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14 juillet 2014 1 14 /07 /juillet /2014 12:02

conf-Vesvre

 

L’univers de la reconstitution médiévale est un monde avec lequel j’ai toujours pris une certaine distance, tant que je n’ai pu mesurer le sérieux des intervenants.
Certains jugeront peut-être mon point de vue trop rigide, mais moult prestations publiques sont de véritables défilés de carnaval truffés d’anachronismes animés par des prestataires qui sont imprégnés de postures d’acteurs de films hollywoodiens ou pire encore, de héros de jeux vidéo.
Et puis il y a les autres, qui cherchent à s’approcher au plus près des civilisations du Moyen-âge par de longs travaux d’observation, de recherche documentaire, d’expériences techniques et qui exposent parfois leurs résultats au public, sans donner la priorité au spectacle.
C’est dans cet esprit que nous aurons, samedi 19 juillet, la joie d’accueillir à la Tour de Vesvre mon camarade Olivier Morel, membre des Compagnons du Sarment d’Hypocras, qui viendra (peut-être avec un ou deux de ses complices) présenter du matériel militaire et domestique conforme à la période couverte par ma conférence (Xe-XIIIe siècle). Ce moment peut être pour vous l’occasion de prendre contact avec une troupe, réputée pour le sérieux de ses prestations, pour de futures animations.
Rendez-vous donc ce samedi à partir de 17 heures sur le site de la Tour de Vesvre pour une fin d’après-midi dédiée à la chevalerie berrichonne du premier âge féodal.

 

© Olivier Trotignon 201

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5 juillet 2014 6 05 /07 /juillet /2014 10:21

Vesvre

 

J'ai le grand plaisir de vous inviter à ma prochaine animation:


              être seigneur en Berry de l'an 1000 à la fin des Croisades
                                 politique - économie - spiritualité

le samedi 19 juillet, à partir de 17 heures, grange de la Tour de Vesvre, à Neuvy-deux-clochers, en Sancerrois.
Je répond ainsi à l'invitation de l'association des Amis de la Tour de Vesvre, qui entretient et anime ce site féodal remarquable. En remerciement de la confiance que ces passionnés m'accordent, j'ai décidé d'écrire une conférence inédite dans laquelle il est prévu que j'introduise des éléments tirés de ma thèse.
A la fin de l'exposé, une corbeille sera mise à votre disposition en soutien aux initiatives des Amis de la Tour.

 

vesvre

 

L'accès du site est fléché. Le local dans lequel se tient la conférence est de plein-pied et est accessible aux personnes à mobilité réduite.
Si d'autres nouvelles me parvenaient d'ici le 19, je modifierai ce billet en conséquence.
Au plaisir de vous retrouver, ou de faire votre connaissance, sous les murs pluriséculaires de la Tour de Vesvre!

 

© Olivier Trotignon 201

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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 08:00

Carmes1

 

Les visiteurs réguliers auront remarqué une baisse d’activité sur ce blog depuis plusieurs semaines. Conseils de classe, corrections d’examens et récolte de foin pour la pitance hivernale de mes treize ânes sont des tâches saisonnières auxquelles je ne peux me soustraire. De plus, la préparation de deux conférences inédites, dont une qui sera annoncée prochainement à la Tour de Vesvre, en juillet, m’a éloigné encore plus de mes archives de textes et photographies.
C’est pourtant grâce à ma dernière animation que j’ai pu récolter quelques images d’un lieu méconnu, car le plus souvent fermé au public, qui intéressera les amateurs d’architecture en bois.

 

Carmes2

 

La salle dite des Carmes, à Saint-Amand-Montrond, est le produit de la division du volume intérieur de l’ancienne abbatiale du couvent des Carmes en deux étages. Un premier niveau, occupé par des services administratifs, n’a aucun intérêt patrimonial. L’étage, en revanche, permet d’avoir une vue générale sur la magnifique charpente, que je présume être de chêne, datant de la fin du Moyen-âge. Muni d’un éclairage portatif puissant, et de mon éternel petit appareil-photo numérique, j’ai profité de la liberté que j’avais de circuler dans la place pour prendre quelques vues avant d’accueillir le public pour ma conférence de samedi.

