L'église romane de Vouillon (36)

Publié le par Olivier Trotignon

Voici un monument devant lequel je suis passé des dizaines de fois avant de profiter des journées du Patrimoine pour en faire la visite: la petite église romane de Vouillon, au bord de la route Châteauroux-Lignières.

Ce monument religieux attire l'œil par l'étrange dissymétrie de sa façade. Proportionné selon des cotes qui donnent à son pignon un aspect curieusement étiré, on remarque tout de suite l'anomalie que présente son portail d'entrée décentré vers la droite, procurant à l'ensemble une configuration unique dans la région. Rien, à première vue, ne peut expliquer ce choix des architectes médiévaux.

 

 

Il faut attendre d'être dans la nef pour comprendre l'étrange évènement qui a frappé le bâtiment à un moment qui serait sans doute facile à retrouver dans les archives départementales.

 

 

Le mur méridional de l'église est constitué non pas d'une maçonnerie pleine ajourée d'ouvertures mais de plusieurs arcs plein-cintre bouchés dans lesquels ont été ménagées des fenêtres rectangulaires. Les chapiteaux qui supportent les doubleaux sont partiellement noyés dans le mortier. L'église accuse donc une étape de transformation radicale de sa structure comme on en relève parfois après un évènement brutal, comme l'écroulement d'une partie du bâtiment. Mes amis qui mettent en valeur la belle abbaye de Mozac, dans le Puy-de-Dôme, m'ont expliqué comment un tremblement de terre avait en partie détruit l'abbatiale du monastère auvergnat. Parfois, ce sont des faiblesses du bâti initial qui conduisent les constructions à la ruine.

 

 

Dans le cas qui nous intéresse, nul séisme ni faute de la part des bâtisseurs roman n'explique la perte d'un bon tiers du volume primitif du sanctuaire de Vouillon. Cette église a été, semble t-il, victime d'une décision administrative qui l'a frappée d'alignement. Afin de faire passer, ou d'agrandir la route départementale qui la borde, on a fait le choix d'abattre toute une partie du sanctuaire, le mutilant de manière irrémédiable. Quelques belles pierres rescapées de massacre architectural demeurent sur le site.

Certes, on remarquera que ce n'est qu'un moindre mal, tant de beaux lieux de culte anciens ayant été purement et simplement rasés ou abandonnés aux intempéries et ce blog en recense quelques uns. Ici, il reste encore assez d'éléments pour imaginer le bel ensemble architectural et iconographique que représentait naguère l'église de ce village berrichon.

 

© Olivier Trotignon 2018

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Publié dans patrimoine religieux

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En voyant la première photo, j'ai de suite pensé qu'elle avait été "amputée" latéralement. Vers 1400, les seigneurs de Vouillon étaient une branche de la famille de Sully; Guyon de Sully (?-1422), marié à Jeanne e Prye, était seigneur de Vouillon, la Chapelotte, et les Quartiers-Roger (Sens-Beaujeu). Source: La Thaumassière.
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