Archambaud de Bourbon et la forêt de Tronçais
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Quand on évoque les grands personnages qui ont marqué l’histoire de la forêt de Tronçais, dans le nord du département de l’Allier, reviennent les noms de Colbert, Rambourg, ou même du maréchal Pétain. Peu pensent aux premiers Bourbons dont l’un d’eux, Archambaud, rédige un acte très instructif en 1225.
J’ai déjà, dans un billet antérieur, traité de la question de la forêt de Tronçais au Moyen-Âge. Alors qu’à l’époque antique, l’espace qu’elle recouvre aujourd’hui est occupé, comme l’ont démontré les archéologues qui ont répertorié et étudié de nombreux sites (villas, sanctuaires), ce vaste périmètre tombe à l’abandon, probablement à la fin du Bas-Empire.
La période médiévale laisse peu de traces matérielles dans cette forêt. Seuls le tureau de Chatelus, petit ensemble fortifié pré-féodal et le prieuré de la Bouteille marquent les reliefs de leur présence. Une couverture LIDAR, récente, confirme l’étendue du désert forestier. Quelques villes et villages se développent à sa périphérie, mais aucun grand défrichement ne semble entamer le couvert végétal. Tronçais est-il devenu un espace répulsif, un territoire inquiétant dans l’ombre duquel se dissimulent des êtres en marge de la société de l’époque? Cette hypothèse n’est pas, à priori, à exclure, mais ce texte de 1225 propose une autre piste de réflexion.
Les archives de la commanderie templière de la Racherie - déjà citées dans le billet précédent- conservent la trace d’une donation du seigneur Archambaud de Bourbon -peu importe le numéro qu’on lui attribue, totalement factice et anachronique- au profit des Templiers. Le sire de Bourbon leur accorde le droit de prendre dans la forêt le bois de construction et de chauffage pour leur maison de Bouis, au nord du massif. De même, les Frères du Temple pourront faire pacager soixante porcs et quarante gros animaux -bœufs ou chevaux- dans cette même forêt. (A.D. Rhône 48 H 2547)
Ce droit est confirmé par le lieutenant du maître des Eaux et Forêts du Bourbonnais en 1471 et 1488, puis réapparaît dans les textes jusqu’en 1637.
Cette donation n’a rien d’anodin, et affirme l’appartenance des bois de Tronçais aux domaines de la maison de Bourbon. Couper du bois est une chose, laisser paître des animaux en est une autre, car ces animaux appauvrissent et dégradent la forêt. Le fait est donc assez rare pour être souligné et induit une autre pratique: Bourbon maîtrise l’exploitation de cet espace, et en tire des ressources dont on devine sans peine la nature. Les besoins en bois d’œuvre sont multiples à une époque où les surfaces bâties augmentent -forteresses, lieux de culte, moulins, ponts…- et sa collecte ne s’improvise pas. La maison de Bourbon, comme d’autres seigneuries contemporaines, anticipe de futures coupes en protégeant les arbres utiles à ses besoins. Si on ajoute cette distraction quasi-guerrière qu’était la chasse pour ces gens, Tronçais pourrait très bien représenter un exemple de gestion forestière bien antérieure aux précautions initiées par Colbert.
© Olivier Trotignon 2025