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10 avril 2014 4 10 /04 /avril /2014 08:36

galopin-Gargilesse-1

 

Les historiens de la féodalité relèvent dans certaines sources l’existence d’un premier jalon souvent méconnu dans la formation des futurs chevaliers. Bien avant qu’on commence à les éduquer au maniement des armes, les futurs combattants nés dans des familles nobles gravissaient un premier échelon de leur initiation, destiné à les familiariser avec l’univers des chevaux. Les apprentis-chevaliers recevaient alors pour mission de s’occuper des montures des hommes de guerre, de les entretenir, les manipuler et, probablement, de les monter à l’occasion. Le mot galopin, dont le sens a glissé vers d’autres attitudes enfantines, désignait à l’origine cette fonction.
Le Berry conserve une remarquable représentation d’un de ces garçons, peinte sous les voûtes de l’église basse de Gargilesse, dans l’Indre. Ce sanctuaire est un de ceux avec Nohant, Brinay et Chalivoy-Milon qui offrent les plus beaux ensembles de fresques romanes de toute la région.

 

galopin-Gargilesse-2

 

Le galopin qui y figure tient par la bride les chevaux des Rois mages, assis sur un rocher. Il n’est pas armé, mais tient tout de même une longue perche, pour tenir en bon ordre les trois bêtes.
Les connaisseurs apprécieront les détails des harnachements visibles sur les montures, selles de toile ou cuir et bois, mors à bascule, bride agrémentée de clous. On voit aussi très bien que les chevaux sont ferrés mais un détail intrigue: les fers sont munis de dentelures externes comme si ces chevaux étaient équipés pour monter des pentes très marquées. On utilisait encore ce genre de ferrure dans l’après-guerre pour aider les mulets qui débardaient du bois à ressortir des profonds ravins de la forêt de Tronçais.
L’avis des archéologues sur ce type de fers pourrait être intéressant pour évaluer la fréquence de leur emploi à la période romane.

© Olivier Trotignon 201

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29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 08:05

antenne1

 

Dernièrement, profitant d’un bel après-midi d’hiver pour aller nous promener à Sancerre, nous avons eu le désagrément de trouver, non loin du donjon médiéval qui témoigne de l’importance de cette ancienne forte, une verrue technologique du plus mauvais effet: une antenne-relais -j’imagine pour téléphones portables- plantée sur un toit dans le périmètre immédiat de l’ancien château.

 

antenne2

 

Certes, on ne la voit pas de partout dans la ville, et on peut l’éviter sur les photos. Certes, l’économie locale fondée sur le négoce de Sauvignon se passe très bien de l’intégrité visuelle des vestiges du passé féodal de la cité, mais cela ne justifie pas qu’on ait accordé un permis de construire pour une pareille anomalie esthétique.
D’autres cités ont su dissimuler ce même genre de dispositifs dans des structures où ils n’accrochent pas le regard, arrivant à concilier les besoins de nos contemporains en communication et les besoins de nos prédécesseurs en dispositifs défensifs ou en constructions à caractère spirituel ou économique.
Il ne me semble pas inutile de rappeler aux uns et aux autres, surtout en cette période de renouvellement des équipes municipales, qu’un maire a la faculté d’interdire ce genre d’installations incompatibles avec les termes des plans d’occupations des sols. Antennes-relais de vidéo-surveillance ou de téléphonie mobile, volets roulants sur des façades médiévales, mobilier urbain posé sans apparence d’une ombre de réflexion devant des lieux visités heurtent beaucoup de gens, résidents comme personnes de passage. Tous s’en remettront, me direz vous, mais quel dommage de gâcher le plaisir qu’on peut avoir à se promener dans des lieux qu’il aurait pourtant été si simple de préserver.

 

antenne3

 

A titre personnel, je désapprouve doublement l’antenne de Sancerre qui trône en plein milieu des habitations, sans considération pour les effets néfastes à craindre pour la santé des gens qui vivent sur le site.

