Une forge médiévale découverte à Noirlac (18)
Voici une très intéressante découverte réalisée lors des fouilles menées par madame Solène Lacroix -que je remercie vivement pour son accueil- et son équipe d’archéologues bénévoles sur le site de l’abbaye cistercienne de Noirlac, dans le sud du Cher.
Cette intervention archéologique s’est effectuée à quelques dizaines de mètres des murs du monastère, dans un périmètre inclus dans le domaine clos de l’abbaye, déjà connu comme « sensible » à la suite de différentes prospections et sondages antérieurs.
Dans un pré de plusieurs centaines de mètres-carrés avaient été détectées des anomalies magnétiques indiquant la présence d’éléments métalliques -objets ferreux ou non ferreux, scories…- qui ont permis de cibler avec une grande précision les volumes à explorer.
Cette technique n’est pas récente: je l’avais vu pratiquer lors d’une prospection sur le tracé de la future autoroute A 71, au début des années 80, et demeure un auxiliaire très utile pour les chercheurs.
L’équipe de mme Lacroix, entre autres éléments, a mis en évidence la présence de fourneaux de réduction du minerai de fer, dont le volume de production pourra être évalué et d’une forge dans laquelle ce même fer et d’autres métaux ou alliages cuivreux ont été travaillés.
Les terrains boisés au nord de l’abbaye étaient riches en fer natif -on constate l’existence d’une multitude de vestiges de mines à ciel ouvert- et produisait le charbon de bois indispensable à l’activité des forges. Souvenons nous aussi de cette curieuse histoire de mine d’argent, connue par un accord entre Noirlac et le seigneur de Charenton-Montfaucon, comme on en trouvre les détails dans un acte du chartrier de l’abbaye.
L’historien que je suis attend bien entendu avec beaucoup d’intérêt les résultats des datations à venir, car cette forge peut avoir fonctionné à plusieurs étapes de la vie du monastère cistercien.
A t-on battu le fer avant l’arrivée des moines, à l’époque de ce très probable hôtel-Dieu dont plusieurs articles de ce blog ont suggéré l’existence -ce qui expliquerait toute les incohérences du site de Noirlac au regard des codes cisterciens? L’a t-on fait pour alimenter le chantier de construction, en clous, ferrures, outillage, et à quelle étape de cette construction? La forge a t-elle servi au moment où l’abbaye a été fortifiée pour éviter que les Anglais ou quelque grande compagnie s’en empare, à la fin de la Guerre de cent ans?
Une chose que nous ne saurons certainement jamais: l’identité des forgerons. Ces hommes qui ont martelé le métal brûlant sur leurs enclumes appartenaient-ils à la communauté cistercienne, moines ou convers? S’agissait-il d’artisans laïcs, embauchés lors des phases de construction, locaux ou itinérants? Les archives judiciaires de la fin de la période médiévale évoquent la présence de forgerons allemands à l’œuvre dans la région, car probablement détenteurs d’un savoir technique ignoré des Berrichons.
C’est avec beaucoup d’intérêt que nous lirons les conclusions de cette fouille.
© Olivier Trotignon 2025