Pourquoi j’irai voter demain

Publié le par Olivier Trotignon

vote
Qu’on ne se méprenne pas: je ne cherche à faire aucune leçon de morale à quiconque. Un historien, quelque soit sa spécialité, n’est pas un directeur de conscience, mais un témoin d’une mémoire qu’on aurait tôt fait d’oublier.

Je n’irai pas voter demain dans l’espoir de déboulonner le socle d’une satrapie autiste, ou pour justifier l’orgueil de politiques pour lesquels je compte moins que le poids de ma voix dans les pourcentages d’un résultat final.

J’irai voter, comme je le fais à chaque fois depuis 1981, pour des anonymes. Pour des gens que je n’ai jamais connu, ou que vous ne connaîtrez jamais. J’irai voter en mémoire de ces garçons, Africains de l’Ouest, Kabyles, et Français métropolitains, tous tassés dans la même tranchée, quelque part sur le front, dont j’ai trouvé la photo dans les archives des troupes coloniales quand je faisais mon service militaire.

J’irai voter pour ces musulmans anonymes, enterrés dans le petit carré militaire du cimetière de Saint-Amand-Montrond, joyeux garçons partis du Golfe de Guinée ou des Aurès, qui n’ont jamais plus eu la chance de revoir la Croix du Sud se lever dans le ciel du matin.

J’irai voter pour ce résistant anonyme, dont on a trouvé la photo sur un prisonnier allemand, qui sourit devant son peloton d’exécution au Mont Valérien. 

J’irai voter pour Guy Môquet, dont on a, il y a peu, voulu ravir la mémoire. Je n’ai pas eu le courage d’aller jusque dans la carrière de Châteaubriand, où il a perdu la vie avec ses camarades, mais mon bulletin de vote sera un peu pour lui.

Ne pas voter, ça serait pour moi équivalent à rajouter un treizième fusil dans le peloton d’exécution qui a effacé la vie de tous ces hommes et de toutes ces femmes qui sont tombés sous les balles. Ça serait oublier mon camarade d’université Saïd, dont la dépouille repose quelque part dans les montagnes autour de Kaboul, tombé pour que les tanks de Brejnev cessent d’écraser son peuple.

Ne pas voter, ça serait ignorer tous ceux qui luttent, quelque soit leur culture ou la couleur de leur peau, pour avoir le même droit que moi à m’exprimer.

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U
<br /> <br /> Moi aussi je suis allée voter ... parce que dans votre longue liste, on peut aussi y ajouter les femmes ...<br /> <br /> <br /> <br />
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O
<br /> <br /> Relisez l'article: elles ne sont pas oubliées dans mes propos. De nombreuses femmes sont tombées pour la France Libre, beaucoup plus, nous le savons, souffrent partout dans le monde du déni de<br /> démocratie. Mon article puisse ses sources dans ma culture, plus masculine il est vrai, d'ancien appelé du contingent affecté à un service d'archives de l'Armée de Terre.<br /> <br /> <br /> Hommage et respect à toutes nos sœurs.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
N
<br /> Bonjour et merci pour ce texte que ma fille de bientôt 18 ans vient d'ajouter sur son blog. Les vertus de l'histoire sont insoupçonnées. Nathalie<br /> <br /> <br />
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O
<br /> <br /> Je suis ravi que ce texte touche des jeunes. Je l'ai écrit pour secouer la conscience de ceux qui trouvent toujours une bonne raison pour se défiler un jour d'élection.<br /> Merci pour votre confiance et à bientôt,<br /> O. Trotignon <br /> <br /> <br /> <br />
S
<br /> Il me semble me souvenir que ces massacres d'Algériens perpétrés à Paris, que ce soit celui de Charonne ou celui où des  dizaines de gens furent jetés à la Seine, l'ont été sur les odres du<br /> préfet de l'époque, un certain Maurice Papon.<br /> <br /> Ce dernier, nullement inquiété pour ses actes, a par la suite effectué une carrière politique tout à fait honorable à ... St-Amand-Montrond, où il a été régulièrement élu par le suffrage<br /> populaire.<br /> <br /> Qui osera dire que les électeurs n'ont pas la mémoire courte?<br /> <br /> <br />
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O
<br /> Vous pouvez rajouter à la liste sa carrière comme préfet en Algérie, pendant les "événements". Le département sur lequel il exerçait ses fonctions (l'Oranais, je crois) aurait battu des records de<br /> cas de torture et d'exécutions de membres du F.L.N.<br /> Sa mémoire est encore encensée par certains St-Amandois, qui préfèrent se souvenir de ce maire des Trente Glorieuses, symbole d'une prospérité qui est bien loin désormais.<br /> Je ne suis même pas sûr qu'ils aient jamais entendu parler de Louis Lecoin, libertaire et pacifiste, dont la stature dépasse d'une altitude atmosphérique celle de ce ministre d'Etat ancien<br /> serviteur de Pétain et décoré sous les ors de la République.<br /> <br /> <br />
L
<br /> Philippe Cros m'a signalé votre texte et il a eu raison : j'aurais pu grogner exactement la même chose mais certainement pas aussi bien. Cela rejoint mon intérêt sur le sort des harkis en<br /> 1962, avec la responsabilité des politiques de l'époque, dont de Gaulle : vraiment pas glorieux. Et je crois une des causes du mal-être de beaucoup des petits-fils de harkis, beurs et français,<br /> souvent de banlieue, dont la mémoire familiale commence en 1962.<br /> <br /> <br />
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O
<br /> Bonjour et merci pour votre commentaire. Je ne suis pas assez calé en histoire contemporaine pour argumenter sur le sujet que vous soulevez, mais j'avais été stupéfait, suite à une conférence<br /> organisée par les Amis de Louis Lecoin, de découvrir le sort de ces malheureux algériens massacrés par la police parisienne en 1961, occulté complètement par les média officiels. <br /> Certes, il ne faut pas une fixation sur ces sujets, ni jouer à la concurrence des mémoires pour décerner la palme des meilleures victimes, mais il est certain qu'il reste un travail énorme<br /> d'histoire et de pédagogie à faire dans notre pays. <br /> <br /> <br />
P
<br /> Bien dit Olivier.<br /> <br /> <br />
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