romains étant devenus Allichamps) prolonge son activité bien au delà de l’Antiquité tardive. Des zones occupées par des sarcophages ont été détectées à plusieurs points du site. Une, actuellement, intéresse de très près les archéologues. Sa localisation précise ne peut être publiée, pour éviter les inévitables pillages.
C’est sur la fine couche de terre recouvrant cette immense cité des morts que les chanoines augustins de l’abbaye de Plaimpied, près de Bourges, ont bâti un prieuré dont on conserve aujourd’hui une bonne partie de l’ancienne chapelle prieurale.

 

Allichamps-chapitau

 

A l’époque où on me racontait les exploits de l’émir Ali, j’ai visité ce qui n’était encore qu’une grange poussiéreuse. En montant sur les bottes de foin, on arrivait au niveau des chapiteaux. Une association de bénévoles s’est saisie de l’endroit et, après des années de travaux, a pu lui rendre une partie de son lustre d’autrefois.
On est tout de suite frappé par la qualité du travail des tailleurs de pierre romans. Des modillons extérieurs aux chapiteaux intérieurs, l’expression artistique est d’une richesse presque égale aux sculptures de l’abbaye de Plaimpied. Entre autres curiosités, on observe des couvertures en lauzes, qui sont peut-être à associer aux bories qu’on voit dans les vignes entre Chavannes et Châteauneuf.

 

Allichamps-intérieur

 

Le prieuré d’Allichamps mérite une visite estivale et il est facile de profiter des expositions artistiques qui s’y tiennent pour découvrir l’intérieur. L’extérieur est accessible en toutes saisons.

 


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19 janvier 2014 7 19 /01 /janvier /2014 09:32

prieuré-Vernais

 

Plusieurs fois, à l’occasion de conférences ou par courrier, des auditeurs et lecteurs m’ont demandé si je savais quand et pourquoi le prieuré de leur ville ou de leur village avait disparu. Ayant au début jugé anecdotique ce genre d’interrogation, il est peu à peu apparu que la question se posait pratiquement partout, à part dans de très rares exceptions comme le village de Drevant, dans le Cher, qui aligne sur un espace réduit une église paroissiale et une chapelle prieurale. Cet édifice, dont j’ai parlé ici plusieurs fois, est en plus un bâtiment à façade romane remarquable, d’où la frustration de certains de ne plus posséder le même patrimoine au cœur de leur village. Ce sentiment est encore appuyé par ces quelques jolis prieurés romans qu’on trouve parfois en campagne.
Pour avancer une réponse, il est nécessaire de revenir sur la nature des prieurés dont les actes médiévaux évoquent l’existence.
Il n’est pas rare qu’on me parle de ces anciens lieux de prière avec une sorte d’admiration respectueuse, comme s’ils avaient été des pôles de spiritualité à l’égal des abbayes.
Certes, certains prieurés berrichons ont été des monastères aussi, sinon plus peuplés et puissants que bien des petits couvents ruraux, mais il s’agit là d’exceptions. L’immense majorité des cellules prieurales résulte de dons accordés par des chevaliers à des abbayes, parfois situées à des distances considérables. Ces dons constituent un outil économique que les communautés monastiques ne peuvent ni négliger ni exploiter directement. Elles délèguent donc à un ou plusieurs frères le soin d’aller gérer au mieux ces biens dispersés et d’inégale importance. Ces moines détachés ont besoin d’un lieu de prière, et c’est là que l’affaire se complique.
En campagne, les choses sont claires: les prieurés se dotent de chapelles. En milieu urbain - villes ou petits villages - ces prieurales ont disparu du paysage, au même titre que la plupart des anciens lieux hospitaliers - hôtels-Dieu, léproseries, hôpitaux de filles-Dieu.. Les sondages archéologiques retrouvent parfois les traces de ces derniers, mais pas des prieurés.

