La micro-forteresse d’Aiguemorte, commune de Venesmes (Cher)

Plus d’un voyageur circulant en train sur la ligne Paris-Montluçon a eu le regard attiré par un charmant édifice médiéval isolé dans une parcelle de grande culture à quelques pas de la voie ferrée, entre les gares de Châteauneuf-sur-Cher et Saint-Amand-Montrond. L’aide d’une carte topographique se révèle indispensable pour atteindre la petite forteresse d’Aiguemorte, tant le site est peu visible des routes et difficile à trouver la première fois. Au plan architectural, Aiguemorte se situe dans un registre intermédiaire entre les grosses forteresses régionales, comme celles de Châteauneuf, Montrond, Culan ou Ainay-le-Vieil et les ouvrages défensifs de terre et de bois, dont les maisons-fortes sont l’illustration la plus significative - on pense à celle du Treuil, à Faverdines ou encore à celle du Bœuf, près du bourg de Saint-Vitte, que j’avais présenté au public lors des Journées du patrimoine en 2004. Quelques autres micro-forteresses locales sont très comparables à Aiguemorte: Meslon et le Thizon, en vallée du Cher ou encore la Forêt-Mauvoisin, près de Courçais, dans l’Allier. La plus ancienne mention du château d’Aiguemorte que j’ai pu identifier à ce jour date de 1332. Dans un acte désormais disparu du chartrier du château de Châteauneuf-sur-Cher, Jean, seigneur de Culan et Châteauneuf, a accordé à Étienne de Morlac, seigneur d’Aiguemorte, d’avoir des hommes pour faire le guet au château d’Aiguemorte sis en la justice de Châteauneuf. La dispersion des archives de cette seigneurie ne permet pas de connaître les détails de cet accord, aujourd’hui détenu par un collectionneur privé dont l’identité est inconnue. Cette date parait peu compatible avec l’architecture de l’ensemble, au moins un siècle plus tardive. On formulera donc l’hypothèse d’une maison-forte primitive, ceinte de fossés humides et de plan carré - comme tant d’autres - ayant été démantelée au profit d’une petite forteresse de pierre au cours de la guerre de Cent ans à une époque où les troubles rendaient nécessaire le maintien d’une fonction militaire défensive dans un certain nombre de sites potentiellement exposés à des attaques. En effet, dans ce petit château, tout est prévu pour prévenir une agression armée: tour d’angle garnie de meurtrières prévues pour des armes à feu, fossés, pont-levis, absence d’ouvertures sur l’extérieur, à l’exception de deux étroites fenêtres éclairant la chapelle, chemin de ronde...


Aiguemorte était capable de résister à un coup de main. Outre la chapelle, on peut signaler comme curiosités la présence d’un puits, d’un petit logis seigneurial avec porte blasonnée et d’un très probable pigeonnier au sommet de la tour d’angle, elle même assise sur un cul de basse-fosse rempli de gravats, ce qui ne permet pas d’en évaluer la profondeur.

Peut-on attribuer à Aiguemorte une fonction précise, à l’ombre de son imposant voisin castelneuvien? Sans doute rien de plus qu’un de ces nombreux lieux de vie d’une micro-féodalité locale ayant à une époque cherché la sécurité dans des zones humides - voire très humides, la forteresse étant construite sur la basse terrasse du Cher, inondable en période de fortes crues, ce qui est assez étonnant - et ayant évolué à la faveur d’une époque agitée rendant nécessaire l’équipement de places-fortes pour la sécurité des populations. Le promeneur que la découverte de ce remarquable ensemble tenterait cherchera avec profit à visiter l’église de Venesmes où peut être admirée une belle plate-tombe contemporaine du premier acte relatif à l’existence d’Aiguemorte représentant un chevalier en armure. Contrairement à un certain nombre de sites évoqués dans ce blog qui menacent ruine, la forteresse a été l’objet de travaux de réfection de la toiture de sa tour et devrait dans les années à venir profiter de nouvelles restaurations.
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