Un bélier espagnol en Berry (XIIIe siècle)

Publié le par Olivier Trotignon



Dans le sud de l’actuel département de l’Indre, près de l’ancien prieuré bénédictin de Saint-Benoît-du-Sault, se déroula vers 1282 une étrange affaire qui fut portée devant la justice royale, et qui est particulièrement instructive sur l’évolution des pratiques d’élevage dans les campagnes berrichonnes.

Plainte est ainsi déposée par les moines du prieuré de Saint-Benoit contre le vicomte Hugues, seigneur de la puissante châtellenie voisine de Brosse, pour le rapt d’un bélier d’origine espagnole -quendam arietem qui venerat d'Espane- et la détention de celui-ci par les hommes du vicomte.  La colère des moines fut en plus décuplée  par l’évidente mauvaise volonté du vicomte à restituer ce mouton à ses légitimes propriétaires, ce qui fut fait finalement au bout d’un certain temps.

L’animal n’ayant pas été passé à la broche, comme on aurait pu s’y attendre dans de pareilles circonstances, on comprend que les intentions des malfaiteurs étaient parfaitement préméditées et que l’origine ibérique du bélier n’est pas indifférente dans le déclenchement de cette affaire. 

De toute évidence, les bénédictins du Sault savent en cette fin de XIIIe siècle qu’il existe ailleurs des races ovines différentes des souches élevées par leurs paysans sur les domaines du prieuré et que ces ces moutons étrangers peuvent, par croisement, améliorer la productivité de leurs troupeaux. On peut alors supposer que le prieur de Saint-Benoît-du-Sault choisit d’investir dans un animal de type mérinos de façon à augmenter la production de laine issue de son cheptel. Que l’animal vienne d’au delà des Pyrénées ou ait été acquis quelque part dans le Sud de la France ne change pas les données du problème: l’objectif est économique et on comprend la fureur des moines quand ils découvrent que leur précieux animal a été subtilisé par leur puissant voisin laïc, qui prend tout son temps avant de restituer le reproducteur, le temps que celui-ci couvre les brebis du vicomte, comme on peut s’en douter. D’un certaine manière, Hugues de Brosse invente une forme de piraterie génétique, faisant saillir ses ouailles à bon compte avant de se séparer de son hôte ibérique à quatre pattes.

Cette histoire illustre de façon originale l’évolution générale des techniques agricoles observées dans l’ensemble de l’Occident à partir du XIIe siècle et ajoute un volet zootechnique supplémentaire à un vaste mouvement d’adaptation des races animales aux besoins d’une agriculture qui se perfectionne. On se souviendra des chevaux frisons importés en Poitou à la même époque, ancêtre des Traits mulassiers. Le Berry n’est pas resté en marge du progrès et il est intéressant de noter la part occupée par les bénédictins dans la genèse de cette évolution.

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Publié dans économie

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S
Amélioration et adaptation des races, certes, mais c'était encore le bon temps où les choses se faisaient naturellement. Sans Monsanto et sans les OGM!Au fait, savez-vous de quelle espèce sauvage sont issues nos races de moutons domestiques? Je ne m'étais jamais encore posé la question!
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O
<br /> Je suis totalement incompétent dans ce domaine. Je sais qu'on trouve des restes osseux dans les fouilles du néolithique mais j'ignore s'il y a un rameau commun ou plusieurs souches primitives.<br /> Même problème pour les ânes (j'en élève). Personne, objectivement, ne peut dater leur arrivée dans nos régions. <br /> <br /> <br />
G
 bonjour merci à toide ta reponse cela nous aide beaucoup . bonne journée
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O
<br /> Bonne promenade, et merci de votre confiance.<br /> <br /> <br />
G
 bonsoir . je vogue sur les blog et je tombe sur le tien qui est bieninterressant.. justement le week end du 11/12 juillet nous descendons sur Chateauroux pour aler chez mes grand parent et le dimanche nous souhaiteron visiter  audessu de chateauroux sur la route du retour jusqu'a Chartres ..;  j'ai deja noté quelque lieux a voir .  vu que tu a l'air d'un expert en la matiere pourrait tu me donner ton avis ;; Levroux et sa cité medieval  le site megalithique de Moulins sur cephons , Valencay bonne soiré . en attente d'une reponse de votr epart ...
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O
<br /> Levroux: superbe. Il faut aller voir les stalles dans l'église et il y a de très belles maisons anciennes.<br /> Il y a quelques dolmens dans le nord de l'Indre, dont certains sont de taille respectable. Je ne connais pas du tout Valençay.<br /> Pensez aussi à Issoudun avec sa vieille ville et son musée Saint-Roch.<br /> Bonne route!<br /> O.T. <br /> <br /> <br />