La Chartreuse de Bléron

Il est toujours désolant pour un historien de constater la ruine, peut-être aujourd’hui irrémédiable, d’un petit patrimoine religieux. Il y a plusieurs années nous assistions, impuissant, à la destruction à la pelleteuse du prieuré de Souages, entre Saint-Amand-Montrond et la forêt d’Habert. La nucléarisation de la parcelle en plusieurs propriétés distinctes avait empêché les propriétaires de s’entendre sur les mesures de sécurisation et de restauration du site à mettre en œuvre et la seule solution trouvée avait été la mise à terre du bâtiment médiéval, dont certains éléments architecturaux auraient été récupérés dans des conditions obscures.
C’est aujourd’hui une autre fondation monastique rarissime qui est menacée de disparition. La presse locale s’en était très justement émue après que des défenseurs du site aient exprimé leurs inquiétudes.
Situé sur le domaine public, le monastère de Bléron est situé au nord de Bourges, en forêt d’Allogny. C’est un lieu de promenade très fréquenté. Ses bâtiments datent de la fin du Moyen-âge et offrent un intérêt architectural limité - ce qui ne justifie en rien leur abandon, bien entendu.
Le caractère exceptionnel de l’endroit tient dans l’originalité de la règle qui avait été adoptée par les Frères vivant sur place. Bléron serait, à notre connaissance, la seule Chartreuse de la région, comme l’atteste en 1230 un acte de l'abbaye de Saint-Satur*, preuve au passage, avec un autre acte antérieur de 1193, qu’une activité spirituelle animait déjà le site plus de 200 ans avant la construction des structures actuelles. Rappelons que l’esprit qui animait les Chartreux était très proche des aspirations de l’hérémitisme.
S’il est facile de déplorer le pillage de l’endroit et sa fréquentation par quelques groupes d’illuminés, il est plus difficile d’agir efficacement pour sa protection. Peut-être que ces lignes aideront un jour à décider quelque politique local ou mécène avisé à engager des travaux de réhabilitation du monastère de Bléron.
* L’investissement en temps et en argent qui a été nécessaire pour mes recherches universitaires et le retour dérisoire en terme de bénéfice matériel personnel de toute cette aventure m’ont conduit à restreindre l’accès aux références de mes sources, afin d’éviter le pillage d’informations. J’ai ainsi fait le choix de ne rien publier sur ce blog. Toute demande précise doit m’être adressée par courrier, avec engagement écrit à citer mon nom dans d’éventuelles publications.
Seules les institutions publiques qui ont permis par la communication de leurs fonds la poursuite de mes recherches sont dispensées de cette restriction, c’est à savoir:
les Archives départementales du Cher, de la Creuse et de la Nièvre,
la bibliothèque municipale de Saint-Amand-Montrond.
© Olivier Trotignon 2008
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