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9 novembre 2014 7 09 /11 /novembre /2014 10:59

Cuffy1

 

La nature de mes recherches -l'étude des codes sociaux attachés aux noms propres du Xe au XIIIe - ne m'avait pas incité à aller visiter le site féodal de Cuffy, situé sur un plateau de la rive gauche de l'Allier dominant la région de Nevers. En effet, en plus de vingt ans de recherches et de lecture de probablement tout ce que la féodalité a produit comme écrits encore accessibles, je n'ai trouvé de seigneurs dits "de Cuffy". Quelques photographies aux proportions trompeuses signalaient l'existence d'un donjon en ruine à l'attention du public des journées du Patrimoine, rien de nature donc à mettre cet endroit dans la liste de mes priorités.
Ce lieu a attiré mon attention de manière tout à fait indirecte lors de la rédaction d'une synthèse sur une famille féodale du secteur de la Guerche, les Troussebois, connus depuis l'an 1000 et, à ce jour, dont je n'ai pas encore situé le fief principal. L'évaluation du potentiel militaire du site de Cuffy trouvait, dans cette optique, un sens. A peine sur place, l'hypothèse Troussebois passa, si j'ose dire, aux oubliettes.
Le site de Cuffy se présente en effet comme un couple défensif constitué d'une petite forteresse paléo-féodale et d'un château massif, probablement XIVe, à quelques dizaine de mètres de la défense primitive. Cette disposition rappelle d'autres ensembles castraux régionaux dont Bois-Sir-Amé, en Champagne berrichonne, dont l'organisation se rapproche de Cuffy.
Contrairement à ce qu'annonce la signalétique locale, il n'y a pas de motte castrale à Cuffy, mais une remarquable enceinte circulaire entourée de fossés humides, d'un diamètre d'une cinquantaine de mètres, semble t-il. En Bourbonnais et Berry, ce genre de défense porte souvent le nom de Châtelet, conservé dans les toponymes en Châtelux, Châteloy et autres Chatelais.

 

Cuffy2

 

Les photographies satellite montrent que cette fortification commandait un double système défensif beaucoup plus étendu, qui comprenait certainement une basse-cour à l'origine du village.
Le château monumental qui s'élève à proximité est une bâtisse très dégradée, mais qui conserve des ruines qui permettent d'en saisir l'importance passée. On est frappé par la profondeur et la largeur des fossés, semblables à ceux de Bois-Sir-Amé ou du Châtelet-en-Berry. Un grand donjon éventré, de forme carrée, occupe un des angles de la forteresse polygonale. Une autre tour carrée, ainsi que plusieurs tours circulaires, dotées de meurtrières pour armes à feu, assuraient la protection de la partie habitée.
L'absence de seigneurs de Cuffy trouve son explication dans la puissance de l'ouvrage et la proximité de Nevers. Le cartulaire du prieuré clunisien de la Charité-sur-Loire indique qu'un comte de Nevers possédait un grenier sur place en 1190 et des sources postérieures situent la forteresse dans la mouvance de cette importante maison féodale.

 

Cuffy3

 

Probablement concepteurs de la première enceinte, les Nevers ont entretenu ce lieu hautement stratégique indispensable à leur intérêts sans jamais le confier à un de leurs vassaux, ce qui explique la transparence de cette forteresse dans les chartes médiévales.

 

Cuffy4

 

Un point mérite d'être souligné, pour m'avoir étonné. Alors que souvent on est mal reçus, voire interdits d'accès, sur des sites similaires, et/ou que la végétation anarchique dissuade de tenter de faire des photos, tout est fait à Cuffy pour rendre la visite pratique et agréable. Un parking à l'entrée de la propriété, des panneaux explicatifs, un sens de visite, un accès soigneusement entretenu font de cette forteresse un lieu à recommander bien plus parlant pour des enfants que la plupart des images qu'on trouve dans les manuels qui leur sont destinés.
A découvrir.

