L'abbaye Notre-Dame des Pierres, ordre de Cîteaux
L'abbaye cistercienne Notre-Dame des Pierres est située sur la commune de Sidiailles, dans le département du Cher. Elle est propriété privée et à ce titre n'est accessible qu'avec l'accord des propriétaires.
Pour mémoire, nous signalons un vestige associé, bien qu'inaccessible au public. L'une des plus ancienne cloche de France, datée du XIIIe siècle, est déposée dans le clocher de l'église de Sidiailles. Cette cloche a certainement été prise sur le site des Pierres au moment de son abandon.
Le site
Contrairement à la Roche-Guillebaud, dont la fondation a été déterminée par une particularité géologique unique dans la région, le choix du site des Pierres s’est fait sur des critères plus abstraits. Isolés dans une nature hostile, loins des routes et des villages, les premiers habitants du lieu sont venus s'y installer parce qu'aucune présence humaine ne pouvait perturber leur recueillement. Toutefois l'abbaye des Pierres n'est pas totalement isolée. Les châteaux de Culan et de la Roche, le village fortifié de Sidiailles et certainement plusieurs fermes n’étaient qu’à quelques heures de marche. Cet environnement humain réduisait, sans l’abolir totalement, le risque d’exactions de bandes armées ou de pillards attirés par les réserves des moines et par la facilité de réduire à merci une communauté contemplative incapable d'assurer sa sécurité par la force.
Comme dans les autres monastères dépendant de Cîteaux, la vie des moines était consacrée à la prière et à la méditation dans des structures qu’on peine à reconnaître dans les quelques ruines encore visibles. On sait qu’aux traditionnels cloître, logements des moines et convers et église abbatiale avait été ajoutée une forte tour carrée à quatre niveaux abritant la bibliothèque, les archives, l’infirmerie et les cuisines du couvent. Une partie de ces bâtiments était encore visible au XIXe siècle. Le faible intérêt des moellons de schiste employés dans les constructions a limité les pillages de matériaux mais l’ensemble s’est très fortement dégradé au cours du XXe siècle.
Les premiers moines
On a coutume de considérer que l’abbaye des Pierres fut fondée en 1149 par filiation de l’abbaye creusoise d’Aubepierre, elle même fille de Clairvaux comme Noirlac, la Prée, et Fontmorigny. On possède même une liste très précise des laïcs ayant contribué, par leur générosité, à la constitution du domaine de l’abbaye, afin de lui permettre de vivre des revenus de ses propriétés. L’étude attentive des noms des donateurs montre que tous ne sont pas contemporains et que certains, parmi lesquels Amblard Guillebaud, vivaient presque un demi-siècle avant la fondation. Cette discordance des dates est appuyée par un acte rédigé vers 1200 par le jeune seigneur Guillaume de la Roche (-Guillebaud) qui confirme les donations antérieures consenties aux religieux des Pierres par son père Guillaume, son grand-père Guillebaud et par son bisaïeul Amblard. Manifestement, une communauté monastique existait dès la fin du XIe siècle au lieu-dit les Pierres, bien avant que les cisterciens d’Aubepierre ne viennent y fonder leur filiale. Ce cas n’est pas unique. Le nom ancien de Noirlac “la Maison-Dieu-sur-Cher” montre qu’une petite communauté de frères soignants d’un hôtel-Dieu local avait précédé les moines de Clairvaux. Plus proche, le couvent de Bussière existait avant qu’il change d’implantation et soit affilié à l’Ordre de Cîteaux en 1189.
Qui pouvaient être les premiers cénobites à s’être retirés dans la vallée de la Joyeuse? Peut-être des ermites ayant rassemblé quelques disciples en une structure monastique primitive suffisamment solide pour attirer les bienfaits de la noblesse locale. On peut aussi valider l’hypothèse d’une fondation pré-cistercienne autonome, conçue sur le modèle des préceptes de Saint Bernard, rattachée à l’Ordre en 1149 après avoir été visitée, évaluée et approuvée par les moines d’Aubepierre.
L’abbaye et la société
Si le site des Pierres est propice à la quête de dépouillement et de solitude des premiers moines blancs, il présente l’inconvénient de ne permettre aucun espoir de développement ultérieur de la communauté. La région est sous-peuplée, les rendements du sol sont faibles et la noblesse locale a des revenus limités. L’abbaye des Pierres, jusqu’à la dispersion de ses derniers frères, demeure un petit monastère. Son domaine foncier est constitué par les dons des féodaux des environs: Culan, Guillebaud, Courçais, Saint-Désiré, Saint-Vitte, Vallon, Domérat mais aussi Déols, qui est seigneur des terres à l’ouest de l’Arnon. Il se situe logiquement entre Culan, Préveranges et Saint-Saturnin. Quelques granges plus éloignées complètent ce patrimoine modeste. L’un des attraits de l’abbaye consiste à accueillir des sépultures laïques. Les dépouilles des nobles sont inhumées dans les murs même du couvent, au plus près des messes et prières dites pour le repos des âmes. On peut supposer que abbaye est peuplée de fils cadets de ces mêmes nobles, devenus moines à leur majorité, lorsque tout espoir d’hériter du fief paternel s’était évanoui.
On note chez les abbés des Pierres une autorité morale qui révèle un réel rayonnement de la communauté. A plusieurs reprises, nous les trouvons témoins ou conseillers dans des affaires temporels ou spirituelles, associés à d’autres supérieurs cisterciens et augustins, tels les abbés de Puyferrant, la Prée ou Varenne. Noirlac, en comparaison, est plus riche mais moins influente que les Pierres.
Les vestiges
L'abbaye primitive a presque disparu du paysage. Quelques pans de murs et voûtes en partie effondrées témoignent encore du passé du lieu. Pour respecter la volonté des propriétaires du site, qui seraient responsables en cas d'accident survenu sur leur propriété, nous déconseillons fortement aux amateurs de vieilles pierres de pénétrer dans les ruines de l'ancien monastère, pour des questions de sécurité assez évidentes au vu de l'état des maçonneries, et pour leur éviter la déception de n'avoir pu contempler que l'ombre d'un monument autrefois prestigieux.
© Olivier Trotignon 2008