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15 juin 2018 5 15 /06 /juin /2018 19:27

 

 

Connu essentiellement dans la Marche et dans les Charentes, le mouvement qui a poussé certaines communautés villageoises et urbaines à édifier ces curieux édifices que sont les lanternes des morts a dans une moindre mesure concerné le Berry. De la vallée du Cher à celles de l’Indre et de la Creuse, ce sont plusieurs monuments qui peuvent être comptés, de volumes et de formes variables. Après avoir consacré plusieurs billets à ces édicules funéraires, il me restait à vous présenter un dernier monument, la lanterne des morts de Saint-Genou, dans l’Indre.

Cet élément architectural se trouve assez loin du centre du village et de la belle abbaye bénédictine qui y était établie, témoignant de la présence d’un cimetière disparu de nos jours. Cette situation n’a rien d’original et se retrouve dans d’autres sites tant berrichons que marchois, limousins ou charentais. Cette lanterne se distingue de ses semblables par l’hétérogénéité de ses parements. De sa base à son sommet, ce ne sont pas moins de cinq appareils différents qui la composent. Sur un socle assez grossier repose une section octogonale allant en se rétrécissant faite de pierres de taille ménageant une ouverture vers le centre de la colonne, à laquelle succède une longue partie cylindrique beaucoup plus rustique, soutenant la lanterne proprement dite, plus soignée, coiffée d’un massif de maçonnerie informe sur lequel est scellé un vestige de croix métallique.

 

 

Cet alternance est d’autant plus surprenante que l’évidement central, par lequel on manipulait le fanal, semble homogène à première vue. Une inspection minutieuse des mortiers jointoyant les pierres serait sans doute plus concluante.

 

 

La lanterne des morts de Saint-Genou ne se trouve qu’à quelques minutes de l’axe Tours - Châteauroux et est correctement indiquée à partir de la route principale. Sa visite, couplée avec celle des restes de l’abbatiale bénédictine à quelques centaines de mètres, mérite qu’on s’y attarde.

 

© Olivier Trotignon 2018

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15 mai 2018 2 15 /05 /mai /2018 13:55

 

Permettez moi de vous proposer de venir, dimanche 27 mai 2018, à partir de 16 heures, découvrir ma nouvelle conférence, inédite, sur l'art funéraire médiéval en Berry, au prieuré d'Allichamps, entre Bruère-Allichamps et Châteauneuf-sur-Cher.

Cette animation, riche en images du patrimoine régional, est l'aboutissement d'un projet lancé  à la fin de l'été dernier par les Amis du Prieuré d'Allichamps, qui gèrent et animent ce site roman exceptionnel. Gisants, dalles funéraires, sarcophages reliquaires, lanternes des morts et autres croix de cimetières, tous accessibles dans des lieux publics, sont au programme de cet exposé. 

Pratiquement, la conférence est ouverte à toutes et tous et ne nécessite aucune connaissance particulière en histoire. La prieurale est accessible aux personnes à mobilité réduite et les véhicules trouveront assez facilement à se garer sur le site. La durée de l'animation ne dépassera pas une heure et demi; comme toujours quand j'aborde des thèmes en relation avec le fait religieux, les règles de la laïcité seront strictement respectées. Pour permettre un bon repérage des œuvres dans l'espace régional, un document sera disponible à l'entrée, tout près de l'urne où vous pourrez, si la conférence vous a plu, laisser votre obole au profit de l'entretien du prieuré. L'entrée, j'ai omis de le préciser, sera libre et gratuite.

Un grand merci aux Amis du Prieuré d'Allichamps pour leur invitation et leur investissement, et au plaisir de vous y voir et certainement vous y revoir!

