La plate-tombe du chevalier de Gizay - église de Saint-Aubin (36)

J’ai choisi de conclure mes publications de l’année 2010 par l’approche d’un élément de notre patrimoine régional parmi les plus méconnus: la dalle funéraire du chevalier Guillon de Gizay, mort en 1333, exposée dans l’église paroissiale du village de Saint-Aubin, entre Chezal-Benoît et Issoudun.
La dalle, présentée verticalement mesure 2,5 m de hauteur pour une largeur de 1,3 m. Épaisse de 20 cm, elle est taillée dans un calcaire fin. Trouvée près des vestiges de l’ancienne maison-forte de Gizay, sur la commune de Saint-Aubin, elle est dans un état de conservation tout à fait remarquable. Les traits sont gravés en creux sur une profondeur régulière de quelques millimètres. La légende est en Français et débute par la formule habituelle “ Cy gist feu Guilones de Gizes chevalier”.
La représentation du défunt est en tous points remarquable. L’homme est en armure, couverte d’un manteau où sont figurées ses armoiries, que l’on retrouve sur son bouclier. Mains jointes en position de prière, ses pieds reposent sur un chien, rappel de l’Ordre chevaleresque auquel il appartient. La gravure fourmille de détails instructifs sur l’équipement dans lequel sa dépouille fut sans doute exposée avant son inhumation. On remarque entre autre l’articulation de ses gantelets, la forme du pommeau de son épée ou encore ses éperons en pointe.

Cette plate-tombe doit être comparée à celle, contemporaine, de l’église de Venesmes, dans le Cher, qui sort vraisemblablement du même atelier.
La plate-tombe chevaleresque de l’église de Venesmes (Cher)
L’armement d’un chevalier berrichon (début XIVe siècle)
Identité des formes des encensoirs et des anges de chaque coté de la tête, identité du nœud de ceinture, jusqu’aux chiens qui sont identiques. Le lapicide avait un style qui se retrouve sur les deux dalles, mais l’originalité des deux monuments funéraires est affirmée par la différence des visages, des vêtements, des épées et même des éperons -ceux de Venesmes portent une molette étoilée. Les deux commandes étaient donc bien personnalisées selon les vœux des seigneurs et sont à priori fidèles à leur image.

La dalle funéraire du chevalier de Gizay n’est pas en accès libre mais n’est pas non plus cachée aux yeux des amateurs d’art médiéval par la mauvaise volonté ou la négligence de la municipalité ou du cercle paroissial local. J’ai, pour l’approcher, adressé une demande à la mairie de Saint-Aubin, qui m’a très gentiment facilité l’ouverture de l’église, et je tiens à remercier publiquement le maire du village et la secrétaire de mairie pour leur accueil.
Je conseillerai simplement aux visiteurs éventuels d’attendre les beaux jours pour prévoir une visite de la pierre tombale de Saint-Aubin. La faible profondeur de la gravure rend la photographie délicate et une bonne luminosité extérieure ne peut que favoriser la découverte du monument.

© Olivier Trotignon 2010