La restauration de la croix de cimetière de Coust (XVe siècle)
Triste destin moderne que celui d’une des plus belles croix de cimetière de tout le Berry. Sculptée à la fin du XVe siècle sur commande d’un des seigneurs du petit château voisin du Creuzet, la croix de Coust, dans le sud du département du Cher, avait échappé aux excès de la Révolution française grâce à la vigilance des habitants du village qui avaient pris soin de la déposer et de la soustraire à la violence des sans-culotte.
Ce très beau monument Renaissance, daté par une dédicace de 1472, est orné d’un Christ en croix du coté sud, opposé à une Vierge à l’Enfant sur la face nord. Abondamment décrit par les historiens de l’Art, ce témoignage de l’enrichissement de la petite noblesse régionale à la fin de la Guerre de cent ans paraissait à l’abri de toute nouvelle vicissitude jusqu’à ce qu’il y a deux ans, se décroche le bras oriental de la croix, retrouvé brisé en plusieurs morceaux sur les tombes voisines. Cette mutilation du monument annonçait des désordres encore plus graves, l’autre bras ayant été déséquilibré par l’incident, menaçant de suivre le même chemin que le précédent. Signalé par le maire de la commune, m. Aucouturier, aux autorités compétentes, cet événement ne resta pas sans réponse et les vestiges de la sculpture furent dans un délai très bref pris en charge par une entreprise compétente en la matière qui sut consolider l’ensemble et restituer à l’ouvrage son aspect primitif.
Devant cet événement, l’historien local ne peut cacher la confusion des sentiments qui l’habitent au pied de cette croix à nouveau complète et resplendissante comme aux premiers jours de son érection, tant il avait été habitué à la patine héritée d’innombrables saisons qui avaient déposé sur le calcaire moult mousses et lichens qui donnaient à l’ensemble un caractère d’authenticité incomparable.
Aujourd’hui, cette croix semble neuve tellement a été vigoureux son nettoyage, sans doute par sablage, qu’elle en ressemble à toutes les fausses statues de résine qui remplacent de ci de là dans la région les authentiques œuvres d’Art anciennes pour les soustraire aux convoitises de collectionneurs mal intentionnés.
Je n’oserais faire de reproche à quiquonque, car la croix de Coust est, du moins je me plais à l’espérer, sauvée pour quelques générations mais je garde un brin de nostalgie pour toutes ces taches de vieillesse, disparues sous le pistolet sableur du restaurateur, qui donnaient à ce monument tout son caractère.