 

 

© Olivier Trotignon 2018

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28 avril 2018 6 28 /04 /avril /2018 10:20

Tandis que je préparais ma maîtrise d’histoire médiévale, au milieu des années 80, j’avais eu la chance de rencontrer Pierrette Dubuisson, éminente linguiste régionale qui, la première, m’avait fait remarquer la présence de fossiles toponymiques d’une langue ancienne apparentée à l’Occitan, très au nord de la zone où les chercheurs placent le contact entre les parlers du Nord et ceux du Sud. Depuis, les recherches entreprises par d’autres linguistes – je pense en particulier à ma camarade d’université Guylaine Brun-Trigaud – ont mis en lumière l’existence d’une vaste aire s’étendant du Bourbonnais aux Charentes où était communément parlé le Marchois, une langue originale proche des dialectes occitans. Si les enquêtes auprès d’anciens locuteurs ont permis de situer avec une certaine précision la limite entre cette langue et les parlers berrichons à l’époque contemporaine, le dessin de cette limite à l’époque médiévale n’est fait que d’hypothèses. Un toponyme facile à identifier, le mot « puy », peut permettre d’affiner notre perception de ce phénomène.

 

Du latin « podium », ce mot est aujourd’hui décliné en France méridionale sous plusieurs orthographes. En Berry, aux lisières de la Marche, nous connaissons le terme « peu », qui rivalise avec « Puy » tout en étant bien reconnaissable mais plus on se dirige vers le nord, plus le mot se déforme jusqu’à s’effacer. Je relève des « pieds » (le Pied de Coust, à Coust, dans le Cher et le Pied de Nid, près de Saint-Bonnet-Tronçais, dans l’Allier) associés à des reliefs qui feraient sourire un montagnard, mais qui saillent dans le paysage. Dans la vallée de la Marmande, deux lieux-dits voisins, le Piot-Doux et le Piot-Gré, sont de mauvaises transcriptions phonétiques d’un Puy-Audoux et d’un Puy-au-Grés, les topographes ayant rencontré quelques soucis avec la prononciation des gens du pays.

 

 

Nous sommes là à la frontière géologique avec le Bassin parisien. La grande cuesta qui le limite au sud pourrait bien être la ligne de démarcation entre les deux espaces linguistiques que nous cherchons. Pourtant, la possible similitude entre la frontière des dialectes et des paysages fait long feu pour un peu qu’on s’attarde sur des indices livrés par des actes médiévaux.

J’avais, il y a longtemps, repéré deux noms de lieux aujourd’hui disparus des cadastres, mais bien connus au XIIIe siècle, Puy-d’Habert, près de Bruère-Allichamps et Puy-David, siège de la léproserie de Châteauneuf-sur-Cher. L’ancien archiviste Hippolyte Boyer, dans son Dictionnaire topographique du département du Cher, avait fait, lui, une moisson beaucoup plus riche et surtout très instructive.

Restant au sud d’une ligne médiane passant par Bourges, nous trouvons d’anciens puys vers Lignières, Civray ou encore Ourouër-les-Bourdelins, mais son inventaire concerne aussi le Nord du département, sur trois secteurs géographiques distincts.

Dans les alentours de Bourges, Saint-Doulchard, Saint-Palais, Quantilly, Vasselay ou encore Ivoy-le-Pré apparaissent dans l’inventaire.

La région de Vierzon, dont Vierzon même, plus Cerbois, Vouzeron, Massay et Nohant-en-Graçay connaissait des toponymes en « puy ».

Encore plus au Nord du département, dans les reliefs bien marqués du Pays-fort et du Sancerrois, des puys médiévaux sont signalés sur les communes de Jars, du Noyer et de Barlieu, la paroisse la plus septentrionale de notre liste.

