Juifs en Berry au Moyen-âge

Publié le par Olivier Trotignon

Primitivement destinées à alimenter la refonte de la Gallia Judaica, et sans aucune nouvelle des auteurs de cette initiative, il peut être intéressant pour les lecteurs de connaître quelques sources sur la présence de communautés juives dans plusieurs grandes villes de la région. Les références bibliographiques sont disponibles sur simple demande. La plus ancienne mention date de 1184. Isaac Uradis, juif de Bourges, se fait confisquer sa maison par Philippe Auguste, qui l’offre à son maréchal, Matheus de Bituric. En 1280, la dame de Vierzon réclame un juif arrêté par les gens du roi, car le prisonnier n’a pas été pris en flagrant délit. Sensiblement à la même époque, le prieur de Saint-Benoît-du-Sault veut expulser les juifs du Sault mais le vicomte de Brosse s’y refuse. En 1294, c’est au tour des juifs de Nevers d’être expulsés par Philippe le Bel. Enfin, en 1323, c’est Perrin de La Queux, gardien des prisons royales de Bourges qui laisse échapper, moyennant finances, des “juifs et autres malfaiteurs des prisons de Bourges”. Deux tendances se distinguent dans ce court échantillon: la brutalité royale à l’égard des israélites, et la protection seigneuriale dont ceux-ci bénéficient dans les villes où l’influence du souverain est faible. Souvent utiles pour la gestion des domaines seigneuriaux, les juifs placés au service des grandes maisons féodales sont protégés par le statut que leurs confère l’importance de leurs fonctions de prêteurs ou de changeurs. Le roi de France, disposant de revenus qui lui permettent d’entretenir des services fiscaux et comptables encore rudimentaires mais suffisants pour subvenir aux besoins courants du palais et du domaine royal n’a aucun intérêt à la présence de juifs dans son royaume et évolue dans un univers mental qui fait des adeptes de la première religion du Livre des déicides. Les persécuter s’inscrit dans une logique de croisade permanente.
 
© Olivier Trotignon 2008
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Publié dans sources-littérature

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C
<br /> <br /> bonjour, je suis retraitée depuis peu et j'habite à Saint benoît du Sault, prof d'histoire puis chef d'établissement.Je viens de découvrir votre site.<br /> <br /> <br /> Il existe dans le village une maison dite "de l'argentier" dont le linteau sculpté représente il me semble des juifs, sans doute changeurs et banquiers dans cette cité très commerçante. Jusqu'à<br /> présent les hypothèses sur ce linteau sont très différentes, j'aimerais avoir votre idée sur la question. Connaissez vous ce linteau?<br /> <br /> <br /> j'aimerais bien d'ailleurs faire des recherches sur les juifs en Berry, pouvez vous me conseiller.<br /> <br /> <br /> Merci<br /> <br /> <br /> <br />
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O
<br /> <br /> Chère collègue,<br /> <br /> <br /> d'abord, merci de votre intérêt pour mes travaux, qui peuvent vous sembler géographiquement décalés par rapport à "votre" Berry. Je circule aussez rarement dans le sud de l'Indre aussi n'ais-je<br /> jamais eu l'opportunité de visiter sérieusement Saint-Benoît. J'ignore donc tout de la sculpture dont vous signalez l'existence.<br /> <br /> <br /> Le thème des communautés juives en Berry est comme partout très sensible car l'essentiel de la documentation disponible aux Archives départementales est muette à leurs propos. Sans être<br /> spécialiste de la question, il me semble que les gisements les plus riches sont les archives judiciaires, car les procès entre les juifs et l'église ou le roi y sont répertoriés.<br /> <br /> <br /> Sans garantie de succès -vous trouverez ça sans problème aux Archives de l'Indre et ça peut être commandé en prêt inter-bibliothèques- essayez:<br /> <br /> <br /> Emile Chénon. Les Jours de Berry au parlement de Paris de 1255 à 1328, 395 pages, Paris 1919<br /> <br /> <br /> (très détaillé et fort bien commenté)<br /> <br /> <br /> Bernard Chevalier. Les pays de la Loire Moyenne dans le Trésor des chartes, 644 pages, CTHS, Paris 1993<br /> <br /> <br /> (mine irremplaçable d'informations, ne contient que des notices mais balaye tout le Berry de la Guerre de 100 ans au début de la Renaissance).<br /> <br /> <br /> Pour le reste, un recensement toponymique peut-être un bon départ, bien qu'il persiste des mystères difficilement solubles, comme cette Rue des Juifs à Loye-sur-Arnon, tout petit village du<br /> Boischaut où une communauté juive n'avait aucune raison de se fixer.<br /> <br /> <br /> J'ignore en revanche où en est le projet de refonte de la Gallia Judaïca???<br /> <br /> <br /> Bonne recherche, et n'hésitez pas à faire découvrir le blog à vos relations!<br /> <br /> <br /> O. T.<br /> <br /> <br /> <br />