© Olivier Trotignon 201

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23 mars 2014 7 23 /03 /mars /2014 09:02

Allichamps

 

Il y a longtemps, un vieil ouvrier m’avait confié le secret du nom d’Allichamps: selon lui, il s’agissait des “champs d’Ali”, chef arabe survivant de la bataille de Poitiers, venu fixer l’Islam en pleine vallée du Cher. Bien plus tard, sa mosquée avait été remplacée par les Chrétiens par la chapelle qu’on peut voir encore aujourd’hui au milieu, ou presque, des champs.
Si mon informateur avait su tout ce que contient le sol de ce périmètre de la basse vallée du Cher, il aurait sans doute jeté Ali aux orties pour me parler de César et Charlemagne: Allichamps est un lieu à la stratigraphie complexe sur lequel aucune somme objective des connaissances le concernant n’a encore été réalisée.

 

Allichamps-sarcophage

 

Une des origines les mieux repérées est une petite agglomération gallo-romaine établie près d’un gué permettant à la voie antique Bourges - Néris de franchir le Cher. Une nécropole importante, à l’origine du toponyme -les Champs-Elysées gallo-romains étant devenus Allichamps) prolonge son activité bien au delà de l’Antiquité tardive. Des zones occupées par des sarcophages ont été détectées à plusieurs points du site. Une, actuellement, intéresse de très près les archéologues. Sa localisation précise ne peut être publiée, pour éviter les inévitables pillages.
C’est sur la fine couche de terre recouvrant cette immense cité des morts que les chanoines augustins de l’abbaye de Plaimpied, près de Bourges, ont bâti un prieuré dont on conserve aujourd’hui une bonne partie de l’ancienne chapelle prieurale.

 

Allichamps-chapitau

 

A l’époque où on me racontait les exploits de l’émir Ali, j’ai visité ce qui n’était encore qu’une grange poussiéreuse. En montant sur les bottes de foin, on arrivait au niveau des chapiteaux. Une association de bénévoles s’est saisie de l’endroit et, après des années de travaux, a pu lui rendre une partie de son lustre d’autrefois.
On est tout de suite frappé par la qualité du travail des tailleurs de pierre romans. Des modillons extérieurs aux chapiteaux intérieurs, l’expression artistique est d’une richesse presque égale aux sculptures de l’abbaye de Plaimpied. Entre autres curiosités, on observe des couvertures en lauzes, qui sont peut-être à associer aux bories qu’on voit dans les vignes entre Chavannes et Châteauneuf.

 

Allichamps-intérieur

 

Le prieuré d’Allichamps mérite une visite estivale et il est facile de profiter des expositions artistiques qui s’y tiennent pour découvrir l’intérieur. L’extérieur est accessible en toutes saisons.

 


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22 février 2014 6 22 /02 /février /2014 09:23

couleuvrine

 

Vous savez, si vous êtes un(e) habitué(e) de ces lignes que ce blog a pour principe de se tenir à l'écart des sujets racoleurs tout juste bons à récolter des points d'audience. Vous ne trouverez ici ni "Jacques Cœur, cet inconnu" ou "le secret des Templiers bientôt dévoilé", mais je ne répugne pas à me pencher parfois sur des cas curieux, qui aujourd'hui feraient la "une" de nos journaux, juste pour le plaisir de restituer une microscopique partie de ce que fut le quotidien de tous ces gens qui étaient là avant nous.
Voici aujourd'hui une affaire fort curieuse qui endeuilla les rues de Bourges dans les années 1480. Guillaume Archambault, charron au bourg de Saint-Sulpice, dans l'aire urbaine de Bourges, fut reconnu coupable du meurtre d'Aubin Souppire, puis gracié par le roi après avoir acheté sa rémission. Cet homicide est sans doute le plus surprenant de tous ceux dont j'ai pris connaissance depuis toutes mes années passées à travailler sur le Berry.
Le dit Archambault tua en effet l'infortuné Souppire d'un coup de couleuvrine, alors que ce dernier était costumé en Lucifer et répétait un mystère!
Accident? Geste prémédité? Je n'ai pas pu avoir l'original du procès pour examiner les arguments de l'accusé, mais, outre l'hypothèse d'une mise à feu accidentelle d'une arme de gros calibre - le mot couleuvrine désigne un ancêtre du mousquet - il est probable que le tireur, peut-être aidé par l'excellent vin produit dans la région, a vraiment cru voir le Diable. Le temps de se saisir d'une flamme, l'homme a fait ce que tout bon chrétien aurait fait à sa place: renvoyer le démon d'où il venait.
Au delà de cette anecdote, il est à noter, en ce début de Renaissance, l'évocation de mystères destinés à être joués en public, lors de fêtes religieuses. Ce genre de spectacle ne laisse en général pas beaucoup de traces dans la documentation d'époque.