 

Si on résume la situation, les puys sont fréquents en Bourbonnais et en Marche berrichonne, deviennent presque méconnaissables en Boischaut et disparaissent presque totalement de la toponymie contemporaine en Champagne berrichonne et en Haut-Berry, mais étaient bien présents au Moyen-âge lorsque la plupart des textes qui nous restent ont été composés (soit entre le XIe et le XIIIe). Hasard des dates ou relation étroite entre les deux évolutions historiques, c’est également à cette période que la monarchie capétienne assure son emprise politique sur la région, à partir des achats de villes et de terres conclus par le roi Philippe premier. Il faudrait bien entendu élargir l’observation à d’autres indices linguistiques, mais il semble que les parlers méridionaux sur lesquels se penchent mes consœurs et confrères linguistes aient couvert une zone beaucoup plus étendue qu’on se la représente généralement, avant de céder la place aux dialectes du Nord portés par une monarchie conquérante.

extraits de cartes topographiques: site Géoportail

 

© Olivier Trotignon 2018

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8 avril 2018 7 08 /04 /avril /2018 19:45

Il y a quelques années, nous avions ensemble approché la petite forteresse de la Bruyère-l’Aubespin, au sud du massif de Tronçais, dans l’Allier, site d’une courte bataille. Reprenant la place à des routiers à la solde de l’Angleterre, une troupe fidèle aux intérêt du duc Louis de Bourbon avait mené le premier combat important d’un épisode guerrier de plusieurs mois : le siège de Belleperche.

A une quarantaine de kilomètres de là, sur la rive gauche de l’Allier, commença, presque au même moment, une bataille visant à reprendre une grande et belle forteresse bourbonnaise, le château de Belleperche (aujourd’hui intégralement détruit), investi par ruse par d’autres routiers, compagnons de ceux ayant capitulé à la Bruyère. Dans cette place-forte résidait Isabelle de Valois, belle-mère du roi Charles V et mère de Louis de Bourbon. Cette otage de très haut rang représentait une prise de guerre précieuse pour les mercenaires alliés des Anglais.

La bataille, comme les chroniqueurs contemporains nous le racontent, tourna court. Bien que soumise à un pilonnage sévère, sans doute à l’aide de trébuchets et d’arbalètes géantes, la place demeura imprenable. Battu sur ce point, le duc de Bourbon dut se résoudre à engager un siège, en pleine campagne et aux prémices de l’hiver, situation inconfortable et stratégiquement fragile. Le duc Louis ordonna donc la construction d’un camp de fortune, pour mettre ses vassaux et soldats, ainsi que son matériel de siège, à l‘abri derrière un rempart de terre et de bois. Si l’emplacement de Belleperche ne fait aucun mystère, celui du refuge hivernal de l’ost bourbonnais reste, à ma connaissance, l’un des points d’interrogation de cette histoire.

Voici, néanmoins, quelques arguments qui pourraient aider à préciser sa situation.

A la lecture des récits des chroniqueurs Jean Froissard et Jean Cabaret d’Orville, bien analysés dans sa thèse par le chercheur Olivier Troubat, Louis de Bourbon aurait fait fortifier à la hâte un réduit défensif d’une dizaine d’hectares, clos par une palissade précédée par un petit fossé. On ignore la forme de l’ensemble.

 

 

Afin d’éviter d’être exposés aux tirs ennemis partant des murailles de Belleperche, les Français choisirent d’éloigner leur retranchement, tout en restant à une distance suffisante pour surveiller une éventuelle sortie des routiers. Nous ne disposons d’aucune autre mesure que la superficie du camp.

La toponymie, ainsi que la photographie satellite nous livrent, toutefois, quelques indices qui,sans apporter de preuve déterminante, peuvent être envisagées comme points de départ.

Nous remarquons tout d’abord un toponyme intéressant, dit « Le champ soudard », peut-être en souvenir des troupes à pied ayant campé sur place.

A l’ouest, les relevés topographiques et les clichés verticaux montrent un curieux mitage forestier, alors que, dans l’ensemble du massif de Bagnolet présente des lisières régulières. Si on se souvient que la palissade du camp bourbonnais a pu mesurer plus de 1300 mètres, en partant d’un chiffre moyen de cinq pieux au mètre, on peut évaluer les besoins du génie bourbonnais à 6500 pieux, soit près de 3000 petits arbres abattus dans la forêt la plus proche. Les retraits forestiers et clairières visibles par satellite ne sont qu’à quelques minutes du Champ soudard.