 

Carmes3

 

Les bâtisseurs du couvent ont fait le choix du bois pour couvrir la nef de l’abbatiale. Ceci répondait-il à des impératifs oubliés aujourd’hui, coût de construction, rapidité d’exécution du chantier? La largeur de la nef, supérieure à celle de toutes les abbayes locales, explique peut-être à elle seule qu’on ait préféré le bois à la pierre. Le poids énorme de la voûte aurait exigé le montage d’arcs-boutants extérieurs si larges que le terrain dont disposaient les moines n’aurait sûrement pas suffi à leur fournir au sol une base suffisante. Le monastère, construit dans un espace urbain déjà très dense, subissait des contingences très terre-à-terre, telle la nécessité de louer à ses voisins cisterciens une parcelle pour y édifier des latrines.

 

Carmes5

 

Le bois donnait aussi à l’intérieur de la nef un aspect plus délicat que celui de la pierre, qui compensait la perte acoustique inévitable avec ce matériau.
On remarquera les magnifiques poutres engoulées sur lesquelles repose la charpente.
Cette salle municipale n’est ouverte au public que lors de manifestations culturelles ou politiques et, donc, assez difficile d’accès.

 

Carmes4

© Olivier Trotignon 2014

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15 juin 2014 7 15 /06 /juin /2014 22:16

6 ans

 

Comme chaque mois de juin, période anniversaire du premier article mis en ligne sur ce blog, voici un bref bilan annuel de mon projet Berry médiéval, associant la gestion du présent espace numérique à mes activités de recherches, d'écriture et de conférences.
Du coté d'internet, la situation est stable. Le compteur de visites mis à disposition des administrateurs par la plate-forme Overblog signale qu'environ 33000 personnes ont consulté des articles en un an, soit en tout, en 6 ans, plus de 158000 visites pour 363000 billets lus. Ces chiffres n'indiquent qu'une chose: l'intérêt pour l'histoire et le patrimoine du Moyen-âge n'a rien à voir avec un quelconque effet de mode.
A noter: j'ai ouvert une page Facebook -chercher "Berry médiéval". Des liens vers tous les articles que je compose, ainsi que certains édités sur des sites amis, forment la trame de ce portail.
Au quotidien, mes activités de médiéviste se déclinent sous plusieurs formes. Mes conférences continuent à trouver un public si large que j'ai décidé d'augmenter leur portée en proposant des illustrations complémentaires par vidéo-projection. De nouvelles dates, en Sancerrois et à Bourges, seront annoncées dans les semaines à venir.
Un documentaire réalisé par une société de production de l'Indre, sur les Croisades en Berry, sera disponible dans quelques mois. J'aurai à vous reparler de ce film, dans lequel je dois apparaître quelques minutes.
Il faut aussi pointer quelques échecs. Un temps pressenti pour animer (bénévolement) une émission d'histoire régionale sur une radio locale, il ne m'a pas été possible d'accepter les conditions qu'on m'imposait, trop éloignées de ma vison personnelle de la Culture.
La disparition du trimestriel Berry magazine m'a aussi privé d'une tribune à laquelle je m'étais attaché.
Dans les mois à venir, sauf imprévu, le projet Berry médiéval ne devrait pas changer de forme: blog indépendant, conférences programmées et collaborations ponctuelles avec d'autres acteurs de la vie culturelle régionale resteront mon étoile polaire de médiéviste indépendant.
 