© Olivier Trotignon 2014

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13 février 2014 4 13 /02 /février /2014 11:36

lion-Treignat

Treignat (03)

 

 

Voici une énigme qui n’a, à ma connaissance, pas encore trouvé de réponse satisfaisante. A la lisière méridionale de l’ancien diocèse de Bourges, dans la Marche et dans quelques secteurs du Limousin peuvent être observées de curieuses statues zoomorphes figurant ce qui peut ressembler à des lions.
Sculptées dans des granits vraisemblablement locaux, bien qu’il ne soit pas certain que cette donnée ait été rigoureusement vérifiée, ces statues sont disposées, pour la plupart d’entre elles, près des églises.
Plusieurs éléments intriguent: ces lions n’appartiennent à aucun style artistique identifié; leurs emplacements actuels ne sont pas d’origine, certains ayant été déplacés, d’après les recherches de certains confrères, assez récemment; ils ne sont pas ailés, donc ne semblent pas en rapport avec l’évangéliste saint Marc; on les trouve près d’églises très sobres, constituant parfois leur seul élément décoratif remarquable. En résumé, personne ne sait exactement d’où ils viennent, à quelle époque ils ont été réalisés, ni qui les a placés là.

 

lions-Toulx1

Toulx-Sainte-Croix

 

Des éléments originaux? C’est une hypothèse tout à fait recevable. Le fait de leur mobilité évidente - à Toulx-Sainte-Croix, les lions sont posés à l’emplacement de l’ancienne nef de l’église- n’exclut pas qu’ils soient contemporains de la construction des sanctuaires. Comme certaines croix, ou pierres tombales, ils ont pu être déplacés selon la volonté des habitants. Il n’est pas exclu qu’il y ait eu des translations d’une église vers une autre.

 

lion-Toulx2

Toulx-Sainte-Croix (23)

Des éléments rapportés? C’est également possible, mais cela implique qu’ils sont soit postérieurs, soit antérieurs à l’époque romane. S’ils sont postérieurs, leur façonnage ne ressemble à aucun style connu, ce qui laisserait penser à un travail artisanal de très piètre facture. S’ils sont antérieurs, le champ des possibilités s’élargit jusqu’à la période de l’occupation romaine, et expliquerait leur état d’usure prononcé, et des détails curieux, comme ce lion clairement sexué, visible sur la place de l’église de Treignat, dans l’Allier. Dans l’état de nos connaissances, il n’est pas possible d’infirmer ni de confirmer deux pistes, intellectuellement séduisantes, mais qui ne sont peut-être que des constructions de l’esprit:
le pillage d’anciens sanctuaires antiques, ce qui signifierait la reconnaissance d’un culte propre à la Marche et au Limousin. Sans éléments archéologiques en place, difficile d’aller plus loin en ce sens;
l’antériorité cultuelle des sanctuaires romans: les lions seraient là depuis toujours, l’église réoccupant un emplacement choisi par le clergé antique. Certes, le site de Toulx-Sainte-Croix ferait un bel oppidum gaulois ou gallo-romain, ou même mérovingien. A ce stade, même la présence de couches archéologiques anciennes ne suffirait pas à prouver une relation entre les lions et un quelconque culte païen.

 

lion-Chapelle-st-Martial

La Chapelle-saint-Martial (23)

 

Dernière énigme: leur fonction. Une première piste, la plus simple, serait de ne leur en reconnaître aucune. Les statues, suivant la dernière hypothèse, seraient là depuis toujours sans que personne n’ai consacré la moindre énergie à modifier cet état de fait, comme certaines ruines, ou mégalithes. On peut penser aussi, si ces lions sont antiques, à une simple vocation décorative: des paroissiens pillant des monuments antiques pour orner leur église n’a pas été un cas si rare que ça.
Une dernière hypothèse soulève la question d’une finalité spirituelle. Ces statues léonines ont peut-être été des instruments de la foi populaire. L’aspect “fondu” de la tête de certaines bêtes pourrait même s’expliquer par des soustractions rituelles de roche, comme on  constate ailleurs, dans des édifices religieux de grès ou de calcaire, des grattages parfois très profonds.