© Olivier Trotignon 2014

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3 novembre 2014 1 03 /11 /novembre /2014 13:50

Odilon

 

J'achèverai une année riche en conférences par une ultime animation sur un thème qui attire toujours d'importantes audiences:


"Médecine, saints guérisseurs et miracles en Berry-Bourbonnais au Moyen-âge"

A l'invitation de la Coordination des Associations du Technique, j'espère vous retrouver ou vous rencontrer le
Jeudi 13 novembre 2014, à partir de 18h
IUT de l'Allier, Amphi GLT
allée J.J. Soulier, à Montluçon

l'activité (conférence et questions) ne dépassera pas les 20h; l'entrée est libre et gratuite. Par respect envers les organisateurs et le public ponctuel, l'exposé commencera à 18h précises (ouverture des portes un quart d'heure avant).
Aucune connaissance en histoire n'est requise mais trois précisions doivent être clairement signalées à votre attention:
* il ne sera pas fait état de la question des guérisseurs et rebouteux, qui ne laissent presque aucune trace dans nos sources;
* le conférencier est un enseignant qui applique les principes de la laïcité dans ses cours comme dans ses conférences: les récits de miracles sont des sources précieuses d'information, chacun reste libre d'y croire ou non;
* le conférencier est un chercheur en histoire, pas un simili-druide, gourou, chaman ou autre marchand de gris-gris ou de prières: inutile donc de faire le déplacement dans l'espoir de trouver dans ses propos quelque soulagement moral ou physique. Seuls les membres diplômés du corps médical sont compétents pour tout ce qui touche de près ou de loin à la santé des individus et des animaux. Ce principe ne souffre d'aucune exception.

Je profite de cette annonce pour vous rappeler que les conférences sont une de mes activités de médiéviste, au même titre que la rédaction de ce blog. Il ne s'agit pas de services produits par un prestataire professionnel. Leur conception est longue et soumise à de multiples modifications en fonction du secteur géographique où elles sont prévues et du public attendu. Si l'une d'entre elles vous tente, pensez à me contacter plusieurs mois à l'avance.

 

© Olivier Trotignon 2014

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19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 08:37

 

 

 

Le-Sault1Tout historien connaissant le passé médiéval du Berry a au moins une fois entendu parler de la ville de Saint-Benoît-du-Sault. Proche d'Argenton-sur-Creuse, cette petite cité médiévale a évolué autour d'un important prieuré dépendant de l'abbaye bénédictine de Fleury, aujourd'hui Saint-Benoît-sur-Loire, dans le Loiret. Cette présence monastique a attiré la générosité d'une partie de la féodalité locale, qu'il est possible d'étudier grâce aux copies des actes de dons consentis aux Bénédictins du Sault et conservées dans les archives de la grandes abbaye ligérienne.
Sur place, on ne peut s'empêcher de ressentir une forme de déception. La priorale du monastère est sobre, mais n'offre aucun relief particulier, ni mobilier, ni sculptures comparables à ce que l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire peut révéler. D'autres sanctuaires locaux, moins prestigieux, comme Gargilesse ou Saint-Marcel, consoleront l'amateur d'histoire de l'Art frustré par le dépouillement de l'église du Sault.

 

Le-Sault2

 

La ville est beaucoup plus intéressante à découvrir, et ménage plein d'excellentes surprises: maisons médiévales et Renaissance, traces de fortifications, superbes ruelles pavées de galets de rivière juste assez larges pour laisser passer un âne ou un mulet valent qu'on passe un peu de temps dans ce gros village, qui rappelle par bien des cotés certaines bourgades du Périgord ou du Quercy.
Le seul handicap dont souffre cette cité est un manque criant d'unité en matière de gestion de ce patrimoine rare en Berry. Trop de fils de téléphone pendent à des endroits inappropriés, des décors grotesques (l'idée de décorer une façade ancienne avec un pot de chambre en tôle passe mal) qui font taches sur des éléments d'architectures intacts, une multitude de petites verrues malvenues font de Saint-Benoît un lieu plein de promesses et de négligences, qu'un rien suffirait à rectifier.