© Olivier Trotignon 2014

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8 juin 2014 7 08 /06 /juin /2014 15:16

manoir du Vernet

 

Le temps est venu de vous informer de la date retenue pour ma prochaine conférence publique, organisée par la section saint-amandoise de la Croix-Rouge française, et à son profit.
J'aurai donc le plaisir d'animer une soirée sur un thème que les lecteur de Berry médiéval connaissent bien:

                                   Le mystère du château du Vernet

enquête sur la disparition d’un manoir du Moyen-âge dans les faubourgs de Saint-Amand-Montrond
par Olivier Trotignon, chercheur en histoire médiévale

Important vestige de la période médiévale en Saint-amandois, le château du Vernet, démoli après la première guerre mondiale, continue, presque un siècle après sa déconstruction, à susciter beaucoup d’interrogations sur son histoire et sur la destination prise par ses plus beaux éléments architecturaux.
A partir d’un riche dossier documentaire et photographique, l’historien tentera de faire revivre ce monument avant d’exposer les différentes hypothèses sur la localisation actuelle des pierres du manoir disparu.

L'animation aura lieu le samedi 28 juin, à  20h30, dans la belle salle des Carmes, hôtel de ville de Saint-Amand-Montrond, en centre ville.
Plusieurs parkings sont situés dans le proche périmètre de la mairie. La salle est accessible aux personnes handicapées. Aucune connaissance particulière en histoire n'est requise pour suivre l'exposé.
 

© Olivier Trotignon 201

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24 mai 2014 6 24 /05 /mai /2014 07:18

Prébenoît-mur

 

Voici un site que mes confrères marchois et limousins ne m’en voudront pas, je crois, de leur emprunter le temps d’un article. Si la petite abbaye cistercienne de Prébenoît dans la Creuse, est bien située dans le diocèse de Limoges, elle fait partie de ces monastères qui ont livré des informations de grande utilité pour mes recherches doctorales.
Je ne connaissais en fait de Prébenoît que la cote H 528 des Archives départementales de la Creuse et les actes antérieurs au XIVe siècle que j’avais dépouillé pour mon enquête anthroponymique. J’ai eu l’occasion, cet automne, de profiter d’un bel après-midi pour aller découvrir les ruines de cette ancienne abbaye de moines blancs.
Je n’ai pas tenu compte des donateurs marchois qui ont constitué le temporel de Prébenoît, pour me concentrer sur une grande famille berrichonne ayant compté parmi ses principaux bienfaiteurs aux XIIe et XIIIe siècle.

 

Prébenoît-chapelle

 

Dès 1140, la puissante maison de Déols, première seigneurie berrichonne de l’époque par son étendue territoriale, participe à la fondation du monastère. D’autres établissements religieux du diocèse limousin profitent de leurs libéralités. Très vite, c’est une branche cadette de la seigneurie de Châteauroux, la maison de Boussac et Châteaumeillant, qui assure, avec d’autres familles féodales locales, la protection des Cisterciens de Prébenoît. Il n’est pas interdit de supposer que quelques uns de ses membres ont pu être inhumés sur place.

 

Prébenoît-extérieur

 

La visite du site, en grande partie ruiné, mais qui reste largement lisible, montre que Prébenoît fut un cloître comparable aux établissements cisterciens du sud du diocèse de Bourges (Bussière, les Pierres, la Colombe, Varennes). De taille moyenne, cette fondation est en harmonie, comme ces consœurs citées précédemment, avec un terroir faiblement peuplé et une petite féodalité rurale incapable de lui fournir les fonds nécessaires pour la construction d’un sanctuaire qui puisse rivaliser avec Noirlac, La Prée, Bellaigue ou Obazine. La modicité des infrastructures n’était pas synonyme d’un manque de rayonnement spirituel, que je laisse à mes collègues marchois le soin d’évaluer en fonction de leur connaissance du terrain.

