La plate-tombe chevaleresque de l’église de Venesmes (Cher)

Voici un monument qui devrait retenir l’attention de tous les amateurs et spécialistes du costume médiéval: dans la petite église de Venesmes, non loin de Châteauneuf-sur-Cher, est visible une très belle dalle funéraire représentant un chevalier en armes. L’homme est tête nue, habillé de sa cotte de mailles et les reins ceints d’une ceinture sur laquelle est pendue son épée. Ses mains sont jointes en position de prière et ses pieds reposent sur un chien. Un écu portant ses armoiries est gravé à sa droite. L’inscription funéraire est difficile à lire et on peine à identifier le nom de défunt. On s’accordera à reconnaître là une plate-tombe d’une exceptionnelle qualité, à la fois par la finesse du travail du lapicide que par l’excellent état de conservation de l’ensemble. Déposée dans un enfeu dans le transept de l’église, la pierre a été protégée par la voûte et n’a subit aucune dégradation. N’ayant pu passer assez de temps sur place pour travailler sur l’inscription, je ferai confiance aux historiens de l’art qui ont daté cette dalle du début du XIVe siècle et ont identifié le chevalier gisant dans cette tombe comme l’un des propriétaires de la petite forteresse d’Aigue-Morte, à quelques kilomètres au sud du bourg de Venesmes. Le blason, hélas, est un dessin très banal -on connaît plus de 2000 familles ayant un lion comme armoiries en France à cette époque- et ne donne aucune indication précise sur l’origine familiale du chevalier.

Cette tombe nous rappelle une pratique qui devient de plus en plus courante en Berry au cours du Moyen-âge et de la Renaissance. Alors que la haute aristocratie régionale avait pris l’habitude, dès la fin du Xe siècle, de se faire inhumer dans les cimetières des abbayes et prieurés qu’elle protégeait, la petite noblesse rurale, pas assez fortunée pour obtenir ce privilège, a souvent choisi l’église de sa paroisse comme dernière demeure. On connaît ainsi quelques testaments qui permettent de mesurer l’importance et l’homogénéité de cette coutume, qui gagne parfois la haute aristocratie. Le seigneur d’Huriel, dans l’Allier, s’est, par exemple, fait inhumer dans une des églises de cette ville après sa mort à la bataille de Poitiers alors que les anciens seigneurs du lieu avaient au XIe siècle choisi le cimetière du prieuré bénédictin de la Chapelaude pour abriter leur nécropole familiale. Pour le confort des visiteurs, la petite commune de Venesmes a fait l’effort rare d’installer un éclairage à discrétion dans le plafond de l’enfeu, qui permet de prendre des photographies sans flash et évite une surexposition qui liserait tous les détails de la gravure. Cette initiative rare doit être saluée. Comme beaucoup de monuments ruraux, l’église est souvent fermée et la plate-tombe inaccessible. Les futures journées du Patrimoine seront donc pour beaucoup la meilleure occasion de venir admirer cet ensemble rare qui mérite vraiment la visite.

enfeu - transept de l'église de Venesmes
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