 

lion-Toulx3

Toulx-Sainte-Croix

 

Le conditionnel demeurera sûrement pendant longtemps le seul mode approprié à toute communication sur la question des lions de granit. Je m’abstiendrai donc de conclure, mais j’aimerais, avant de refermer ce dossier, vous encourager, si vous êtes familier de ces belles régions de la Creuse ou de la Haute-Vienne, à la plus grande vigilance sur le cas de statues qui pourraient ne pas avoir encore été inventoriées (bois, murs de pierres sèches, propriétés privées...), entières ou fragmentaires, et de faire part de vos découvertes aux services régionaux d’archéologie. La réponse à toutes nos interrogations se trouve peut-être à portée de main...

© Olivier Trotignon 2014

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7 février 2014 5 07 /02 /février /2014 23:07

 

affiche-Ainay

 

J’ai le plaisir de vous convier à deux de mes prochaines conférences dont les dates sont fixées et, hasard du calendrier, très rapprochées.

Le dimanche 16 mars, c’est en pays bourbonnais que j’espère vous retrouver à l’invitation de la médiathèque d’Ainay-le-Château, qui a réservé la belle chapelle Saint Roch pour que j’y expose une nouvelle version de ma conférence “Médecine, lieux de soin, saints guérisseurs et miracles en Berry”. La principale nouveauté sera l’emploi d’un vidéo-projecteur (version modernisée de nos anciens et toujours vaillants projecteurs de diapositives...) pour illustrer mon propos.
Merci à Nathalie Pasquier, animatrice de la Culture et du Patrimoine à Ainay, ainsi qu’à la municipalité, pour leur accueil.
Le nombre de places étant limité dans la chapelle, il est vivement conseillé d’être sur le site à 15h. Il est recommandé de stationner au pied des remparts et de se rendre à la chapelle par le petit pont.

 

© Olivier Trotignon 201

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2 février 2014 7 02 /02 /février /2014 13:51

janvier

Janvier

 

Il y a quelques semaines, je vous présentais ce remarquable ensemble de fresques romanes préservé à l'intérieur de l'église de Brinay, dans le Cher. Parmi les scènes inspirées par des récits bibliques se trouve un rare calendrier, roman lui aussi, que je me suis efforcé, sans toujours y parvenir correctement, de vous restituer mois par mois. Le lecteur voudra bien pardonner la médiocrité de certains clichés qui lui donneront tout de même, je l'espère, l'envie de découvrir ce lieu remarquable.

 

février

 

Le mois de février est illustré par un paysan assis, presque nu, devant un feu. On distingue à gauche le nom du mois en lettres blanches.

 

 

mars

 

Tout aussi classique, Mars rappelle le retour des travaux du sol, à la houe.

 

avril

 

Plus bucholique, le personnage d'avril semble s'émerveiller devant un arbre, peut-être en fleur.

 

mai

 

Le cavalier de mai, armé d'une lance, tient son cheval à la longe. L'animal broute dans un pré.

 

juin

 

En juin, on coupe le foin à la faux (et le photographe coupe sa photo, hélas!)

 

juillet

 

Juillet est le mois des moissons à la faucille.

 

août

 

Dans la chaleur d'août, le paysan torse nu bat sa récolte au fléau. Cette opération éreintante peut durer jusqu'à l'automne, dans certains domaines agricoles.

 

septembre

 

Septembre voit revenir le temps des vendanges. Les ouvriers apportent le raisin au pressoir.

 

octobre

 

 

La saison des glands attire les porcs dans les forêts. Leur engraissement se poursuit jusqu'aux gelées. Les glands rendent malades les équidés, qui souffrent de fourbure.

 

novembre

 

Les porcs engraissés en octobre sont tués en novembre. Le nom du mois est clairement apparent au dessus de la tête de l'animal.

 

décembre

 

Pain, vin et viande sont prêts pour les fêtes de Noël. L'année tire à sa fin.

