Philippe Auguste et le miracle de Levroux

Publié le par Olivier Trotignon

Christ-Levroux

 

Les chroniqueurs médiévaux Rigord et Guillaume le Breton nous ont laissé de précieuses informations sur les faits et gestes du roi de France Philippe Auguste lors du long conflit qui l’opposa à son rival Henri Plantagenêt, roi d’Angleterre et duc d’Aquitaine. Le Berry occidental et méridional étant à la fin du XIIe siècle l’une des zones de contact entre les fiefs de ces deux souverains, il est normal que ces deux auteurs aient rapporté  quelques événements marquants s’étant produits sur le sol berrichon. Parmi eux, nous trouvons le récit d’un fait étrange que Rigord n’hésite pas à qualifier de miracle tant il servi les intérêts du roi de France.
1188. Henri d’Angleterre rompt une trêve avec les Français. En représailles, Philippe Auguste mène une chevauchée sur les terres des seigneurs de Châteauroux, vassaux d’Aquitaine. Châteauroux, Buzençais et Argenton sont prises, certainement assez facilement, car il n’y a aucune récit de bataille, et le siège est mis devant Levroux, qui résiste mieux. Rigord précise que cette opération dure peu de temps.
Si la situation militaire est clairement maîtrisée par les stratèges du roi Philippe, les circonstances climatiques sont en défaveur des Français. L’été est chaud et sec, et le ruisseau, qui irrigue Levroux, est si à sec que hommes et chevaux souffrent des rigueurs de la soif, indice d’une campagne rapide et improvisée, dans laquelle l’intendance a été en partie laissée au hasard des circonstances. Dans le cas du siège de Levroux, l’armée du Capétien n’a trouvé ni puits ni source capable de lui procurer l’eau nécessaire à sa survie.
C’est là que, selon Rigord (Guillaume le Breton est plus prudent), survient le miracle. Sortie des profondeurs du sol, une onde abondante remplit le lit de la rivière, au point que les chevaux ont de l’eau jusqu’au ventre. L’armée se rafraîchit, les hommes et les animaux retrouvent des conditions de vie normales et la prise du château n’est plus qu’une question de jours. Sitôt la forteresse enlevée et le roi reparti, le flux s’interrompt et le ruisseau retrouve son étiage normal de plein été.
L’examen de la topographie exclut que cet événement ait été produit par un gros orage d’été. La source du cours d'eau est proche de Levroux, le relief insignifiant, un gros orage localisé comme il s’en produit parfois en plaine aurait été vu des assaillants. De plus, l’eau n’aurait pas coulé pendant plusieurs jours. La simultanéité des faits, l’eau arrive et repart avec le roi, montre que le phénomène est maîtrisé.
Il me semblerait intéressant de pouvoir prospecter les alentours de Levroux pour y rechercher les vestiges d’une éventuelle digue d’étang, pêcherie ou bief de moulin, dont les pelles ont pu être ouvertes par des fourriers de l’armée française partis courir les environs du siège pour y trouver des provisions. Il aurait été facile à des hommes expérimentés et bien renseignés de laisser partir une quantité d’eau suffisante pour assurer l’approvisionnement de la troupe capétienne, quelqu’un, eux ou le propriétaire de l’étang, refermant la vanne une fois le danger passé pour sauver ce qui restait de la réserve d’eau. Cette eau, captée par un phénomène karstique comme il s'en observe à plusieurs endroits en Berry, aurait pu ruisseler en sous-sol jusqu'à la résurgence initiale. Le toponyme "le gour" évoque ce type de réseau
Rigord, dont le récit fourmille de petits miracles, a trouvé là une preuve supplémentaire de la bienveillance de Dieu à l’égard du roi dont il contait les hauts faits.

 

© Olivier Trotignon 2013

 

 

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Publié dans histoire locale

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S
<br /> Effectivement, arrivé à mi-chemin de votre texte, j'ai pensé à un orage lié éventuellement à un phénomène karstique. Si la géologie des lieux l'interdit, l'autre solution est à envisager. Il y<br /> avait au Moyen-Age des retenues d'eau partout, pour alimentéer de petites pêcheries et parfois des moulins qui ne tournaient que quelques jours dan l'année...<br />
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