 

prieuré-de-Soye

 

La solution m’a été soufflée par l'actuel propriétaire du prieuré de Drevant. Vivant dans les murs et observateur de multiples contradictions qui échappent à une visite sommaire du site, il m’a fait remarquer avec pertinence que l’église paroissiale était bien moins typée que son prieuré et que, débarrassée de son autel et des quelques ornements maladroitement placés dans la maçonnerie, elle prenait l’aspect d’un bâtiment ordinaire, médiéval, mais pas spécialement cultuel. Son hypothèse, iconoclaste mais, je le rappelle, pertinente, est de proposer de ramener cette église à sa première fonction de grange ordinaire ayant  appartenu aux moines, ce que nous appelons aujourd’hui “prieuré de Drevant” étant l’ancienne église paroissiale. Celle-ci, sans doute devenue trop petite à la suite de la poussée démographique enregistrée à la fin de la période médiévale, ayant été abandonnée pour consacrer un sanctuaire plus vaste, l’ancienne grange transformée en chapelle.

 

acrotère-Drevant

Ornement gallo-romain rapporté, unique pièce décorative de la façade de l'église de Drevant

 

 

Ainsi s’explique la disparition de nos prieurés urbains. Les textes sont sur ce point sans ambiguïté: les seigneurs donnent aux abbayes des églises parfois accompagnées de rentes et/ou de terres. Les églises existent avant la fondation des prieurés, puis sont partagées entre le prêtre, qui dépend de l’évêque, et le prieur, qui obéit à son abbé. Les prieurés urbains se réduisent donc à un volume plus ou moins important de bâtiments d’exploitation et de stockage, complétés dans de rares cas par des cloîtres et des dortoirs monastiques. Beaucoup de prieurés ne sont peut-être même pas habités en permanence, les moines chargés de leur fonctionnement retournant vivre dans leur communauté les mois d’inactivité agricole.
Ainsi, grâce à cette exception devenue artificiellement généralité qu’est Drevant s’éclaire toute une part mal connue de l’histoire de nos bourgs.

© Olivier Trotignon 201

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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 18:20

Genouilly-s.-capitulaire

 

Beaucoup moins connu des non-spécialistes que l’Ordre cistercien, qui lui est contemporain, l’Ordre limousin de Grandmont a laissé en Berry des traces remarquables. Une des mieux conservées de la douzaine de celles qu’a compté le diocèse de Bourges au Moyen-âge se trouve à une quinzaine de kilomètres de Vierzon, sur la commune de Genouilly. Baptisé Fontblanche, ce monastère a été, comme tant d’autres, abandonné aux activités agricoles après la Révolution, mais, contrairement à plusieurs maisons de l’Ordre fondées en Berry, celles-ci n’ont pas trop détérioré ses bâtiments. Il reste aujourd’hui environ les trois quarts des anciens murs monastiques, et les efforts de restauration entrepris par ses actuels propriétaires leur ont rendu leur aspect vénérable.

 

Genouilly-nef

 

Fontblanche ne réserve aucune surprise ou anomalie architecturale. Ses bâtisseurs se sont pliés aux règles voulues par l’Ordre. Chapelle, aile de la salle capitulaire et du dortoir et bâtiments fonctionnels sont aux dimensions et proportions qu’on observe ailleurs dans la région, à Corquoy et à Fontguedon, entre autres. Si les moellons qui occupent le plus gros des maçonneries sont quelconques, les encadrements d’ouvertures sont taillés dans une roche ocre qui donne un ton très chaud à l’ensemble.
Deux espaces ont fait l’objet de restaurations poussées: la chapelle prieurale et le dortoir des frères. La salle capitulaire est encore dans un état rustique, quoique quelques moulures aient été retaillées.

 

Genouilly-dortoir

 

La celle de Fontblanche n’est pas un endroit touristique. Bien que soigneusement entretenu et occupé toute l’année, le site est privé et ouvre rarement. C’est pourquoi je vous recommande vivement d’en prévoir la visite lors des prochaines journées du Patrimoine de septembre. La découverte de l’ensemble est assurée par les propriétaires et vaut largement le déplacement. Le public ne s’y est pas trompé: la fréquentation progresse régulièrement d’année en année et ne repose pas que sur une population de locaux curieux intéressés par le patrimoine de proximité. Fontblanche illustre la richesse patrimoniale de la région, quelquefois injustement occultée par quelques sites touristiques emblématiques qui focalisent l’attention des médias et des touristes. Le Moyen-âge berrichon, dans son aspect monumental, ne se résume pas à quelques cartes postales et quelques concepts historiques simplifiés.