 

Le-Sault3

 

Bien qu'on soit souvent pressé d'atteindre son lieu de vacances ou de séjour et que l'A20 soit la voie idéale pour ne pas perdre de temps, il me semble intéressant de faire un détour par Saint-Benoît (bien indiqué dans le sens Paris-Toulouse) pour venir découvrir cette curiosité patrimoniale.

 

© Olivier Trotignon 2014

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25 septembre 2014 4 25 /09 /septembre /2014 20:15

Mozac1

 

J’exprime tous mes remerciements au Club Historique Mozacois pour son invitation à intervenir samedi après-midi lors du colloque dont vous trouverez tous les détails dans les illustrations qui accompagnent ce billet.
Les conséquences des Croisades sur la société féodale berrichonne seront le fil directeur de mon exposé, prévu pour durer de vingt minutes à une demi-heure.
Je profite de l’occasion pour vous annoncer, dans un futur proche, la programmation d’un reportage dédié au phénomène des Croisades en Berry, sur la chaîne BIP TV. Un DVD de l’émission sera édité et disponible dans les espaces de commerce culturel habituels. Ne disposant pas encore de toutes les informations disponibles, j’éditerai en temps voulu un billet dédié à cette initiative.
Au plaisir de vous rencontrer à Mozac, près de Riom, ce samedi!

 

Mozac2

 

© Olivier Trotignon 2014

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18 septembre 2014 4 18 /09 /septembre /2014 19:37

massay1

 

Les Journées du Patrimoine qui s'annoncent seront peut-être pour vous l'occasion de venir découvrir, ou revoir, un site abbatial très intéressant du nord-ouest du département du Cher, Massay.
Bien moins connue que d'autres lieux historiques du département, cette abbaye, hélas incomplète, propose la découverte de beaux vestiges romans mis en valeur avec soin, parmi lesquels se distingue la salle capitulaire, visible de la rue.
Une des particularités de cet édifice est de mélanger dans ses voûtes des calcaires clairs et des roches chargés de minerai de fer, plus sombres et rugueuses, donnant au bâtiment soutenant l'ancien dortoir (intact mais fermé à la visite) une esthétique inhabituelle.

 

massay3

 

Bel endroit, l'abbaye de Massay est une entité monacale décevante pour les médiévistes par la pauvreté de ses archives, détruites pendant la Guerre de 100 ans. Devant la grande détresse de cette situation, la justice royale fut même contrainte en 1361 de réaffirmer d'anciens privilèges des bénédictins vivant sur place. Avec la perte de son ancien chartrier, sans doute fort riche, ont été effacées les traces des relations entre les moines et la société féodale locale, généralement riches en enseignements politiques et économiques.

© Olivier Trotignon 2014

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11 septembre 2014 4 11 /09 /septembre /2014 08:58

meeting2

 

La reprise des cours et la préparation de plusieurs animations dans les prochaines semaines m’ont laissé peu de temps pour la recherche documentaire. Ne m’en veuillez donc pas si le sujet qui suit n’a qu’un lointain rapport avec l’histoire médiévale du Berry, mais je n’ai pu résister au plaisir d’exploiter une réserve iconographique insolite.
Je reste attentif à tout ce qui concerne le château du Vernet, déconstruit juste après la Guerre de 14, qui a été l’objet de ma dernière conférence à Saint-Amand-Montrond. Il existe certainement des cartes postales rares, absentes des collections publiques - je ne suis pas moi-même collectionneur - ou des photographies privées qui pourrait révéler des détails intéressants sur cette ancienne bâtisse.