 

Prébenoît-réemplois

 

Sur place, on retrouve facilement plusieurs époques de construction, comme dans d’autres abbayes cisterciennes du grand Centre: ruines de l’abbatiale romane, vestiges de fortifications tardives contemporaines de la Guerre de 100 ans, hôtel abbatial post-médiéval, en partie construit avec des pierres de réemploi du cloître disparu et des dalles funéraires.
Prébenoît, sauf erreur de ma part, est un bien communal qui appartient à la municipalité de Betête. Contrairement à d’autres sites médiévaux, l’endroit est visitable tout au long de l’année, grâce à des rendez-vous mensuels proposés par des affichettes disposées sur place, une initiative rare et bienvenue qu’il convient de saluer et de promouvoir!

© Olivier Trotignon 2014

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18 mai 2014 7 18 /05 /mai /2014 20:07

Thaumiers-vendangeurs

 

Souvent représentées sur les enluminures et calendriers médiévaux, les scènes de vendanges ont aussi inspiré les sculpteurs romans. Au sud de Dun-sur-Auron, dans le Cher, sur l'abside de l'église de Thaumiers, est visible sur un chapiteau un résumé de cette pratique essentielle à l'économie rurale, mais aussi à la liturgie.
Le sens de lecture est identique à celui de l'écriture.

 

Thaumiers-vendange

 

A gauche, un personnage cueille le raisin recueilli dans un panier. Malgré la faiblesse des performances de l'appareil avec lequel j'ai pris ces clichés, on observe la trame du panier, en osier, saule ou écorce de châtaignier.
Au centre, deux hommes soulèvent un cuveau cerclé, garantissant une moindre perte de jus de raisin pendant le transport vers la cuve à presser. Deux lumières ont été ménagées pour passer une perche qui porte sur l'épaule des ouvriers.

 

Thaumiers-foulage

 

La dernière scène est, en toute logique, le foulage aux pieds de la récolte, dans une cuve cerclée, selon les principes de la tonnellerie.
Cette lecture appelle une ou deux remarques. D'abord, tous les gens qui ont un jour visité un musée de la vigne auront reconnu un outil qui servait encore dans les vignes il y a quelques décennies, le cuveau à porter les grappes, dont le modèle n'a pas du connaître d'évolution significative depuis l'époque romane, et peut-être même bien avant.
On voit aussi que les pressoirs, connus par quelques textes dont la charte de franchise de Vesdun, étaient encore d'une technologie trop complexe, et peut-être aussi trop onéreuse, pour des paroisses sans seigneur clairement identifié comme Thaumiers.

© Olivier Trotignon 201

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11 mai 2014 7 11 /05 /mai /2014 09:29

Vernet-cheminée

 

 

L’affaire n’est pas nouvelle, et plusieurs billets de ce blog ont déjà exposé les détails de cette affaire: la région où j’habite, dans le sud du Cher, est orpheline d’un petit château fin Moyen-âge/début Renaissance, dit manoir ou château du Vernet, déconstruit dans les années 20 dans des circonstances mal éclaircies.
L’absence de recherches de la part de spécialistes de l’entre deux guerres explique qu’on ignore à peu près tout de l’endroit (ou des endroits) où sont partis les éléments d’architecture soustraits à cette bâtisse de la façon la plus légale qui soit. Sitôt vendu, dans l’immédiat après-guerre, le manoir a été pillé de toutes ses belles pierres, peut-être aussi de ses poutres et tuiles, par son nouveau propriétaire. La carcasse mutilée du bâtiment a été ensuite rasée.
Une rumeur persistante l’a donné pour reconstruit en Amérique (le rêve américain, sans doute), où il est introuvable, mais où ses pierres ont peut-être été dispersées. Une autre piste le maintiendrait dans l’hexagone, où il aurait servi à alimenter la mode des maisons de prestige bâties avec des caractères néo-médiévaux très affirmés, ou peut-être à restaurer des propriétés ravagées par le conflit avec l’Allemagne.
Bref, les belles pierres du château du Vernet sont peut-être quelque part anonymes, mais bien visibles et, à en juger du nombre de lecteurs de ces pages, il existe une petite chance pour que l’une ou l’un d’entre vous en ait déjà croisées lors de ses visites ou ses recherches.
Préparant pour la Croix-Rouge une animation sur ce thème, si tout va bien, fin juin (date encore incertaine), j’en appelle à vos souvenirs pour trouver la piste des pierres disparues. Si vous disposez d’informations sur leur réemploi, cela me permettrait d’enrichir l’argumentation de mon exposé et de dissiper une partie du mystère qui entoure ce dossier.
Un partage de cet article avec vos contacts multiplierait les chances de trouver une piste.
Voici les éléments dont nous disposons, à partir de photographies d’archives que je ne peux agrandir plus sous peine de rendre illisibles les détails sculptés.
En ouverture de ce texte, une cheminée dont le manteau était orné d’une pierre blasonnée, peu lisible, et peut-être martelée à la Révolution.

