Le camp provisoire du duc de Bourbon au siège de Belleperche, hiver 1369-1370

Il y a quelques années, nous avions ensemble approché la petite forteresse de la Bruyère-l’Aubespin, au sud du massif de Tronçais, dans l’Allier, site d’une courte bataille. Reprenant la place à des routiers à la solde de l’Angleterre, une troupe fidèle aux intérêt du duc Louis de Bourbon avait mené le premier combat important d’un épisode guerrier de plusieurs mois : le siège de Belleperche.
A une quarantaine de kilomètres de là, sur la rive gauche de l’Allier, commença, presque au même moment, une bataille visant à reprendre une grande et belle forteresse bourbonnaise, le château de Belleperche (aujourd’hui intégralement détruit), investi par ruse par d’autres routiers, compagnons de ceux ayant capitulé à la Bruyère. Dans cette place-forte résidait Isabelle de Valois, belle-mère du roi Charles V et mère de Louis de Bourbon. Cette otage de très haut rang représentait une prise de guerre précieuse pour les mercenaires alliés des Anglais.
La bataille, comme les chroniqueurs contemporains nous le racontent, tourna court. Bien que soumise à un pilonnage sévère, sans doute à l’aide de trébuchets et d’arbalètes géantes, la place demeura imprenable. Battu sur ce point, le duc de Bourbon dut se résoudre à engager un siège, en pleine campagne et aux prémices de l’hiver, situation inconfortable et stratégiquement fragile. Le duc Louis ordonna donc la construction d’un camp de fortune, pour mettre ses vassaux et soldats, ainsi que son matériel de siège, à l‘abri derrière un rempart de terre et de bois. Si l’emplacement de Belleperche ne fait aucun mystère, celui du refuge hivernal de l’ost bourbonnais reste, à ma connaissance, l’un des points d’interrogation de cette histoire.
Voici, néanmoins, quelques arguments qui pourraient aider à préciser sa situation.
A la lecture des récits des chroniqueurs Jean Froissard et Jean Cabaret d’Orville, bien analysés dans sa thèse par le chercheur Olivier Troubat, Louis de Bourbon aurait fait fortifier à la hâte un réduit défensif d’une dizaine d’hectares, clos par une palissade précédée par un petit fossé. On ignore la forme de l’ensemble.

Afin d’éviter d’être exposés aux tirs ennemis partant des murailles de Belleperche, les Français choisirent d’éloigner leur retranchement, tout en restant à une distance suffisante pour surveiller une éventuelle sortie des routiers. Nous ne disposons d’aucune autre mesure que la superficie du camp.
La toponymie, ainsi que la photographie satellite nous livrent, toutefois, quelques indices qui,sans apporter de preuve déterminante, peuvent être envisagées comme points de départ.
Nous remarquons tout d’abord un toponyme intéressant, dit « Le champ soudard », peut-être en souvenir des troupes à pied ayant campé sur place.
A l’ouest, les relevés topographiques et les clichés verticaux montrent un curieux mitage forestier, alors que, dans l’ensemble du massif de Bagnolet présente des lisières régulières. Si on se souvient que la palissade du camp bourbonnais a pu mesurer plus de 1300 mètres, en partant d’un chiffre moyen de cinq pieux au mètre, on peut évaluer les besoins du génie bourbonnais à 6500 pieux, soit près de 3000 petits arbres abattus dans la forêt la plus proche. Les retraits forestiers et clairières visibles par satellite ne sont qu’à quelques minutes du Champ soudard.

Une parcelle particulièrement attire notre attention. Un vaste polygone d’une superficie d’une dizaine d’hectares, compatible avec les mesures (mais sont-elles fidèles à la réalité ?) données par les chroniqueurs médiévaux est situé juste en face de l’ancienne porte de Belleperche. C’est également face à cette porte que le polygone offre son coté le plus court. Stratégiquement, présenter une façade réduite aux tirs adverses serait le meilleur des choix qu’un militaire puisse faire.
Entendons nous bien : cette hypothèse est seulement académique, et ne repose que sur un faisceau d’indices concordants. Ces champs sont en plus des propriétés privées, et il n’est pas dans mon intention de me livrer à une prospection sauvage, même à vue, de cet emplacement intrigant. Il reste, ceci dit, certain que la confrontation entre les archives et les textes médiévaux et les méthodes d’investigation de l’archéologie contemporaine est un domaine très prometteur.
© Olivier Trotignon 2018