L'affaire des poisons de Bommiers (36) - XIVe siècle

Publié le par Olivier Trotignon



Voici un fait-divers sur lequel nous ne disposons que de peu de détails mais qui révèle une étrange affaire criminelle dans la société chevaleresque berrichonne de ce début de XIVe siècle.

L’affaire se déroule en 1317 dans la puissante et ancienne seigneurie de Bommiers, dans l’actuel département de l’Indre. La dame de Bommiers -dame est le qualificatif féminin équivalent au titre de seigneur pour les hommes- tombe subitement malade dans son château. Incapable de trouver sur place le remède pour la guérir de ses maux,  Marguerite de Bommiers entreprend un voyage jusqu’à Montpellier, soit plus de 1000 kms aller-retour, pour profiter de la science des “physiciens de l’université”. Ce sont les médecins méridionaux qui découvrent ce qui avait échappé à leurs homologues berrichons: Marguerite a été empoisonnée.

Les soupçons semblent tout de suite se porter sur trois individus, dont la fonction n’est pas précisée. Jean du Solier, Mabille du Bois et la dite La Moiche, de Sainte-Sévère sont accusés, devant la justice royale, d’avoir fait prendre à la dame de Bommiers des breuvages vénéneux et autres poisons. Le roi Philippe le Long ordonne que soient poursuivis les criminels et interdit à tous ses sujets de leurs donner asile, ce qui indique, que, coupables ou non, l’homme et les deux femmes sont en fuite.

Deux points retiennent l’attention dans cette affaire. D’abord le mode d’administration des produits empoisonnés. L’arrêt royal cite des breuvages vénéneux, ce qui indique que les apprentis-meurtriers étaient soit des domestiques, capables de glisser leurs produits dans les aliments destinés à Marguerite de Bommiers, soit des guérisseurs produisant des potions médicinales. Le mobile de leur acte n’est pas connu.

Nous soulignerons ensuite la réputation que pouvait avoir une université au Moyen-âge. On ne sait qui a conseillé à la victime d’aller consulter les savants montpelliérains mais l’histoire prouve que la noblesse des pays du Centre avaient une connaissance pratique de la géographie qui, dans ce cas précis, a certainement sauvé la vie d’une femme.



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D
Bonjour, <br /> descendant de la dame de Bommiers je peux vous indiquer qu'elle est décédée peu avant le 10 juillet 1323 où son fils Henri IV, sire de Sully, lors de sa prestation d'hommage pour la seigneurie de Châteaumeillant, parle de sa mère récemment décédée.<br /> Il existe un document fabuleux concernant la vie de la dame de Bommiers, il s'agit d'un article d'Emile Chénon, "Notes archéologiques et historiques sur le Bas-Berry (11ème série), XLIX : La succession de Robert III de Bomez : trente ans de procès !, paru dans les Mémoires des Antiquaires du Centre, 1914, et disponible sur Gallica à l'adresse suivante : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4152336/f41<br /> <br /> Par contre il n'y ait pas question de cette affaire d'empoisonnement, du coup je serai très intéressé par la source de votre article.<br /> Cordialement, <br /> Denis Vrignaud
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G
<br /> Monsieur,<br /> <br /> <br />   Préparant un article sur le château de Bommiers, j'avais fait allusion à l'affaire des poisons. Ayant soumis mon texte à Armelle Querrien, ingénieur de recherche au CNRS pour le<br /> Bas-Berry médiéval, celle-ci m'a demandé de préciser quelles étaient mes sources à ce sujet. Je n'en ai d'autre que votre blog et, tout en vous faisant bien sûr confiance, je vous serais<br /> néanmoins obligé de bien vouloir m'indiquer d'où vous avez tiré vos renseignements sur cette curieuse affaire.<br /> <br /> <br />    Merci d'avance !<br /> <br /> <br />    Veuillez agréer mes cordiales salutations.<br /> <br /> <br />                                     <br /> P. Grojean<br />
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O
Monsieur Grosjean,<br /> <br /> je découvre votre message et m'empresse d'y répondre, de peur d'oublier (je suis moi-même en train de rédiger un article pour un groupe de linguistes).<br /> Je vous recommande, sur Gallica, de chercher: Emile Chénon, les jours de Berry au parlement de Paris de 1255 à 1328, p. 269<br /> vous y trouverez l'acte sur lequel j'ai basé mon article sur mon blog Berry médiéval.<br /> Je connais un peu mme Querrien. Si vous avez l'occasion de la rencontrer à nouveau, assurez la de mon meilleur souvenir.<br /> Bon courage pour votre rédaction,<br /> O. Trotignon
O
Monsieur Grosjean,<br /> <br /> je découvre votre message et m'empresse d'y répondre, de peur d'oublier (je suis moi-même en train de rédiger un article pour un groupe de linguistes).<br /> Je vous recommande, sur Gallica, de chercher: Emile Chénon, les jours de Berry au parlement de Paris de 1255 à 1328, p. 269 <br /> vous y trouverez l'acte sur lequel j'ai basé mon article sur mon blog Berry médiéval. <br /> Je connais un peu mme Querrien. Si vous avez l'occasion de la rencontrer à nouveau, assurez la de mon meilleur souvenir.<br /> Bon courage pour votre rédaction,<br /> O. Trotignon
G
Actes du Parlement de Paris. Première série : 1254-1328. Tome II<br /> <br /> Arrêts rendus sous le règne de Philippe V le Long, 1316-1322<br /> 1317<br /> 5 avril 1317<br /> Cotes : X/2a/1, fol. 170r5 avril 1317<br /> Mandement au bailli de Bourges et aux autres Justiciers d’arrêter Jean « de Solerio » , Mabille « du Boys» et la nommée « La Moiche», qui, prévenus de tentatives d’empoisonnement sur la personne de Marguerite de Sully et de Châteaumeillant, avaient pris la fuite. Défense sera faite de leur donner asile. — Donné à Bourges.<br /> Notice n° 4767<br /> <br /> « Nobis Margareta domina de Scullevo et de Castro-Mil. conquerendo exposuit quod Johannes de Solerio, Mabilla du Boys a dicta La Moiche, de Sancta Senora, prefacte Margarete, ad ipsam interficiendam , venenosa pecula et inthosicaciones alias paraverunt.......»
O
<br /> <br /> Je n'ai pas la référence sous la main: réponse en mp à suivre.<br /> <br /> <br /> Bonne journée,<br /> <br /> <br /> O.T.<br /> <br /> <br /> <br />
S
<br /> Je pense au calvaire qu'a du être le voyage de Marguerite, à la santé affaiblie, tout au long des 500 kms de cette route qui n'était alors de de mauvais chemins mal entretenus et fréquentés!<br /> <br /> Vous ne dites pas si les sommités médicales monpelliéraines parvinrent à la sauver, ni la nature des poisons employés (rassurez-vous, je n'ai pas de belle-mère à éliminer...).<br /> <br /> <br />
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O
<br /> Je vous envie, de mon coté, en revanche...mais assez parlé chiffons...<br /> La source est assez laconique, mais il n'est nulle part évoquée le décès de cette femme. Il semble donc que les médecins méridionaux aient réussi à la sauver. Il n'y a aucune trace de la méthode<br /> employée, ni du mobile des accusés. On ne sait pas non plus s'il ont été arrêtés et jugés par la suite. <br /> <br /> <br />