 

Vernet-jambage

 

Un jambage de cheminée avec corbeau sculpté d’un personnage naïf. L’autre jambage est aussi sculpté. Le linteau est absent.

 

Vernet-fenêtre

 

Une jolie fenêtre de style Renaissance, qui semble avoir perdu ses pinacles.
Merci pour votre aide!

© Olivier Trotignon 201

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4 mai 2014 7 04 /05 /mai /2014 21:17

Gisant de Pierre Pèlerin XVe siècle

 

Voici presque deux ans et demi, j'avais le redoutable honneur d'inaugurer la série de conférences "Une heure, une œuvre", initiée par l'ancienne conservatrice du musée de Saint-Amand-Montrond, Marie-Christine Planchart, aujourd'hui en poste au musée d'Issoudun.
La proposition de Marie-Christine s'appuyait sur la promesse de l'édition d'une plaquette réunissant toutes les contributions des conférenciers, sous forme d'articles illustrés destinés à garder une trace de ce cycle de conférence. Sa hiérarchie d'alors s'était engagée à faire imprimer la somme des articles remis par les intervenants. Comme on pouvait hélas s'y attendre, cet engagement s'est dilué au fil des saisons, me libérant du coup de ma propre promesse de garder inédit l'article que j'avais rédigé à cette occasion.
Cet article, je le dédie à Marie-Christine Planchart et à toutes les personnes de bonne volonté qui œuvrent pour l'indépendance d'une Culture de qualité, et je l'offre à tous les lecteurs de Berry médiéval.

Pierre Pèlerin et les mutations de la société saint-amandoise à la fin du Moyen-âge

Les épreuves qui ont marqué le Berry au cours du très long conflit avec les Anglais n'est plus qu'un souvenir. Partout, dans une ville de Saint-amand longtemps repliée sur elle même par crainte d'une invasion et appauvrie par les troubles de la Guerre de cent ans résonnent les bruits des chantiers de construction. Dans son hôtel particulier, Pierre Pèlerin, riche bourgeois anobli, vient de décéder. Sa dépouille est prête à rejoindre le sépulcre qu'il s'est lui-même choisi, dans l'abbatiale des Carmes de la ville, où elle reposera sous une des plus curieuses dalles funéraires de France.

