Des noms germaniques en Berry
L’étude des textes antérieurs à la période féodale conservés dans les cartulaires berrichons révèle, en matière d’anthroponymie, plusieurs habitudes des populations locales.
La règle la plus commune est l’attribution aux individus d’un nom à un seul élément. Des vicomtes de Bourges aux paysans les plus humbles des campagnes du Berry, tout le monde, hommes et femmes, est identifié par un nom sans précision de lieu ni de lien familial. Seul les clercs conservent parfois leur titre, comme celui d’abbé.
Cette coutume, observée dans de nombreuses régions françaises, a eu pour conséquence d’obliger les parents à trouver des formules pour éviter à leur descendance des problèmes d’homonymie. Deux choix s’offraient à eux :
- puiser dans un répertoire antique, ancien et nouveau Testaments compris ; ou
- s’inspirer des traditions contemporaines.
Pour se référer à des textes, il faut être capable de s’en procurer et de savoir les lire, apanage d’une minorité de lettrés. Ceci explique peut-être la faible part de noms à consonance latine ou biblique constatés dans les textes (Vigilius,Damianus, Lazarus, Apollonius, Salomon…).
A une majorité écrasante, les noms contemporains et postérieurs à la période carolingienne sont composés de deux radicaux d’essence germanique réunis pour former une expression à connotation valeureuse ou guerrière, selon un principe familier aux linguistes, et qui semble avoir été la norme bien longtemps après la fin des invasions. Il n’est par contre pas du tout sûr que la valeur totémique de certains de ces noms ait eu encore un sens au moment où ils ont été employés. Rien ne prouve qu’un villageois nommant son fils Bernard ait pensé à un ours fort en le faisant baptiser.
J’ai choisi de vous présenter une liste d’anthroponymes construits autour de la racine Berht « brillant, illustre » relevés au hasard de la documentation.
De 800 à 850 : Alivertus, Azibertus, Cunebertus, Garibertus, Gerbertus, Vibertus, Vygobertus ;
de 850 à 900 : Egembertus,Godebertus ;
de 900 à 950 : Agelbertus, Gislebertus, Guitbertus ;
de 950 à 1000 : Tetbertus, Teobertus,Umbertus, Unibertus.
Le premier âge féodal ajoute de nouveaux noms à la liste :
XIe siècle : Ambertus, Aldebertus, Ermenbertus, Ragimbertus/Raginbertus, Winebertus ;
XIIe siècle : Haimbertus, Arembertus, Guinebertus, Gumbertus, Jobertus/Josbertus, Nacbertus, Obertus, Odevertus,Oldebertus, Raimberdus, Uldevert,Wibertus ;
un seul patronyme, Ildebertus, est identifié au XIIIe siècle. Petit à petit, les noms romans se multiplient, et des formes nominales comme Pierre, Jean, Etienne ou Guillaume occupent de plus en plus de place dans les choix familiaux.
© Olivier.Trotignon 2020