 

 

Une parcelle particulièrement attire notre attention. Un vaste polygone d’une superficie d’une dizaine d’hectares, compatible avec les mesures (mais sont-elles fidèles à la réalité ?) données par les chroniqueurs médiévaux est situé juste en face de l’ancienne porte de Belleperche. C’est également face à cette porte que le polygone offre son coté le plus court. Stratégiquement, présenter une façade réduite aux tirs adverses serait le meilleur des choix qu’un militaire puisse faire.

Entendons nous bien : cette hypothèse est seulement académique, et ne repose que sur un faisceau d’indices concordants. Ces champs sont en plus des propriétés privées, et il n’est pas dans mon intention de me livrer à une prospection sauvage, même à vue, de cet emplacement intrigant. Il reste, ceci dit, certain que la confrontation entre les archives et les textes médiévaux et les méthodes d’investigation de l’archéologie contemporaine est un domaine très prometteur.

 

© Olivier Trotignon 2018

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15 mars 2018 4 15 /03 /mars /2018 08:15

 

Bien que le bas Moyen-âge ne soit pas une période dans laquelle je me sente à l'aise, ayant pour habitude de travailler sur des siècles antérieurs, j'ai accepté avec enthousiasme l'invitation de la Fédération des Chemins de la guerre de Cent ans à participer à son prochain colloque.

Ma communication portera sur une série d'événements ayant agité le nord du Bourbonnais dans la seconde moitié du XIVe siècle et ayant concerné les forteresses de Belleperche et de la Forêt-l'Aubespin.

Vous trouverez en bas de page une partie des informations utiles pour assister à cette journée.

 

 

Tous les textes et les illustrations sont extraits du programme détaillé disponible sur le site de l'association organisatrice.

 

Au plaisir de vous y rencontrer!

 

© Olivier Trotignon 2018

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3 février 2018 6 03 /02 /février /2018 17:34

Il est toujours plaisant, quand on est historien, d’exposer au public le fruit de ses recherches. C’est pourquoi je vous donne rendez-vous, dimanche 25 février, à partir de 16 h 30, à la maison des Chaumes, place du champ de foire, à Ainay-le-Château.

J’y présenterai une de mes premières conférences, complètement réécrite pour l’occasion, consacrée à: 

 

la place de la femme dans la société médiévale en Bourbonnais, en Berry et ailleurs.

 

Comme lors de mes trois précédentes animations dans cette cité fortifiée médiévale, l’entrée est libre (une participation, toute aussi libre, aidera les organisateurs à couvrir les frais de publicité). L’accès est facile : grand parking et local pouvant recevoir les auditeurs à mobilité réduite. La durée de mon intervention – hors questions – sera d’une heure trente environ.

N’hésitez pas à partager auprès du plus grand nombre possible de vos contacts et amis cette information.

Merci à la municipalité d’Ainay-le-Château et à Nathalie Pasquier, responsable de la médiathèque, pour leur invitation.

Au plaisir de vous rencontrer et pour certaines et certains, de vous retrouver dans quelques jours.

 

© Olivier Trotignon 2018

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19 janvier 2018 5 19 /01 /janvier /2018 19:12

 

Il existe, dans la vallée de l’Arnon, un intéressant monument assez peu connu du grand public, qui devrait ravir les amateurs d’architecture médiévale souterraine. Sous l’église de Saint-Hilaire-en-Lignières se trouve une des rares cryptes, ou plutôt églises basses, du Sud du Berry. De dimensions assez modestes, cet espace témoigne d’une conception soignée servie par une réalisation assez rustique. Si le volume lapidaire, taillé dans un calcaire assez fin, prouve le soin avec lequel les carriers médiévaux ont exécuté leur commande, on note des épaisseurs de joints et surtout une certaine maladresse dans la garniture des voûtes qui laissent imaginer le mal qu’ont eu les maçons de l’époque à assembler les volumes attendus.