 

© Olivier Trotignon 2014

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26 janvier 2014 7 26 /01 /janvier /2014 09:37

Culan-tours

 

J'ai un très, très ancien souvenir d'une visite au château de Culan, dans le Cher. Je devais être dans une petite classe de primaire, et le guide nous avait montré la chambre de Jeanne d'Arc. C'est avec un respect ému que j'avais parcouru des yeux ce lieu terrible où avait vécu celle que nos maîtres nous montraient, auréolée de gloire et bardée d'oriflammes, occupée à délivrer Orléans dans les images du livre d'Histoire.
Beaucoup plus tard, préparant ma maîtrise, j'avais navré le propriétaire d'alors en n'accordant qu'un coup d'œil rapide au contenu de l'auguste pièce, considérant déjà que la Pucelle était un sujet recuit ne pouvant rien apporter à mes recherches. Tant d'autres thèmes restant à explorer pour affiner notre connaissance de la période médiévale de cette région, je ne m'étais plus inquiété de la question. Que Jeanne d'Arc ait séjourné ou non à Culan est totalement anecdotique, et n'ajoute ni ne soustrait rien à l'histoire du Berry.
C'est pourtant bien à cette histoire berrichonne que pensait Emile Chénon en 1919 lorsqu'il publia* une mise au point sur le sujet avec sa rigueur proverbiale. Pour ce pilier de la connaissance archéologique et historique de la contrée, la présence de Jeanne dans les murs de Culan, et sur les routes du sud de la région pendant l'hiver 1429, relevait de la fantaisie, mais, craignant que la légende ne s'installe et vienne contaminer notre perception de cette époque si particulière, E. Chénon s'attacha à réfuter ce que certains considéraient déjà comme un fait établi.
Voilà l'affaire.
Il est inutile de gloser sur la passion de certains chercheurs pour l'histoire de Jeanne d'Arc. Leurs travaux se sont appuyés sur les sources contemporaines, qui permettent de retracer le parcours de cette femme sur le sol français avec une relative précision. On mesure ainsi l'intensité de son engagement guerrier, mais aussi des phases plus ternes pendant lesquelles la Lorraine (on se souviendra que son village natal n'était pas rattaché à cette province, mais l'épithète est pratique) a vécu dans plusieurs villes, dont Bourges. Elle y passa une partie de l'hiver 1429 sans y briller, d'où le mutisme des sources sur cette séquence chronologique.
Avec ce don pour l'invention de fictions historiques propre à certaines périodes de notre histoire, un érudit affirma en 1817, sur foi d'informations invérifiables, que Jeanne d'Arc avait profité de son inaction pour aller visiter ses compagnons d'armes locaux, dont l'amiral de Culan. Ce postulat fut le point de départ d'une confortable spéculation profitant aux admirateurs, voire aux dévots, de cette légende vivante de l'Histoire de France.
L'article de Chénon fut sans doute pour eux une douche froide. Outre l'absence de mention de cette chevauchée dans les textes -en fait, aucun chroniqueur contemporain ou postérieur ne parle du périple de Jeanne en Berry du Sud-, l'historien apporta la preuve que tous les nobles prétendument hôtes de Jeanne étaient retenus par la guerre sous d'autres horizons en février 1429.
Ceci clôt l'affaire. Que le Berry et le Bourbonnais aient laissé leur empreinte sur la Guerre de 100 ans est une évidence. Que le mois de février 1429 fut froid et ennuyeux dans les galeries du château de Culan déserté par son maître en est une autre.
Je n'ai pas passé le seuil du château de Culan depuis 1984 pour autre chose que l'inauguration d'une exposition artistique, aussi n'ai-je aucune idée du contenu des visites, mais je ne doute pas que les personnes chargées d'accueillir les visiteurs de cette vénérable forteresse ont fait depuis longtemps le deuil de cette jolie histoire.

