Saint-Benoît-du-Sault (36)

Tout historien connaissant le passé médiéval du Berry a au moins une fois entendu parler de la ville de Saint-Benoît-du-Sault. Proche d'Argenton-sur-Creuse, cette petite cité médiévale a évolué autour d'un important prieuré dépendant de l'abbaye bénédictine de Fleury, aujourd'hui Saint-Benoît-sur-Loire, dans le Loiret. Cette présence monastique a attiré la générosité d'une partie de la féodalité locale, qu'il est possible d'étudier grâce aux copies des actes de dons consentis aux Bénédictins du Sault et conservées dans les archives de la grandes abbaye ligérienne.
Sur place, on ne peut s'empêcher de ressentir une forme de déception. La priorale du monastère est sobre, mais n'offre aucun relief particulier, ni mobilier, ni sculptures comparables à ce que l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire peut révéler. D'autres sanctuaires locaux, moins prestigieux, comme Gargilesse ou Saint-Marcel, consoleront l'amateur d'histoire de l'Art frustré par le dépouillement de l'église du Sault.

La ville est beaucoup plus intéressante à découvrir, et ménage plein d'excellentes surprises: maisons médiévales et Renaissance, traces de fortifications, superbes ruelles pavées de galets de rivière juste assez larges pour laisser passer un âne ou un mulet valent qu'on passe un peu de temps dans ce gros village, qui rappelle par bien des cotés certaines bourgades du Périgord ou du Quercy.
Le seul handicap dont souffre cette cité est un manque criant d'unité en matière de gestion de ce patrimoine rare en Berry. Trop de fils de téléphone pendent à des endroits inappropriés, des décors grotesques (l'idée de décorer une façade ancienne avec un pot de chambre en tôle passe mal) qui font taches sur des éléments d'architectures intacts, une multitude de petites verrues malvenues font de Saint-Benoît un lieu plein de promesses et de négligences, qu'un rien suffirait à rectifier.

Bien qu'on soit souvent pressé d'atteindre son lieu de vacances ou de séjour et que l'A20 soit la voie idéale pour ne pas perdre de temps, il me semble intéressant de faire un détour par Saint-Benoît (bien indiqué dans le sens Paris-Toulouse) pour venir découvrir cette curiosité patrimoniale.
© Olivier Trotignon 2014