 

meeting1

 

C’est tout à fait par hasard, en consultant des sources complètement étrangères aux affaires médiévales, à savoir les avions qui évoluaient dans le ciel berrichon au début du XXe siècle, pour illustrer un article sur un autre blog, que j’ai retrouvé des traces inattendues du manoir du Vernet.
L’événement se situe avant la Grande guerre. Saint-Amand organise un meeting aérien, qui attire les photographes locaux. Ceux-ci saisissent en plein vol les avions qui évoluent au dessus du terrain d’aviation, où sont montées des tribunes pour le confort des spectateurs. Sur leurs prises de vue, discret, mais bien présent, le château du Vernet apparaît à l’arrière plan, au delà des stands et hangars.

 

meeting3

 

Anecdotiques, ces photographies ne nous apprennent pas grand chose, mais complètent le dossier qui permettra peut-être un jour de disposer de nouvelles voies d’investigation pour situer les éléments architecturaux soustraits à la vieille demeure avant sa démolition.

 

© Olivier Trotignon 2014

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30 août 2014 6 30 /08 /août /2014 08:54

Charenton

 

Rigord, chroniqueur du règne du roi de France Philippe Auguste, rapporte un fait curieux relatif à l'histoire de la seigneurie de Charenton, dans le sud de l'actuel département du Cher, dont la lecture mérite toute notre attention.
Nous ne prendrons pas le récit de Rigord au premier degré. Ce biographe du souverain capétien écrit longtemps après les faits. Dans sa mémoire, le nom que nous livrent les chartes contemporaines, Ebe de Charenton, s'est mué en "Hibon de Carentan en Berri". Son point de vue est, naturellement, subjectif, écrivant pour magnifier la mémoire du souverain. L'événement narré est, comme souvent, plus chargé d'interrogations que porteur de réponses, mais figure parmi les rares témoignages sur l'histoire d'une région sur laquelle les sources sont le plus souvent peu bavardes.
L'affaire se passe en 1179, à peine un mois après le couronnement de Philippe Auguste. Le roi de France n'a que 15 ans, et a besoin d'affirmer sa légitimité par des actes forts à la portée de ses capacités stratégiques. La plainte qui lui parvient tombe très opportunément pour une première mise en œuvre de sa politique.
Selon les clercs qui viennent implorer sa justice, le seigneur de Charenton se livrerait à des exactions contre les hommes de Dieu. La réponse du Capétien est brutale. Pour punir le fautif, il lance une chevauchée contre ses domaines, ravageant et pillant le pays jusqu'à ce qu'Ebe de Charenton se soumette à son autorité. Le chevalier berrichon, vaincu, implore la clémence du roi et jure de laisser désormais l'Eglise en paix.
Ne nous laissons pas abuser par le style de Rigord, lorsqu'il parle d'"armée formidable". Tout juste devons nous comprendre que le jeune roi a surpris ses contemporains en réunissant un ost important pour sa guerre contre Ebe. Se déplacer avec une immense armée pour punir un petit seigneur local n'aurait eu aucun sens. La chevauchée a pu paraître impressionnante aux yeux de témoins peu habitués aux lourds déplacements de forces sans pour autant engager des effectifs exceptionnels. Le récit semble souligner que la reddition du sire de Charenton n'a pas été immédiate, celui-ci s'étant certainement retranché dans sa ville ou, peut-être, dans son château-fort de Drevant, le seul, à l'époque, à être construit en pierre.
Ce court récit soulève bien des interrogations. Qui ont été les clercs lésés et à quelle occasion les violences se sont-elles produites? Le mot clerc est trop évasif pour qu'on sache s'il s'agissait de prêtres ou de moines. Les procès intentés à l'époque contre les violences chevaleresques au détriment des monastères ne sont pas rares et Ebe de Charenton, fils du fondateur de Noirlac et futur croisé, n'était pas plus vertueux que la moyenne de ses pairs.
La question principale qui reste sans réponse est la motivation des plaignants à avoir fait appel à la justice royale et pas à celle du seigneur de Bourbon, suzerain des Charenton. Deux pistes peuvent être envisagées:
- Bourbon, pour des raisons diverses, n'a pas pu, ou voulu, s'acquitter de ses obligations seigneuriales -absence, excommunication, refus de faire la guerre à un parent et vassal précieux...;
- les clercs, de leur propre initiative ou conseillés par des religieux proches du pouvoir capétien, se sont tournés vers un roi fraîchement oint qui avait besoin de marquer les esprits par une victoire militaire précoce -l'expédition de Charenton, nous l'avons vu, survient un mois après le couronnement de Philippe Auguste. Ce raid occupe une position-clé dans le programme politique du jeune souverain, qui affirme son rôle de protecteur de l'Eglise, se pose comme chef militaire, en revient auréolé du prestige des vainqueurs, et affermit l'autorité de la monarchie capétienne, établie à Bourges et à Dun-le-roi depuis Philippe Ier, sur un vaste périmètre situé au sud de ses domaines, entre la plaine de Bourges et la seigneurie de Bourbon.
Ebe de Charenton n'a certainement pas été le pire des hommes de son temps. Il a juste eu le tort de commettre ses coupables excès à un très mauvais moment. Ce qui aurait pu se régler par quelques dons pieux s'est mué, de façon inattendue, en instrument de la propagande capétienne.