 

 

Cette église basse n’échappe pas au modèle convenu: le déambulatoire est dépouillé, à quelques figures près, des ornements qui font le charme et l’intérêt des nefs de l’étage supérieur. La lumière du jour n’y parvient que par

de rares ouvertures.

 

 

Les photographies qui illustrent ce billet ont été prises à la faveur des Journées du Patrimoine 2015. J’ignore si ce lieu de culte est facilement ouvert au public, et ne peux vous recommander de vous y rendre sans vous être informés au préalable de la liberté de son accès. 

Dans le cadre d’une visite thématique, l’église de Condé, dans le Cher, celles de Saint-Désiré et Domérat, dans l’Allier, l’abbatiale de Plaimpied et même la priorale d’Allichamps (si sa crypte minuscule est accessible), à nouveau dans le Cher, sont des sanctuaires situés à des distances raisonnables de Saint-Hilaire.

 

 

© Olivier Trotignon 2018

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27 décembre 2017 3 27 /12 /décembre /2017 16:56

Je profite de cette période de fêtes pour évoquer le choix qu’ont fait deux abbayes cisterciennes du Berry, Fontmorigny et Noirlac d’ouvrir, cet automne, leurs celliers à des marchés dits « monastiques ». Dans ces lieux d’une qualité patrimoniale rare et dans d’excellentes conditions d’accueil a été proposé au public un assortiment de denrées (victuailles, cosmétiques, alcools, artisanat…) produites par des communautés monastiques ou ayant été produites par des laïcs dans des bâtiments dépendants d’anciens monastères.

Si ce genre de manifestation attire d’inévitables critiques - entrée payante à Noirlac (2 € seulement, compensés par l’accès gratuit à l’ensemble de l’abbaye), prix assez élevé de certaines marchandises…, personne ne se serait essayé à se plaindre de la qualité des productions monastiques et apparentées. Certains stands se sont même retrouvés à cours de réserve dès la fin de la première journée.

Indépendamment du fait que je salue tout ce qui peut rapprocher le public du patrimoine régional, j’ai relevé quelques points intéressants qui méritent d’être soulignés.

Ces marchés n’ont, d’abord, rien de confessionnel. A Noirlac, le lycée des Métiers Jean Guéhenno, établissement public, était associé à la manifestation.

Ils sont en plus l’excellente occasion de découvrir une facette méconnue de certains terroirs. A Fontmorigny était en vente un vin de l’abbaye du Barroux, récolté dans le massif du Ventoux, sans comparaison avec les crus distribués en grande surface. De jeunes producteurs de champagne de l’Aube étaient présents pour expliquer, autant que vendre, les fruits de leur récolte. On apprécie, là, l’aspect « circuit court » de certaines productions, qui touchent directement le public sans s’embarrasser d’une pléthore d’intermédiaires.

S’ajoute enfin le caractère inimitable de l’ambiance, feutrée, des croisées d’ogive des celliers cisterciens, à laquelle aucun amateur de patrimoine médiéval n’a la force de résister.

Merci à m. et mme Mangeot, propriétaires du site de Fontmorigny, pour leur accueil, comme toujours, plein de chaleur.

Bonnes fêtes à toutes les lectrices et tous les lecteurs de Berry médiéval.

 

© Olivier Trotignon 2018

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8 décembre 2017 5 08 /12 /décembre /2017 18:34

A l’entrée du cimetière de Saint-Léopardin d’Augy, dans le bocage bourbonnais, s’élève un beau portail roman, ultime vestige d’un très intéressant monastère dont l’histoire a retenu toute notre attention.