Une œuvre exceptionnelle
La mode des gisants a fait son apparition au cours du XIIe siècle et s'est étendue dans toute la Chrétienté. Des plus modestes églises de campagne aux plus grandes cathédrales apparaissent des statues représentant des membres éminents de la société sur leur lit de mort. Rois, princes, femmes de la noblesse, grands seigneurs et plus modestes chevaliers, évêques, abbés, maîtres de commanderie sont figurés en haut-relief, couchés sur leur lit de mort, avec des détails de leur anatomie ou de leur fonction reproduits avec minutie dans des roches locales, des calcaires ou des marbres d'importation, parfois dans de la tôle de bronze. Comparé à l'immense majorité des modèles régionaux ou européens, le gisant de Pierre Pèlerin présente des singularités étonnantes.
La statue est, en effet, sculptée au fond d'une cuve de pierre. La surface externe du monument, plate, est occupée par l'épitaphe, fortement usée et porte la marque d'une profonde feuillure avec des trous de chevilles, comme si l'effigie du défunt avait été primitivement dissimulée sous un volet ou un couvercle de bois. Contrairement aux autres dalles funéraires régionales -gisants ou plates-tombes- protégées par des enfeus ou placées hors-sol sur des socles, il est possible que celle du saint-amandois est été disposée au ras du sol de l'ancienne abbatiale, ce qui expliquerait les marques d'usure constatées.
Tout aussi singulier est le commanditaire du gisant, un bourgeois saint-amandois, qui a choisi de se faire représenter vêtu de l'habit des pèlerins de Compostelle, les pieds reposant sur un couple de chiens, symbole de son appartenance à la noblesse. Ce détail n'a pas échappé aux iconoclastes révolutionnaires, qui ont mutilé cette partie de l'œuvre ainsi que le visage de l'homme, mais qui on épargné l'écusson du dais. Alors que la plupart des commentaires ne s'attachent qu'à l'aspect superficiel de la tenue vestimentaire de Pierre Pèlerin et décrivent le gisant comme celui d'un pèlerin de saint Jacques, un examen plus approfondi de la dalle funéraire délivre les indices d'une réalité beaucoup plus complexe.

Le triomphe de la bourgeoisie d'affaire
Pèlerin est un homme dont l'histoire personnelle, en l'absence de dépouillement complet des archives de son temps, demeure obscure. Nous savons que ce bourgeois contribua à la construction de la nouvelle abbaye des Carmes de Saint-Amand par don d'une partie de sa fortune, ce qui lui valu en retour le droit de se faire inhumer dans le sanctuaire abbatial, comme c'était l'usage dans les monastères depuis le Haut Moyen-âge, privilège réservé aux abbés et aux protecteurs de leurs communautés. Nous connaissons l'année de sa mort, inscrite sur l'épitaphe, mais rien de plus. Ses origines, ses alliances, sa descendance éventuelle, l'origine de sa fortune et l'emplacement de sa résidence demeurent un mystère, mais son gisant donne au moins une information exacte bien que souvent ignorée: Pierre Pèlerin est un bourgeois anobli. Comme son contemporain le berruyer Jacques Cœur, il s'est certainement servi du produit de sa réussite financière pour s'élever dans l'échelle sociale en achetant des terres anoblissantes. En ce début de Renaissance, le Boischaut abrite une multitude de petites seigneuries dont la possession donne des quartiers de noblesse à leur titulaire. Beaucoup de gens riches, complexés par la modicité de leurs origines, cherchent en ces temps à s'élever au dessus de leur condition alors que la petite et moyenne noblesse, ruinée par les désordres de la Guerre de cent ans, n'arrive plus a entretenir tous ses domaines. Une étude fine des mutations de fiefs à cette époque confirmera peut-être un jour cette hypothèse. Le changement de strate sociale s'affirme aussi, mais moins nettement, par l'écusson gravé sur dais au dessus de la tête du défunt, trois coquilles saint Jacques percées de dagues. La possession d'armoiries personnelles, quoi qu'on en pense généralement, n'est pas un privilège de la noblesse.