© Olivier Trotignon 2014

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24 août 2014 7 24 /08 /août /2014 18:58

manoir du Vernet

 

Fin juin 2014, je présentais devant une centaine d'auditeurs les conclusions de mon enquête sur la mystérieuse disparition, dans le premier quart du XXe siècle, d'un manoir datant de la fin de l'époque médiévale, le château du Vernet, que les lecteurs de ce blog connaissent bien maintenant.
Afin de permettre à tous ceux qui étaient absents à cette conférence d'avoir accès à un résumé de l'argumentaire présenté lors de cette soirée donnée au profit de l'antenne locale de la Croix-Rouge, j'ai jugé utile de mettre en ligne quelques observations pouvant aider le lecteur à se faire une opinion sur ce curieux dossier.
Il faut tout d'abord se faire une raison: malgré la rumeur qui a couvé dans quelques cercles locaux réputés érudits pendant des décennies, il n'existe aucune trace du château du Vernet en Amérique du Nord. Que ça soit au célèbre Hammond castle, dans des propriétés publiques ou privées, entier ou en fragments architecturaux, le Vernet est introuvable aux USA.
On observera que les dimensions réduites de la bâtisse médiévale se serraient mal accordées avec le mode de vie américain de l'entre-deux-guerres, plus porté sur des bâtiments clairs et spacieux que sur des demeures exiguës et peu confortables comme l'était le petit manoir de Saint-Amand.
Plus gênant encore pour les partisans inconditionnels de la transition de notre patrimoine local vers le Nouveau monde encore que l'absence de vestiges outre-Atlantique, un argument décisif balaie, comme nous l'avons vu, quasi-définitivement le mythe du château en Amérique. Le dit château, en effet, étant encore debout, certes partiellement ruiné, entre les deux guerres!
Plusieurs photographies d'époque, dont une carte postale conservée dans les collections municipales, montrent en effet le manoir fort dégradé, mais toujours en place dans la plaine du Vernet, bien après sa déconstruction présumée. Une simple lecture un peu attentive de ces photos prouve que seuls quelques éléments architecturaux ont été soustraits: toiture principale, poutres de charpente, cul de lampe, lucarnes, porte blasonnée et cheminées, soit des pierres et des bois faciles à transporter et à revendre. Sont restés bien en place: l'escalier menant aux deux étages, les fenêtres, les latrines, les meurtrières à mousquets, les pierres de chaînages, la toiture de la tour d'escalier, l'ancienne porte de pont-levis, sur un bâtiment encore à 80% intact quand les photographes l'ont approché.
Ceci tord définitivement le cou, à mon sens, à cette plaisante légende du petit château berrichon, ou bourbonnais, peu importe, reconstruit pierre par pierre aux Etats-unis.
Nous supposons donc, et, dans ce cas, seule une recherche dans les archives municipales permettrait d'éclaircir ce point, que les ruines ont été rasées au moment où la mairie de Saint-Amand-Monrond a fait aménager toute la parcelle comprenant l'emplacement du manoir en espace sportif. A cette occasion, les gens du voisinage seraient venus s'approvisionner en belles pierres, que l'on retrouve aujourd'hui insérées dans divers bâtiments proches du château: éléments d'ouvertures XVe moulurés, meurtrières identiques à celles visibles sur les latrines et sans doute d'autres aménagements invisibles depuis la rue.
Pour être complet sur le sujet, il faut aussi signaler qu'aucune des belles pierres soustraites au vieux manoir n'a pour l'instant, hormis les éléments cités précédemment, été identifiée. Peut-être certaines d'entre elles ont bien pris le bateau à Saint-Nazaire pour aller orner quelque belle demeure américaine. Peut-être sont-elles scellées dans des propriétés à quelques kilomètres à peine de Saint-Amand.
Si la légende a fait place à la raison historique, le dossier du Vernet n'est pas prêt, et certainement encore pour très longtemps, d'être définitivement refermé.