* Emile Chénon, notes archéologiques et historiques sur le Bas-Berry, Jeanne d'Arc et les seigneurs du Bas-Berry, mémoires de la Société des Antiquaires du Centre, XXXIXe volume, 1919-1920

 

© Olivier Trotignon 201

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19 janvier 2014 7 19 /01 /janvier /2014 09:32

prieuré-Vernais

 

Plusieurs fois, à l’occasion de conférences ou par courrier, des auditeurs et lecteurs m’ont demandé si je savais quand et pourquoi le prieuré de leur ville ou de leur village avait disparu. Ayant au début jugé anecdotique ce genre d’interrogation, il est peu à peu apparu que la question se posait pratiquement partout, à part dans de très rares exceptions comme le village de Drevant, dans le Cher, qui aligne sur un espace réduit une église paroissiale et une chapelle prieurale. Cet édifice, dont j’ai parlé ici plusieurs fois, est en plus un bâtiment à façade romane remarquable, d’où la frustration de certains de ne plus posséder le même patrimoine au cœur de leur village. Ce sentiment est encore appuyé par ces quelques jolis prieurés romans qu’on trouve parfois en campagne.
Pour avancer une réponse, il est nécessaire de revenir sur la nature des prieurés dont les actes médiévaux évoquent l’existence.
Il n’est pas rare qu’on me parle de ces anciens lieux de prière avec une sorte d’admiration respectueuse, comme s’ils avaient été des pôles de spiritualité à l’égal des abbayes.
Certes, certains prieurés berrichons ont été des monastères aussi, sinon plus peuplés et puissants que bien des petits couvents ruraux, mais il s’agit là d’exceptions. L’immense majorité des cellules prieurales résulte de dons accordés par des chevaliers à des abbayes, parfois situées à des distances considérables. Ces dons constituent un outil économique que les communautés monastiques ne peuvent ni négliger ni exploiter directement. Elles délèguent donc à un ou plusieurs frères le soin d’aller gérer au mieux ces biens dispersés et d’inégale importance. Ces moines détachés ont besoin d’un lieu de prière, et c’est là que l’affaire se complique.
En campagne, les choses sont claires: les prieurés se dotent de chapelles. En milieu urbain - villes ou petits villages - ces prieurales ont disparu du paysage, au même titre que la plupart des anciens lieux hospitaliers - hôtels-Dieu, léproseries, hôpitaux de filles-Dieu.. Les sondages archéologiques retrouvent parfois les traces de ces derniers, mais pas des prieurés.

 

prieuré-de-Soye

 

La solution m’a été soufflée par l'actuel propriétaire du prieuré de Drevant. Vivant dans les murs et observateur de multiples contradictions qui échappent à une visite sommaire du site, il m’a fait remarquer avec pertinence que l’église paroissiale était bien moins typée que son prieuré et que, débarrassée de son autel et des quelques ornements maladroitement placés dans la maçonnerie, elle prenait l’aspect d’un bâtiment ordinaire, médiéval, mais pas spécialement cultuel. Son hypothèse, iconoclaste mais, je le rappelle, pertinente, est de proposer de ramener cette église à sa première fonction de grange ordinaire ayant  appartenu aux moines, ce que nous appelons aujourd’hui “prieuré de Drevant” étant l’ancienne église paroissiale. Celle-ci, sans doute devenue trop petite à la suite de la poussée démographique enregistrée à la fin de la période médiévale, ayant été abandonnée pour consacrer un sanctuaire plus vaste, l’ancienne grange transformée en chapelle.

 

acrotère-Drevant

Ornement gallo-romain rapporté, unique pièce décorative de la façade de l'église de Drevant

 

 

Ainsi s’explique la disparition de nos prieurés urbains. Les textes sont sur ce point sans ambiguïté: les seigneurs donnent aux abbayes des églises parfois accompagnées de rentes et/ou de terres. Les églises existent avant la fondation des prieurés, puis sont partagées entre le prêtre, qui dépend de l’évêque, et le prieur, qui obéit à son abbé. Les prieurés urbains se réduisent donc à un volume plus ou moins important de bâtiments d’exploitation et de stockage, complétés dans de rares cas par des cloîtres et des dortoirs monastiques. Beaucoup de prieurés ne sont peut-être même pas habités en permanence, les moines chargés de leur fonctionnement retournant vivre dans leur communauté les mois d’inactivité agricole.
Ainsi, grâce à cette exception devenue artificiellement généralité qu’est Drevant s’éclaire toute une part mal connue de l’histoire de nos bourgs.