 

Genouilly-chevet

 

En remontant fouiller dans les anciennes livraisons de Berry médiéval, vous retrouverez, avec l’outil de recherche en haut à droite de cette page, des informations sur la celle de Corquoy, elle aussi en cours de rénovation, et elle aussi ouverte pour les journées du Patrimoine. Les deux monastères sont si complémentaires qu’il est difficile de parler de l’un sans évoquer l’autre.

 

© Olivier Trotignon 2013

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9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 19:06

Bénitier-St-Céols-1

 

A première vue, le petit village de Saint-Céols, entre Bourges et Sancerre n’a rien qui puisse retenir l’attention d’un historien de la période médiévale et il m’est arrivé quelque fois de le traverser en jetant juste un œil, par réflexe, sur son église. C’est en me documentant sur la question des bénitiers médiévaux en fonte de fer que j’ai trouvé l’indication de l’existence d’une pièce de fonderie exceptionnelle conservée dans la petite chapelle paroissiale. Invité il y a quelques jours par l’Association Saint-Céolaise à présenter une conférence dans les chais du Domaine du Prieuré, j’ai pu profiter de l’occasion pour aller découvrir l’objet.
Ce bénitier de belles dimensions, environ 80 cms de diamètre pour un demi-mètre de hauteur est dans un bon état de conservation suite, me semble t-il, à une restauration rendue impérative par le peu de soin avec lequel on avait naguère traité la cuve, abandonnée aux intempéries. Son originalité consiste en la présence de trois pieds, vraisemblablement soudés, en forme de lions, qu’on ne trouve pas sur les autres bénitiers de même nature observables dans le secteur, soit qu’ils n’en ont jamais été munis, soit qu’ils en sont orphelins.

 

Bénitier-St-Céols-2

 

Une légende, en lettres gothiques, réhausse l’impression générale de grande qualité de la pièce, qui témoigne du dynamisme de l’activité métallurgique en Berry à la fin de la période médiévale.
Ceci n’a pas échappé aux spécialistes du sujet, au point que cette lourde cuve de fonte a été choisie pour être présentée, il y a quelques décennies, au public japonais, fin connaisseur en matière de travail des métaux.

 

Bénitier-St-Céols-3

 

Il m’est difficile de vous inviter à vous arrêter à Saint-Céols pour découvrir cette curiosité, l’ouverture de l’église étant aléatoire, ce qui est parfaitement compréhensible vue la faible population résidant dans le village. En revanche, les amateurs de bons vins noteront que les Menetou-Salon de Pierre Jacolin, voisin de l’église et propriétaire du domaine du Prieuré, méritent qu’on s’y attarde!

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Dans l'objectif de partager avec le grand public une partie du contenu de mes recherches, je propose des animations autour du Moyen-âge et de l'Antiquité sous forme de conférences d'environ 1h30. Ces interventions s'adressent à des auditeurs curieux de l'histoire de leur région et sont accessibles sans formation universitaire ou savante préalable.
Fidèle aux principes de la laïcité, j'ai été accueilli par des associations, comités des fêtes et d'entreprise, mairies, pour des conférences publiques ou privées sur des sujets tels que:
- médecine, saints guérisseurs et miracles au Moyen-âge,
- l'Ordre cistercien en Berry;
- les ordres religieux en Berry au M.A.;
- la femme en Berry au M.A.;
- politique et féodalité en Berry;
- le fait religieux en Berry de la conquête romaine au paleo-christianisme...
- maisons-closes et la prostitution en Berry avant 1946 (animation réservée à un public majeur).
Renseignements, conditions et tarifs sur demande à l'adresse:
Berrymedieval#yahoo.fr  (# = @  / pour éviter les spams)
Merci de diffuser cette information à vos contacts!

Histoire locale

Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
A retrouver dans la rubrique "liens": archéologie et histoire d'un lieu-dit

L'âne du Berry


Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

Histoire et cartes postales anciennes

paysan-ruthène

 

Cartes postales, photos anciennes ou plus modernes pour illustrer l'Histoire des terroirs:

 

Cartes postales et Histoire

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Le rédacteur de ce blog s'oppose résolument aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles dans le paysage berrichon.
Argumentaire à retrouver sur le lien suivant:
le livre de Meslon: non à l'éolien industriel 

contacts avec l'auteur


J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.