© Olivier Trotignon 201   

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2 août 2014 6 02 /08 /août /2014 09:33

Sainte-Sévère-porche

 

Quand on chemine dans les rues de Sainte-Sévère, dans le département de l'Indre, notre attention est attirée par la silhouette d'une haute tour aux deux tiers effondrée et de quelques beaux vestiges de fortifications urbaines. Si cette petite cité a décidé de fonder sa réputation sur le personnage du facteur du film "Jour de fête", de Jacques Tati, elle n'oublie pas complètement d'anciennes gloires guerrières qui vinrent, en 1372, au nom du roi de France, reprendre la ville aux Anglais.

 

Sainte-Sévère-porte

 

La Chronique du bon duc Loys de Bourbon, par Jean d'Orronville, décrit la stratégie adoptée de l'armée française pour réduire la place.
Dans cette campagne qui visait la reconquête de la Guyenne, en passant pas Poitiers, la forteresse de Sainte-Sévère représentait un embarras certain pour les Français. Même si elle ne présentait pas un verrou infranchissable vers l'Ouest, cette cité abritait un contingent ennemi suffisamment solide pour mener à l'arrière des coups de main meurtriers. Sa prise fut donc jugée essentielle et confiée à trois grands capitaines: le connétable du Guesclin, Louis, duc de Bourbon et le comte Louis de Sancerre qui choisirent, explique la chronique, une tactique payante. Au lieu de forcer le rempart berrichon en un seul point par une attaque massive, chaque capitaine fit monter son contingent à l'assaut en trois points séparés, afin de diviser les forces de l'adversaire. Des échelles et du matériel de mine furent mis en œuvre. Fruit du hasard ou de la bravoure particulière des Bourbonnais, ce sont les hommes du duc de Bourbon qui accrochèrent le plus sévèrement l'Anglais et purent s'infiltrer les premiers dans la place. Dépassés, les défenseurs cherchèrent à résister dans la tour dont on voit aujourd'hui le tronc qui domine la campagne (la motte est même citée par le chroniqueur) avant de succomber. Seule une poignée d'hommes fut épargnée, les autres étant déterminés à combattre jusqu'à la mort.
Même si l'ancienne motte et le pied du donjon sont presque invisibles à cause de la végétation qui couvre le site, je pense que les personnes qui s'arrêteront à Sainte-Sévère ne perdront pas leur temps.