© Olivier Trotignon 201

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12 janvier 2014 7 12 /01 /janvier /2014 09:47

casque1

 

Voici un objet qui intéressera tous les spécialistes -et ils sont nombreux - de l'armement médiéval. Je possède assez peu d'informations sur son compte et ignore si sa découverte a été publiée. Il est visible dans la petite vitrine dédiée à la période médiévale au musée Saint-Vic de Saint-Amand-Montrond dans le Cher.
Il s'agit d'un grand fragment de casque en fer identifié, lors de sa restauration, comme une pièce d'équipement de soldat anglais datée de la Guerre de cent ans. L'originalité de cette découverte tient à la présence d'un crâne humain soudé par la rouille au fond du casque. L'ensemble provient d'une gravière exploitant les sédiments du Cher à Bruère-Allichamps, en aval de Saint-Amand-Montrond. Les granulats étant criblés pour séparer le sable du gravier et des cailloux, quelqu'un eut la chance de récupérer l'objet et de le confier au musée le plus proche.
Il ne serait pas sérieux d'imaginer un scénario expliquant la présence de ce vestige insolite dans les sables du Cher, mais l'observation du contexte historique contemporain de la mort du soldat fournit quelques pistes qu'il convient d'explorer.
L'objet n'est pas daté formellement. Arraché par une drague aquatique au lit de la rivière, il est impossible de l'associer à un niveau archéologique quelconque. La forme du casque a orienté les gens qui l'ont eu en main vers un équipement de soldat "anglais". Si cette identification est valable, il peut s'agir des restes d'un soudard anglais ou gascon venu combattre en Saint-Amandois dans les premières années de la Guerre de 100 ans. La région a été le théâtre de plusieurs épisodes guerriers où se sont affrontés des corps de troupes obéissant aux ordres de chefs fidèles aux rois de France et d'Angleterre. La Chronique du bon duc Loys de Bourbon, par Jean d'Orronville, cite, entre autres, la reprise de Saint-Amand et du château de Montrond par des capitaines bourbonnais en 1367-68. Notre inconnu était peut-être un de ceux que les épées françaises firent alors passer de vie à trépas.

 

casque-2

 

Comment cet homme est-il mort? Les restes osseux sont trop incomplets pour le savoir. Mort au combat, noyade accidentelle, noyade par représailles - les lettres de rémission de l'époque citent des cas de paysans berrichons et orléannais noyant des prisonniers anglais dans des rivières ou même des mares- il est impossible de se prononcer. Nous remarquerons juste que mort ou vif, la victime est tombée dans le Cher toute équipée. S'il s'agissait d'une tombe de fortune éventrée par une crue de la rivière, on aurait délesté le mort de ses armes avant d'ensevelir sa dépouille.

© Olivier Trotignon 201

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  • : Moyen-âge en Berry
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Dans l'objectif de partager avec le grand public une partie du contenu de mes recherches, je propose des animations autour du Moyen-âge et de l'Antiquité sous forme de conférences d'environ 1h30. Ces interventions s'adressent à des auditeurs curieux de l'histoire de leur région et sont accessibles sans formation universitaire ou savante préalable.
Fidèle aux principes de la laïcité, j'ai été accueilli par des associations, comités des fêtes et d'entreprise, mairies, pour des conférences publiques ou privées sur des sujets tels que:
- médecine, saints guérisseurs et miracles au Moyen-âge,
- l'Ordre cistercien en Berry;
- les ordres religieux en Berry au M.A.;
- la femme en Berry au M.A.;
- politique et féodalité en Berry;
- le fait religieux en Berry de la conquête romaine au paleo-christianisme...
- maisons-closes et la prostitution en Berry avant 1946 (animation réservée à un public majeur).
Renseignements, conditions et tarifs sur demande à l'adresse:
Berrymedieval#yahoo.fr  (# = @  / pour éviter les spams)
Merci de diffuser cette information à vos contacts!

Histoire locale

Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
A retrouver dans la rubrique "liens": archéologie et histoire d'un lieu-dit

L'âne du Berry


Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

Histoire et cartes postales anciennes

paysan-ruthène

 

Cartes postales, photos anciennes ou plus modernes pour illustrer l'Histoire des terroirs:

 

Cartes postales et Histoire

NON aux éoliennes géantes

Le rédacteur de ce blog s'oppose résolument aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles dans le paysage berrichon.
Argumentaire à retrouver sur le lien suivant:
le livre de Meslon: non à l'éolien industriel 

contacts avec l'auteur


J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.