La motte castrale d'Epineuil-le-Fleuriel (18)

Publié le par Olivier Trotignon


Il demeure assez peu de grandes mottes castrales du premier âge féodal dans le sud du Berry. La faiblesse de la population, l'absence de zone de conflit, des frontières de mouvances assez floues jusqu'au XIIIe siècle, les remaniements urbains expliquent qu'on trouve plus de petites mottes castrales ou d'enceintes fortifiées que de grands tertres ayant servi d'assise à des donjons de bois dans la région.
La motte d'Epineuil fait donc figure d'exception et mérite quelques commentaires. Cette motte de fort gabarit était au XIe siècle complétée par une basse-cour, comme le montre le cadastre, et par une chapelle devenue église paroissiale. L'ouvrage, très puissant, avait une importance stratégique qui ne peut s'expliquer que par le passage de la route Bourges-Montluçon aux pieds de l'ancien château. Cette route, héritière de la voie antique, coupait le Cher au lieu-dit Allichamps, puis suivait la rive gauche de la rivière en passant par quelques lieux importants comme Orval, Ainay-le-Vieil, la ville-franche de La Perche, Vallon avant d'arriver en vue de Montluçon. Il est à noter que la voie antique évitait, selon un usage constaté dans d'autres régions, le conciliabulum de Drevant, espace sacré qui n'était desservi à l'époque antique que par des voies secondaires.
Nous préférons parler de motte castrale plutôt que féodale, car manifestement Epineuil, qui a le titre de châtellenie au XIIIe siècle, n'a jamais été une seigneurie. Elevée par le(s) seigneur(s) de Charenton qui contrôlai(en)t tout cet espace, cette forteresse n'a jamais été donnée en fief à un vassal pour en garantir sa totale disposition, mais confiée à des officiers seigneuriaux dont la fonction n'était pas héréditaire. Est-ce l'un d'eux qui permet de faire apparaître le château d'Epineuil dès le milieu du XIe siècle dans nos textes? C'est tout à fait probable. L'individu concerné s'appelait Achard et était issu d'une petite famille féodale de la région de Courçais-Saint-Désiré, les Mauvoisin. Leur ancienne forteresse, en ruine mais bien visible, portait encore il y a peu le nom de Forêt-Mauvoisin. L'épisode narratif est court mais plein d'enseignement. Grâce aux travaux de l'archiviste Gautier sur le cartulaire disparu de la Chapelaude, nous apprenons qu'Achard Mauvoisin, et d'autres voleurs du château d'Epineuil (et alii raptores de Spinioculo castro) a, de nuit, envahi, la maison d'un moine vivant à Aude, peut-être venu dans la région pour préparer la rénovation du prieuré de la Chapelaude, appartenant aux moine de l'abbaye de Saint-Denis, près de Paris.
Cet exemple de violence féodale aux dépends d'un clerc seul et désarmé n'a pas de quoi surprendre dans le contexte de l'époque. L'anecdote présente l'intérêt d'affirmer la présence d'un château à Epineuil dès 1060.
Il nous est difficile de recommander un visite du site car, bien que très facile à trouver en plein milieu du village, la motte est dans un état d'entretien détestable et est presque invisible de la route par faute d'un abandon du site (propriété privée) à la friche. Comme tous les gens qui s'intéressent à ce village, nous appelons de nos vœux une réaction du propriétaire qui pourrait, avec un minimum d'efforts, rendre ce patrimoine accessible à tous.

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Publié dans patrimoine militaire

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