Guérison miraculeuse en 1503-abbaye des Carmes de Saint-Amand

Les archives municipales de Saint-Amand-Montrond, dépositaires des lambeaux du chartrier du couvent de Carmes (occupé aujourd'hui par l'hôtel de ville), ont conservé la narration d'un miracle attribué à une œuvre d'art aujourd'hui perdue, l'image de Notre-dame de recouvrance. Nous ignorons tout du support matériel de cette figure de la Vierge, tableau ou statue, mais on sait que sa notoriété était assez grande pour attirer vers Saint-Amand des pèlerins qui étaient entre autres hébergés à l'hôtel de l'Image - référence explicite à la Vierge - lors de leur séjour saint-amandois. Cette auberge changea de nom lorsqu'elle se transforma en relais de poste et fut alors connue en tant qu'hôtel de la Poste, qui conserve encore aujourd'hui une tradition hôtelière.
Les archives des Carmes perpétuent le souvenir de deux miracles attribués à l'Image. Le premier traduit plus une foi locale qu'une intervention directe de l'entité miraculeuse. Un ouvrier carrier, pris dans éboulement du front de carrière, est retrouvé sain et sauf par les sauveteurs persuadés de chercher un cadavre et non un rescapé. Le malheureux déclare devoir la vie à Notre-dame de recouvrance.
Le second récit est beaucoup plus précis et évoque une guérison miraculeuse. Sa transcription donne à quelques détails près ce qui suit:
"(...) daté du vingt troisième jour d’Aoust mille cinq cent trois, et ce qu’une femme nommée Andrée veuve de Jean Telin paroissienne de Taulmier native du village des Reynarts paroisse d’Orsan estant en necessité ... de sa personne ayant memoire de Dieu et de nostredame de recouvrance, fist sa requeste à la dite dame, ... necessité qui estoit une maladie en forme de (catarce) en telle sorte qu’elle ne parloit ny ne mouvoit sauf du bras dextre et fut depuis le vingthuitième de juillet jusqu’au douzième du mois d’aout lajusqu’au douzième du mois d’aout lensuivant save par le boire ny manger ny remuer un membre sauf que sondi bras dextre; pour laquelle affliction il luy vint en memoire de voüer et recommander a nostre dame de recouvrance en promettant a son createur la venir voir aussitot en son eglise et chapelle du couvent des Carmes en la ville de Saint Amand, et alors se fit ammener en ladite eglise et chapelle, portée devant l’image de notre dame de recouvrance, peu de temps après elle parla fort bien, fut guerie de sa maladie qu’elle avoit en son corps et puis se tourna et marchoit fort bien, comme le tout est plus amplement déclaré (...)"
Selon le texte, cette paroissienne de Thaumiers guérit de ce qui ressemble à une hémiplégie à la seule vue de l'image de la Vierge, rappelant le rôle de médiation de certains objets de culte entre la sphère divine et le monde des humains. L'image est l'intermédiaire entre la Vierge et le croyant et a valeur de relique d'autant plus nécessaire que la Bonne Dame, comme on l'appelait encore récemment en Berry, n'a laissé presque aucune trace matérielle de son séjour terrestre.
Il est bien entendu que l'historien n'a pas à se prononcer sur la véracité du contenu de ce récit - chacun juge ces événements selon sa propre appréciation du fait religieux ancien - mais qu'il dispose par ce type de témoignage d'informations irremplaçables sur l'univers mental dans lequel évoluaient les gens de la région à la fin du Moyen-âge.