Un casque médiéval dans les sables du Cher (commune de Bruère-Allichamps)

Voici un objet qui intéressera tous les spécialistes -et ils sont nombreux - de l'armement médiéval. Je possède assez peu d'informations sur son compte et ignore si sa découverte a été publiée. Il est visible dans la petite vitrine dédiée à la période médiévale au musée Saint-Vic de Saint-Amand-Montrond dans le Cher.
Il s'agit d'un grand fragment de casque en fer identifié, lors de sa restauration, comme une pièce d'équipement de soldat anglais datée de la Guerre de cent ans. L'originalité de cette découverte tient à la présence d'un crâne humain soudé par la rouille au fond du casque. L'ensemble provient d'une gravière exploitant les sédiments du Cher à Bruère-Allichamps, en aval de Saint-Amand-Montrond. Les granulats étant criblés pour séparer le sable du gravier et des cailloux, quelqu'un eut la chance de récupérer l'objet et de le confier au musée le plus proche.
Il ne serait pas sérieux d'imaginer un scénario expliquant la présence de ce vestige insolite dans les sables du Cher, mais l'observation du contexte historique contemporain de la mort du soldat fournit quelques pistes qu'il convient d'explorer.
L'objet n'est pas daté formellement. Arraché par une drague aquatique au lit de la rivière, il est impossible de l'associer à un niveau archéologique quelconque. La forme du casque a orienté les gens qui l'ont eu en main vers un équipement de soldat "anglais". Si cette identification est valable, il peut s'agir des restes d'un soudard anglais ou gascon venu combattre en Saint-Amandois dans les premières années de la Guerre de 100 ans. La région a été le théâtre de plusieurs épisodes guerriers où se sont affrontés des corps de troupes obéissant aux ordres de chefs fidèles aux rois de France et d'Angleterre. La Chronique du bon duc Loys de Bourbon, par Jean d'Orronville, cite, entre autres, la reprise de Saint-Amand et du château de Montrond par des capitaines bourbonnais en 1367-68. Notre inconnu était peut-être un de ceux que les épées françaises firent alors passer de vie à trépas.

Comment cet homme est-il mort? Les restes osseux sont trop incomplets pour le savoir. Mort au combat, noyade accidentelle, noyade par représailles - les lettres de rémission de l'époque citent des cas de paysans berrichons et orléannais noyant des prisonniers anglais dans des rivières ou même des mares- il est impossible de se prononcer. Nous remarquerons juste que mort ou vif, la victime est tombée dans le Cher toute équipée. S'il s'agissait d'une tombe de fortune éventrée par une crue de la rivière, on aurait délesté le mort de ses armes avant d'ensevelir sa dépouille.
© Olivier Trotignon 2014