L'hôtel-Dieu de Saint-Amand

Publié le par Olivier Trotignon



Conservé dans la mémoire collective par le micro-toponyme "rue de l'hôtel-Dieu", l'hôpital médiéval de Saint-Amand n'a laissé aucun vestige visible. Seules quelques traces de ses fondations primitives ont été fouillées lors de la démolition de l'ancienne caserne de Gendarmerie à l'emplacement de l'actuelle bibliothèque municipale, mais il n'est pas certain que les conclusions de cette fouille de sauvetage aient été publiées. 

Le hasard a voulu qu'au cours de mes recherches de Doctorat, je relève l'existence de quatre actes authentiques de cette fondation hospitalière, tous datés du XIIIe siècle. Leur contenu n'a rien d'exceptionnel mais permet d'entrevoir quelques détails sur le fonctionnement de cet établissement.

L'acte le plus ancien date de 1228. L'hôpital y est nommé "Hôtel-Dieu des pauvres de Saint-Amand" et reçoit une terre dans le quartier de Montrond, qui n'était bien entendu pas urbanisé à l'époque. En 1250, l'hôtel-Dieu possède au moins un serf, qui se marie avec Douce, fille de Raoul Simon, elle même serve du seigneur Henri de Sully. Celui ci accepte leur union et affranchit leur progéniture.

La liste des donateurs est courte mais illustre une tendance générale commune à tous les hôtels-Dieu urbains. On y trouve un des plus puissants nobles du Berry, Henri de Sully, qui a étendu l'influence de sa famille sur le Sud de la région en occupant Bruère, Orval et Vallon ainsi, en 1266, qu'un de ses officiers seigneuriaux, le bailli de Bruère, qui dote aussi les pauvres de Saint-Amand. On rencontre encore un certain Pierre le Morne? (Petrus li Mornes) paroissien de Saint-Amand, qui doit jouir d'un certain statut social car par testament, il désire être enterré à Noirlac - faveur en général réservée à la noblesse locale - et qui dote en outre Noirlac les moniales bénédictines de Charenton, les cisterciennes de Bussière et l'hôtel-Dieu de Saint-Amand. La mention de deux couvents féminins tendrait à prouver que cet homme comptaient peut-être que sa femme ou sa fille y trouve une place après sa mort. On constate surtout l'amorce du déclin de ces petites abbayes rurales qui voient les hôtels-Dieu urbains les concurrencer dans les intentions de donations charitables qui leurs étaient jusqu'alors réservées. Le recentrage de l'activité économique vers les pôles urbains en plein essor en ce début de XIIIe siècle va profiter aux hôpitaux de ville bien plus qu'aux cloîtres isolés dans la campagne.

L'échantillon documentaire est trop réduit pour en savoir plus, mais il est déjà heureux que toutes la documentation primitive ne soit pas perdue.


 




 

 

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Publié dans histoire locale

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