Le village de Saint-Léopardin se situe au cœur du domaine de la première famille de Bourbon, à proximité de Moulins, Bourbon-l’Archambault et de la vallée de l’Allier. Son prieuré, cité pour la première fois en 1040, a disparu pour être remplacé par une église moderne. Seul le portail d’origine a échappé à la destruction. Démonté, il a été replacé à l’entrée du cimetière. D’un style conforme à celui des autres édifices religieux romans de la contrée, il permet, par ses dimensions, d’apprécier l’importance de l’ancienne priorale désormais effacée du paysage. Si le bâtiment est irrémédiablement perdu, une partie de son histoire nous est connue grâce au cartulaire de l’abbaye dont il dépendait, le monastère bénédictin de Saint-Sulpice de Bourges.

Le prieuré de Saint-Léopardin est bien antérieur à sa première occurrence dans la documentation régionale. Une charte de 1040 nous apprend qu’il y avait déjà des moines sur place, et que le prieuré était connu sous le nom de Vivaris (du Vivier), lorsque s’y tint une intéressante cérémonie, dirigée par l’archevêque de Bourges Aymon, en présence de son frère aîné, Archambault de Bourbon, donateur de nombreux droits et terres au bénéfice des religieux de Saint-Léopardin. Avec toute la solennité qui convenait à cet instant fut déterré le corps de saint Léopardin, sans doute pour être déposé dans un reliquaire accessible à tous, peut-être identique à celui de saint Menoux, encore visible à quelques lieues du prieuré berrichon.

Il est impossible, faute d’éléments textuels ou archéologiques, de préciser l’époque de fondation de ce prieuré de moines berruyers rassemblés autour des reliques de Léopardin. Sachant que d’autres actes du cartulaire de Saint-Sulpice situent des dons initiaux à l’établissement de prieurés dès l’époque carolingienne, très fertile en actes de piété de cette nature, il est loin d’être impossible que les Bénédictins de Bourges aient été présents dans la vallée de l’Allier avant le temps des invasions scandinaves et hongroises. L’initiative de l’archevêque Aymon, elle, s’inscrit parfaitement dans ce renouveau spirituel que fut la réforme grégorienne, qui marqua tant le temps du prélat.

 

 

Une question se pose : qui fut Léopardin ? Le hiatus documentaire qui s’attache à sa personne ne permet d’échafauder que des hypothèses tirées du contexte historique particulier dans lequel s’est développée cette partie du futur Bourbonnais. Rappelons que deux autres saints, dont les reliques étaient réputées être miraculeuses, attiraient les pèlerins dans la même région : Patrocle (étudié il y a quelques semaines, voir les articles précédents) et Menoux, cité plus haut. Ce secteur du Bourbonnais est aussi très marqué par la pratique du grattage des pierres des églises, dont nous avions évoqué l’importance il y a plusieurs années, avec une possible relation avec la présence de reliques dans les lieux de culte concernés. Léopardin, auquel l’archevêque de Bourges accorde tant d’importance peut avoir été un anachorète dont la sépulture aurait attiré la piété des habitants de la contrée ou même de pèlerins venus d’au delà des limites du Berry.

Un denier détail historiographique : Mabillon, qui avait eu le texte en main, estimait en son temps que le mot Prioratus aurait été employé pour la première fois à Saint-Léopardin dans le sens, bien connu, de prieuré. D’autres latinistes ont sans doute réussi à remonter ailleurs plus loin dans la chronologie, mais l’information est assez curieuse pour être rapportée.

 

© Olivier Trotignon 2017

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2 décembre 2017 6 02 /12 /décembre /2017 11:12

En début de semaine, le compteur de ce blog a enregistré la 250.000ème visite et, manifestement quelque temps avant, le demi-million d’articles et de pages ouverts (et, j’espère, lus) depuis sa création en 2008.

