Latrines et fosses puantes

Brève incursion dans la vie quotidienne dans les monastères urbains berrichons, la question des commodités pourrait sembler déplacée si nous ne disposions d’aucune information sur le sujet. Or, le hasard a voulu que les archives municipales de Saint-Amand-Montrond conservent une courte notice sur l’emplacement des lieux d’aisance des Carmes saint-amandois.
Depuis le début du XIIIe siècle, l’abbaye de Noirlac possédait à l’extérieur de l’ancienne cité de Saint-Amand une terre qui lui permit de fonder une grange destinée à gérer ses possessions dans le secteur. Cette grange, à la fin de la Guerre de 100 ans, fut reconstruite sous forme d’hôtel des abbés, aujourd’hui occupé par le musée municipal Saint-Vic. Parallèlement, dans la nouvelle enceinte urbaine profitant du renouveau économique lié à la fin des hostilités avec l’Angleterre, fut fondée une abbaye rattachée à l’ordre des Carmes (aujourd’hui siège de la mairie de Saint-Amand), d’une superficie bâtie largement supérieure à celle de la maison cistercienne immédiatement voisine. Les Carmes manquèrent-ils de place ou craignirent-ils d’être incommodés par les effluves inhérentes à ce genre d’endroit? On sait en tous cas grâce à un texte de la Renaissance que les Cisterciens louèrent une partie de leur propriété à leurs voisins et rivaux Carmes pour y creuser leurs latrines et qu’ils perçurent, sans doute jusqu’à la Révolution, un loyer sur la parcelle, qu'on imagine minuscule, dédiée à cette fonction.