L’énigme des grattages sur les églises du Bourbonnais et du Berry méridional

Publié le par Olivier Trotignon

grattages

Saint-Plaisir (03)

 

 

Il y a plusieurs mois, nous évoquions dans ces pages une pratique dont les origines demeurent énigmatiques: sur de nombreux édifices religieux périphériques du massif de Tronçais s’observent des stigmates de grattages si étendus et profonds qu’ils ont changé l’aspect extérieur de plusieurs monuments.

Profitant des possibilités d’interactivité rendues disponibles par les fonctions de ce blog, je sollicite l’aide des lecteurs fidèles ou simplement de passage dans cet espace pour essayer de mieux connaître l’étendu du phénomène. 

 

grattages-façade

Saint-Plaisir (03)


Voici les faits.

Un certain nombre d’églises situées dans la zone de contact entre les départements du Cher et de l’Allier présentent, sur les pierres de leurs murs extérieurs (façades, nefs ou chevets), des traces de grattages parfois très profondes. On observe une densité de marques très élevée sur les églises de Lurcy-Lévis, Ainay-le-Château, Couleuvre, Saint-Plaisir et Dun-surAuron. Des grattages, quoique plus discrets que dans les sites précédents, sont signalés dans de nombreuses églises de la région. La façade de l’ancienne abbaye de Puyferrand, près du Châtelet-en-Berry, ou les murs de l’église de Châteaumeillant, portent des marques similaires à celles relevées sur les lieux de culte du Bourbonnais. Il n'en existe pas, à ma connaissance, sur des ruines de bâtiments civils ou d'anciennes forteresses. Leur présence sur des sculptures de la fin du Moyen-âge ou post-médiévales donne une indication sur leur ancienneté.

Ces grattages demeurent une énigme. Nous avons balayé la thèse d’une destination fonctionnelle, comme celle de lieux d’affutage de lames de couteaux ou d’outils agricoles. Certaines pierres grattées sont en calcaire, une pierre trop tendre pour l’aiguisage, d’autres sont trop granuleuses pour espérer un résultat probant, certaines empreintes sont coniques, excluant une fonction utilitaire.

 

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Lurcy-Levis (03)


On s’orienterait donc plus volontiers vers une explication spirituelle d’une pratique dont la signification exacte nous échappe. Des pèlerins pourraient -le conditionnel est de rigueur- avoir cherché à se constituer des sortes de reliquaires personnels, ou de talismans, en prélevant à l’extérieur des églises citées de la poussière de roche.

Existait-il dans ces sanctuaires des reliques dont nous ne connaissons ni la nature ni l’identité qui auraient pu conduire des fidèles à chercher à s’ approprier le bénéfice de leur pouvoir?

C’est la thèse qui me semble, dans l’état de ce que j’observe, la plus recevable, mais j’aimerais avoir vos avis, spécialistes ou simples curieux du passé, pour m’aider à cerner l’étendue de cette pratique. Si vous avez relevé sur des églises proches de votre terroir ou simplement visitées au hasard d’une promenade, pourquoi pas à l’étranger?, de telles marques, je serais ravi de réunir vos expériences pour tenter de cerner un de ces micro-phénomènes qui interpellent l’attention de ces observateurs du passé que nous sommes tous.

 

grattages-lurcy-2

Lurcy-Levis (03)


En bas de cet article, la fonction “commentaires” vous permettra de faire profiter tous les autres lecteurs de vos témoignages.

 

 

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Publié dans patrimoine religieux

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D
Dany Lévêque<br /> Après de nombreuses recherches je trouve enfin des gens curieux cherchant des explications à ces pierres striées sur les église. J'ai fais moi même un certain nombre de constatations sur les églises de ma région. J'habite le Sud de la Côte d'Or, Santenay précisément et j'ai commencé à m'intéresser à cette énigme en voyant que les piliers XV ème siècle du choeur de l'église portaient de nombreuses stries entrecroisées "naviformes". La croyance des chevaliers aiguisant leur épée avant de partir en croisade prévalait dans le village. Des recherches dans la région m'on montré que plusieurs églises et calvaires portaient également ce type de stries, Par comparaison il est indéniable qu'il s'agit de polissoirs néolithiques débités pour les inclure dans les murs. Ce sont des blocs de calcaires gréseux issus du Trias affleurant un peu partout dans la région. Ces blocs ne sont jamais sur le portail de l'église..Par contre on trouve sur les jambages des portails de fines rainures qui ont été faites avec des outils métalliques. J'ai eu connaissance d'utilisation similaires sur des églises du pays basques ainsi que le piètement d'un calvaire en Alsace Ayant fait l'objet d'une publication par Pierre Pétrequin, une sommité de l'archéologie néolithique. Aucune autre publication sur le sujet ni commentaire sur cette pratique dans la littérature ecclésiastique. J'ai fait de nombreuses autres constations mais ce serait un peu long ici. Je ne suis pas coutumier de l'utilisation de ce média. Comment pourrais je vous faire parvenir des photos ? Dernier point, je n'ai rien trouvé dans Saintyves qui mentionne pourtant les haches "pierres de foudre"
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L
Dans ma région, c'est-à-dire le sud-ouest des Vosges, l'est de la Haute-Marne, le nord de la Haute-Saône, j'ai recensé 39 églises sur lesquelles on peut voir de tels "grattages". L'hypothèse de prélèvement de poudre de pierre me convenait bien…. jusqu'à ce que je découvre les mêmes marques sur des maisons particulières. Quelle explication leur donner ?
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R
je me suis posé la question que sont ses traces vues egalement sur l eglise de soulaires pres de chartres et sur l eglise de cajarc dans le lot les deux situées sur le chemin de compostelle
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O
Merci pour ces précisions géographiques. La multitude des pèlerinages médiévaux ne permet pas d'associer directement cette pratique au phénomène compostellan, en cours de réévaluation par certains de mes confrères médiévistes, mais ne permet pas non plus de l'exclure.<br /> Merci pour votre visite,<br /> O.T.
D
Il s'agit d'un type de grattage rituel assez commun dans le Centre et l'Ouest et d'ailleurs décrit par plusieurs folkloristes.<br /> <br /> La poussière de pierre était ensuite mélangée à une boisson destinée à guérir le malade, par la puissance du saint concerné.<br /> <br /> Je prépare une note sur ces grattages en Touraine et alentours.<br /> <br /> Cordialement
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L
Longtemps après, je découvre votre message. Avez-vous publié votre note sur les grattages en Touraine ?
S
<br /> <br /> Bonjour à tous,<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Dominique Rigaux (docteur en Histoire, spécialiste du Moyen Âge et de l'iconographie) a publié un livre sur le Christ du Dimanche (ouvrage que je vous conseille). Elle y parle de grattage et de<br /> manducation symbolique des fresques dans les églises de la région des Alpes. D'après mes souvenirs de ses cours auxquels j'ai pu assister, cette manducation reste mystérieuse mais elle se<br /> concentre sur certaines parties des fresques, notamment celles qui représentent le mal (on déteriore l'image pour s'attaquer au mal) ou, au contraire, de saint thaumaturges pour acquérir les<br /> vertus (l'image au MA a une puissance symbolique bien supérieure a ce qu'elle eput être pour nous aujourd'hui).<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Peut-être que le grattage des facades d'églises a quelque chose à voir avec ce type de manducation..<br /> <br /> <br /> <br />
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O
<br /> <br /> Merci de votre intervention. Le sujet demeure largement ouvert et dépasse largement mes ambitions initiales.<br /> <br /> <br /> Cordialement,<br /> <br /> <br /> O. T.<br /> <br /> <br /> <br />