L'affaire des poisons de Bommiers (36) - XIVe siècle

Voici un fait-divers sur lequel nous ne disposons que de peu de détails mais qui révèle une étrange affaire criminelle dans la société chevaleresque berrichonne de ce début de XIVe siècle.
L’affaire se déroule en 1317 dans la puissante et ancienne seigneurie de Bommiers, dans l’actuel département de l’Indre. La dame de Bommiers -dame est le qualificatif féminin équivalent au titre de seigneur pour les hommes- tombe subitement malade dans son château. Incapable de trouver sur place le remède pour la guérir de ses maux, Marguerite de Bommiers entreprend un voyage jusqu’à Montpellier, soit plus de 1000 kms aller-retour, pour profiter de la science des “physiciens de l’université”. Ce sont les médecins méridionaux qui découvrent ce qui avait échappé à leurs homologues berrichons: Marguerite a été empoisonnée.
Les soupçons semblent tout de suite se porter sur trois individus, dont la fonction n’est pas précisée. Jean du Solier, Mabille du Bois et la dite La Moiche, de Sainte-Sévère sont accusés, devant la justice royale, d’avoir fait prendre à la dame de Bommiers des breuvages vénéneux et autres poisons. Le roi Philippe le Long ordonne que soient poursuivis les criminels et interdit à tous ses sujets de leurs donner asile, ce qui indique, que, coupables ou non, l’homme et les deux femmes sont en fuite.
Deux points retiennent l’attention dans cette affaire. D’abord le mode d’administration des produits empoisonnés. L’arrêt royal cite des breuvages vénéneux, ce qui indique que les apprentis-meurtriers étaient soit des domestiques, capables de glisser leurs produits dans les aliments destinés à Marguerite de Bommiers, soit des guérisseurs produisant des potions médicinales. Le mobile de leur acte n’est pas connu.
Nous soulignerons ensuite la réputation que pouvait avoir une université au Moyen-âge. On ne sait qui a conseillé à la victime d’aller consulter les savants montpelliérains mais l’histoire prouve que la noblesse des pays du Centre avaient une connaissance pratique de la géographie qui, dans ce cas précis, a certainement sauvé la vie d’une femme.