Des apparences qui peuvent se révéler trompeuses
Reste l'essentiel, le plus spectaculaire et d'apparence le plus évident: l'affirmation, par le costume, du statut de pèlerin. Le gisant des Carmes est vêtu d'une chemise lacée sur la poitrine et d'un long manteau de peau retournée. Sa main droite serre un long bâton, le bourdon de pèlerin et son flanc gauche porte une besace marquée d'une coquille. La valeur instructive de cette figure est incontestable et mérite amplement la place qui lui est réservée dans l'iconographie des pèlerinages médiévaux. Affirmer comme une certitude que le bienfaiteur des Carmes a lui-même fait la route de Compostelle est un raccourci tentant que n'ont pas hésité à emprunter la majorité des auteurs sur la question. Une autre approche mérite d'être envisagée.
Depuis des siècles, les croyants ont accordé une très grande valeur rédemptrice aux pèlerinages lointains. Partir sur de longues distances et affronter les obstacles pour aller prier sur les reliques d'un martyr rachetait les fautes terrestres du pèlerin dans l'attente du Jugement dernier. D'autres attitudes salvatrices étaient reconnues comme le don aux établissements religieux, l'inhumation en terre consacrée avec récitation de prières pour le remède de l'âme du défunt, la participation, physique ou financière, à une croisade....
Pour la majorité des Grands, une, voire deux de ces initiatives, étaient suffisantes pour s'assurer d'une mort sereine. Dans le cas qui nous occupe, Pierre Pèlerin aurait accumulé trois actes rédempteurs, dont deux seulement sont prouvés: la participation à la fondation des Carmes et la fondation de sa sépulture dans l'abbatiale du couvent. Une question, dans cette perspective, ne trouve pas de réponse: un bourgeois, à la tête d'une entreprise prospère, avait-il le temps de s'absenter des mois durant, pour accomplir un vœu? Contrairement à toute attente, c'est peut-être les symboles les plus évidents gravés dans la pierre qui sont les plus subtils à interpréter, ce qui n'est pas inhabituel pour l'époque.

Un rébus de pierre grandeur nature
Arrêtons nous un instant sur les valeurs de la bourgeoisie au moment où le Moyen-Âge cède, lentement dans nos régions, la place aux aspirations nouvelles de la Renaissance. Comme dans toutes les périodes de transition, les gens sont partagés entre une ancienne culture, chargée de repères immuables, comme l'obsession et la crainte de l'enfer, et des attitudes beaucoup moins modestes que par le passé. L'apparence vestimentaire et physique, l'étalage de sa fortune, l'orgueil de sa réussite font leur place, et pour longtemps, dans les codes de reconnaissance des individus. L'angoisse de tomber un jour dans l'oubli conduit les uns et les autres à laisser des traces concrètes de leur séjour terrestre. C'est là qu'intervient une coïncidence trop flagrante pour être due au hasard: Pierre Pèlerin se fait représenter dans la pierre dans une tenue de pèlerin. A la même époque, un autre berrichon, Jacques Cœur, adopte comme blason une coquille saint Jacques et un cœur. Jean, duc de Berry, joue sur l'analogie entre le mot ours en anglais, et la première syllabe du nom de son duché et la traduit dans sa célèbre devise "Ursine le temps venra". Le temps est aux jeux de mots. Le gisant du musée Saint-Vic pourrait s'ajouter à la liste de ces messages sibyllins destinés à ces êtres futurs que nous sommes. Message particulièrement efficace si l'on songe que des milliers de saint-amandois qui vécurent à son époque, Pierre Pèlerin est un des rares dont l'Histoire ait conservé le souvenir.

© Olivier Trotignon, août 2011

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23 avril 2014 3 23 /04 /avril /2014 11:49

Toury4

 

Une fois n’est pas coutume, je vais déborder au delà des limites de l’ancien diocèse de Bourges pour vous présenter un monument funéraire médiéval d’un intérêt certain.
L’été dernier, à l’invitation de la compagnie de reconstitution médiévale “Les Compagnons du Sarment d’Hypocras”*, nous avons eu l’opportunité de visiter le château de Toury, au sud-est de Moulins, dans l’Allier.
Le propriétaire de la forteresse nous a présenté une curieuse dalle funéraire de provenance incertaine, amenée il y a de nombreuses années dans la cour du château et mise à l’abri des intempéries sous un auvent discret.

 

Toury1

 

Cette plate-tombe a été taillée dans un calcaire coquiller assez rugueux. L’épitaphe est incomplète, mais situe le défunt dans la lignée des propriétaires du château (en fait, un certain Guioz, arrière-grand-père de T{hibaud?} de Toury), ce qui explique qu’elle y ait été apportée. L’ouvrage date de 1291 ou 1391 (lacune dans l’angle supérieur droit).