 

Sainte-Sévère-tour

 

© Olivier Trotignon 2014

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28 juillet 2014 1 28 /07 /juillet /2014 10:15

sceau-Bourges

 

Cette petite région que fut le diocèse de Bourges avant que soient tracées les limites entre les duchés de Berry et de Bourbonnais a t-elle eu une influence sur l’évolution globale de la société médiévale? A l’exception de Bourges, ville archiépiscopale vicomtale, puis royale, dont le nom revient le plus dans les chroniques d’époque, il semble que le reste de la région n’ai guère produit de phénomènes originaux propre à inspirer les grand esprits de ce temps.
A part quelques foyers de peuplement un peu plus denses, une grande partie du territoire régional survit dans un état de sous-population qui ne se corrige que lentement au cours des XIIe et XIIIe siècles. A part quelques mines et carrières, le sous-sol, pourtant riche en fer, est peu exploité. Aucun grand axe naturel de circulation n’égale la Loire, qui ne fait que frôler le pays, et les autres fleuves, sans être déserts, n’offrent que des possibilités navigables limités.
A part quelques rares féodaux qui inscrivent leurs noms sur des champs de batailles extérieurs, les seigneurs berrichons sont peu connus des historiens, à part lorsque les rois de France viennent, à leurs dépends, rétablir l’ordre sur leurs domaines.
Sur le plan monastique, la région adopte des modèles produits essentiellement en Bourgogne et Limousin (Cluny, Cîteaux, Grandmont...). Il faut attendre la fin de la période médiévale pour voir un Ordre féminin, l’Annonciade, au rayonnement limité, écrire sa propre règle sous l’inspiration de la duchesse Jeanne de France. Les quinze abbayes cisterciennes recensées dans le diocèse n’essaiment pas, ou peu. Seule Fontmorigny a autorité sur une filiale dans les régions du Nord, l’abbaye des Dunes. Les grands monastères de Déols et Saint-Sulpice de Bourges possèdent des dizaines de prieurés, dont plusieurs hors des limites du diocèse, mais elles ne sont pas connues pour avoir hébergé d’ateliers artistiques ou de lieux d’enseignement spirituel exceptionnels.
L’archevêché de Bourges se distingue donc dans un ensemble assez terne, mais la présence sur son siège de plusieurs prélats nés dans des familles régionales, comme Bourbon et Sully, prouve aussi qu’il a été assez peu convoité.

© Olivier Trotignon 201

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Présentation

  • : Moyen-âge en Berry
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Conférences

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Dans l'objectif de partager avec le grand public une partie du contenu de mes recherches, je propose des animations autour du Moyen-âge et de l'Antiquité sous forme de conférences d'environ 1h30. Ces interventions s'adressent à des auditeurs curieux de l'histoire de leur région et sont accessibles sans formation universitaire ou savante préalable.
Fidèle aux principes de la laïcité, j'ai été accueilli par des associations, comités des fêtes et d'entreprise, mairies, pour des conférences publiques ou privées sur des sujets tels que:
- médecine, saints guérisseurs et miracles au Moyen-âge,
- l'Ordre cistercien en Berry;
- les ordres religieux en Berry au M.A.;
- la femme en Berry au M.A.;
- politique et féodalité en Berry;
- le fait religieux en Berry de la conquête romaine au paleo-christianisme...
- maisons-closes et la prostitution en Berry avant 1946 (animation réservée à un public majeur).
Renseignements, conditions et tarifs sur demande à l'adresse:
Berrymedieval#yahoo.fr  (# = @  / pour éviter les spams)
Merci de diffuser cette information à vos contacts!

Histoire locale

Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
A retrouver dans la rubrique "liens": archéologie et histoire d'un lieu-dit

L'âne du Berry


Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

Histoire et cartes postales anciennes

paysan-ruthène

 

Cartes postales, photos anciennes ou plus modernes pour illustrer l'Histoire des terroirs:

 

Cartes postales et Histoire

NON aux éoliennes géantes

Le rédacteur de ce blog s'oppose résolument aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles dans le paysage berrichon.
Argumentaire à retrouver sur le lien suivant:
le livre de Meslon: non à l'éolien industriel 

contacts avec l'auteur


J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.