Lépreux et léproseries en Berry

Comme partout ailleurs en Europe occidentale, la lèpre a contaminé une partie de la population du Berry. Il est totalement impossible de chiffrer l'importance de cette contamination, mais on peut on mesurer l'étendue en relevant les mentions faites des léproseries dans la documentation. Il n'est pas toujours facile de retrouver la trace de ces structures hospitalières qui ont disparu ou évolué après la disparition du bacille sous nos latitudes à la Renaissance. Quelques établissements sont cités dans les actes médiévaux, surtout à l'occasion de donations testamentaires. D'autres ont laissé une trace dans la toponymie: des maladreries, champs de lépreux ou Saint-Lazare sont des indices sûrs. Quelques maisons de lépreux ont laissé un souvenir dans les traditions rurales, particulièrement lors de la découverte de petits cimetières isolés du bourg paroissial. Plus généralement, on peut estimer que toutes les villes et agglomérations d'une certaine importance situées sur des axes de communication -routes ou rivières- ont pu faire bâtir des léproseries. Celles-ci se situent hors les murs, mais à faible distance de l'entrée des bourgs -quelques centaines de mètres tout au plus. La liste qui suit est loin d'être close, et pourrait bénéficier d'une étude des micro-toponymes sur cadastres, qui révélerait certainement des lieux de soins méconnus.
Sont explicitement citées dans les actes-sans que ceux-ci n'indiquent le moment de leur fondation- les léproseries de Bourges (1297), Chârost (1236), Châteauneuf-sur-Cher ou plus précisément Venesmes (1220), Fougerolles (1230), Issoudun (1227), La Chapelle d'Angilon (1297), Orval et Saint-Amand (1266) - les deux léproseries sont citées dans le même acte, Sancerre (1251) et Villedieu-sur-Indre (1231). La Celle-Condé, Vierzon et Saint-Satur ont des lieux-dits placés sous le vocable de saint-Lazare (Sancerre et Saint-Satur sont si proches qu'on a peut-être qu'un seul établissement dans ce périmètre). Des Léproseries sont soupçonnées sur Charenton-du-Cher et Vesdun.
Le nombre de dates correspondant au XIIIe siècle n'illustre pas un pic de la contamination en Berry. Cette période est simplement très riche sur le plan documentaire. A plusieurs reprises sont cités les personnels soignants à savoir le maître, le recteur et les frères des maladreries. Les léproseries, comme les hôtels-Dieu (le pauvre et le lépreux sont, ne l'oublions pas, parfois perçus comme des transfigurations du Christ) sont dotés de sommes d'argent, de prés et de vignes par legs testamentaires. Il demeure dans le village de Bruère-Allichamps, rue de la Maladrerie, un mur épais complété de pierres de taille qui pourrait être un vestige de l'ancienne maison des lépreux.

© olivier Trotignon 2008