 

Toury3

 

Elle présente des similitudes avec ses homologues berrichonnes: défunt représenté de face, en robe, épée à ses cotés; présence d’un chien et d’anges porteurs d’encensoirs. Des différences sont aussi à noter. La silhouette chevaleresque occupe un espace réduit et latéral, la croix séparant la plaque en quatre tableaux. Le chien n’est pas sous les pieds de son maître; l’épée n’est pas à la ceinture du chevalier.
Les modifications postérieures apportées à la surface de la dalle permettent d’imaginer une partie de son histoire.

 

Toury2

 

On remarque à la fois une découpe rectangulaire et des croix de consécration aux angles de la pierre. La dalle funéraire de Toury a servi de pierre d’autel. Constatant la présence dans les environ d’une abbaye cistercienne, à savoir Sept Fonds, on peut présumer que Guioz de Toury fut inhumé dans son cloître ou son abbatiale. Comme en Berry, le monastère a été délesté d’une partie de ses pierres tombales, converties en autels pour les églises paroissiales des alentours.
Ces pierres, d’un style particulier, ont été à leur tour retirées au profit de monuments plus sobres. Quelqu’un a eu à ce moment là l’excellente idée de l’amener celle-ci à Toury, la sauvant ainsi d’un destin plus qu’incertain. N’étant pas moderniste, j’ignore complètement la chronologie des ces dernières manipulations, mais l’ampleur du phénomène a peut-être laissé des traces dans certains registres paroissiaux.

 

Toury5

 

*Les lecteurs fidèles de ce blog connaissent ma plus extrême méfiance pour les troupes dites “médiévales”, souvent ramassis de joyeux fêtards auto proclamés chevaliers de ceci ou sires de cela. Les Compagnons du Sarment d’Hypocras ont un profil qui les distingue de ces groupes aux prétentions plus étendues que leurs compétences. Ils sont de ces très rares associations que je me permets de recommander.

© Olivier Trotignon 201

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  • : Moyen-âge en Berry
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Conférences

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Dans l'objectif de partager avec le grand public une partie du contenu de mes recherches, je propose des animations autour du Moyen-âge et de l'Antiquité sous forme de conférences d'environ 1h30. Ces interventions s'adressent à des auditeurs curieux de l'histoire de leur région et sont accessibles sans formation universitaire ou savante préalable.
Fidèle aux principes de la laïcité, j'ai été accueilli par des associations, comités des fêtes et d'entreprise, mairies, pour des conférences publiques ou privées sur des sujets tels que:
- médecine, saints guérisseurs et miracles au Moyen-âge,
- l'Ordre cistercien en Berry;
- les ordres religieux en Berry au M.A.;
- la femme en Berry au M.A.;
- politique et féodalité en Berry;
- le fait religieux en Berry de la conquête romaine au paleo-christianisme...
- maisons-closes et la prostitution en Berry avant 1946 (animation réservée à un public majeur).
Renseignements, conditions et tarifs sur demande à l'adresse:
Berrymedieval#yahoo.fr  (# = @  / pour éviter les spams)
Merci de diffuser cette information à vos contacts!

Histoire locale

Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
A retrouver dans la rubrique "liens": archéologie et histoire d'un lieu-dit

L'âne du Berry


Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

Histoire et cartes postales anciennes

paysan-ruthène

 

Cartes postales, photos anciennes ou plus modernes pour illustrer l'Histoire des terroirs:

 

Cartes postales et Histoire

NON aux éoliennes géantes

Le rédacteur de ce blog s'oppose résolument aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles dans le paysage berrichon.
Argumentaire à retrouver sur le lien suivant:
le livre de Meslon: non à l'éolien industriel 

contacts avec l'auteur


J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.