Je ne m’intéresse pas assez au sport et au jeu pour me vanter de ces chiffres, mais je suis tout de même assez content d’avoir réussi à partager une partie de mon travail de recherche avec un nombre de lecteurs aussi large venant d’horizons aussi variés, ainsi que le montre le petit planisphère figurant ci-dessous.

 

Rappelons ce qu’est le « projet » Berry médiéval. Au début, ce blog était conçu pour permettre aux auditeurs de mes conférences de trouver des sources facilement accessibles. Très vite, j’ai décidé d’y ajouter des éléments épars collectés au cours de mes recherches de Doctorat, sans utilité pour la rédaction de ma thèse. Les retours en majorité positifs m’ont encouragé à prolonger l’expérience.
Rappelons aussi ma méthode de travail. Historien totalement indépendant (et, du fait, complètement isolé), je m’appuie uniquement sur la lecture et l’analyse de textes médiévaux et sur des sources archéologiques vérifiées pour rédiger mes articles. Techniquement, je ne dispose que d’un antique Imac pour la retouche photo et le dessin de cartes, d’un petit APN tout terrain, de cartes IGN et d’un accès Internet. Tous les articles sont autographes. Le choix des sujets dépend de mes déplacements, de mes lectures et même des questions posées par des auditeurs lors de mes animations. Je n’ai aucun scrupule à contredire des affirmations héritières de vieux postulats éculés, quand les sources le permettent. Je sais que cette remise en question d’informations périmées n’est pas du goût de certains de mes détracteurs, plus habitués qu’ils sont à recopier et s’approprier des données dont certaines remontent au Second Empire qu’à feuilleter des cartulaires ou des rapports de fouilles.

Ethiquement, bien qu’ancré dans un terroir à l’identité forte, Berry médiéval n’a rien d’un blog identitaire. Je m’efforce d’y mettre en lumière une tranche d' histoire régionale, à l’usage de toutes et tous, pas d’y cultiver une forme de chauvinisme qui transpire dans les propos de certains pseudo-historiens.

L’expérience est donc prévue pour durer. De nouveaux rendez-vous sont pris pour 2018 et 2019. Merci pour votre fidélité !

 

© Olivier Trotignon 2017 

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  • : Moyen-âge en Berry
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Conférences

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Dans l'objectif de partager avec le grand public une partie du contenu de mes recherches, je propose des animations autour du Moyen-âge et de l'Antiquité sous forme de conférences d'environ 1h30. Ces interventions s'adressent à des auditeurs curieux de l'histoire de leur région et sont accessibles sans formation universitaire ou savante préalable.
Fidèle aux principes de la laïcité, j'ai été accueilli par des associations, comités des fêtes et d'entreprise, mairies, pour des conférences publiques ou privées sur des sujets tels que:
- médecine, saints guérisseurs et miracles au Moyen-âge,
- l'Ordre cistercien en Berry;
- les ordres religieux en Berry au M.A.;
- la femme en Berry au M.A.;
- politique et féodalité en Berry;
- le fait religieux en Berry de la conquête romaine au paleo-christianisme...
- maisons-closes et la prostitution en Berry avant 1946 (animation réservée à un public majeur).
Renseignements, conditions et tarifs sur demande à l'adresse:
Berrymedieval#yahoo.fr  (# = @  / pour éviter les spams)
Merci de diffuser cette information à vos contacts!

Histoire locale

Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
A retrouver dans la rubrique "liens": archéologie et histoire d'un lieu-dit

L'âne du Berry


Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

Histoire et cartes postales anciennes

paysan-ruthène

 

Cartes postales, photos anciennes ou plus modernes pour illustrer l'Histoire des terroirs:

 

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Le rédacteur de ce blog s'oppose résolument aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles dans le paysage berrichon.
Argumentaire à retrouver sur le lien suivant:
le livre de Meslon: non à l'éolien industriel 

contacts avec l'auteur


J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.