Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
8 janvier 2019 2 08 /01 /janvier /2019 15:15

 

Aucun connaisseur sérieux du patrimoine médiéval ne pourrait passer sur la petite route qui relie le bourg de Mers-sur-Indre au village d’Ardentes sans manquer de remarquer, au lieu-dit Presles, les vestiges d’une volumineuse motte féodale érigée à quelques dizaines de mètres du cours de l’Indre. Naïvement, un panneau l’indique comme tumulus, qualification reprise, comme pour d’autres sites médiévaux, par l’Institut Géographique National sur ses relevés topographiques.

Si certains peuvent encore hésiter entre les deux appellations, et donc entre deux époques, le site de Presles est incontestablement médiéval. Ce modèle de motte lenticulaire, cernée de fossés encore apparents, est une construction classique souvent observée à la période paléo-féodale, fin Xe ou XIe siècle.

 

Les archives régionales confirment cette ancienneté. Si le Fulco de Praella cité par le cartulaire de l’abbaye de Vierzon en 1018 est un simple indice, et peut-être un homonyme, le cartulaire du prieuré limousin d’Aureil signale qu’un certain Ugo de Praelis était, vers 1100, proche de grands seigneurs régionaux comme Adalard Guillebaud, Déols et Lignières. Régulièrement, au cours des siècles suivants, les monastères locaux - Orsan, la Prée, le Landais, la Vernusse - reçoivent des dons de la famille de Presles. Autre indice de puissance, cette participation d’Hubliers de Praele, en 1254, à la chevauchée du comte d’Anjou en Hainaut aux cotés des seigneurs de Déols, Culan, Sully et Sancerre. Il est possible que les de la Presles, chevaliers et damoiseaux à Faverdines, dans le Cher, au XIIIe siècle, soit une branche cadette des seigneurs de l’Indre.

Ces données textuelles expliquent l’importance du volume de la motte de Presles, d’une hauteur estimée à une vingtaine de mètres selon le site internet de la commune de Mers-sur-Indre. Ce monument n’est hélas pas intact. La forme en cratère de la butte féodale s’explique par des soustractions de remblais à des fins diverses, comme on le voit sur d’autres vestiges régionaux, transformés en carrières.

 

La vraie surprise qui attend le visiteur n’est pas la motte en elle-même, aussi impressionnante soit-elle, mais, dans le taillis juste au sud, la présence d’un second ouvrage circulaire ceint de fossés, lui même accolé à une vaste structure fossoyée polygonale, relief probable d’une basse-cour. Sur le cadastre napoléonien, cette partie est qualifiée de « cimetière » et la parcelle arrondie de « chapelle ».

 

Sans vouloir m’avancer sans un relevé précis de toute la structure -il s’agit d’une propriété privée dont les propriétaires n’interdisent pas l’accès, ce qui n’est pas une raison pour abuser de leur largesse- nous sommes peut-être à l’emplacement d’un habitat seigneurial permanent, plus confortable que le donjon antérieurement bâti sur la motte, ayant accueilli une chapelle. A l’abandon du site, l’ancienne basse-cour peut avoir abrité des sépultures, comme c’est le cas en Berry autour d’une foule d’édifices religieux.

 

La motte, ou plutôt l’ensemble castral de Presles se révèle donc un lieu d’un très grand intérêt pour l’histoire régionale.

©Géoportail

 

© Olivier Trotignon 2019

Partager cet article

Repost0
31 décembre 2018 1 31 /12 /décembre /2018 09:21

 

Comme chaque fin d’année, je ne trouve pas inutile de partager avec les lectrices et lecteurs de ce blog un court bilan de mes activités de médiéviste au cours des douze derniers mois. L’animation de Berry médiéval est directement liée à mon quotidien de chercheur.
Je rappelle d’entrée mon statut: enseignant en lycée professionnel, je n’exerce aucune activité salariée ayant un rapport, proche ou lointain, avec ma spécialité d’origine. Déçu par les turqueries constatées au sein de plusieurs associations, j’ai choisi d’assumer ma place de médiéviste indépendant. Je travaille seul, ne reçoit aucune aide et n’ai de comptes à rendre à personne. J’ai, en revanche, la chance de fréquenter des bénévoles, archéologues, chercheurs dans des domaines très variés allant de l’archéologie préhistorique à la linguistique. Leur présence amicale est un soutien que j’apprécie énormément.
Coté recherche en vue de terminer mon Doctorat d’anthroponymie médiévale, l’année 2018 ne m’a presque pas vu écrire la moindre ligne, mais plutôt réorganiser et homogénéiser mes sources, qui s’étendent de la période carolingienne à la Guerre de cent ans. Cette remise en perspective de quelques 10.000 entrées sur presque un demi-millénaire d’histoire berrichonne est terriblement chronophage, avec quelquefois pas plus de résultats que quelques pourcentages à porter dans un tableau de données.
Si j’osais ajouter cette inquiétante tendance que j’observe dans mon métier, depuis les quelque trente ans que je l’exerce, chez certains « apprenants », de plus en plus nombreux, à se vider la tête par l’usage compulsif de leur téléphone mobile, à contester la parole de l’enseignant en opposant la connaissance du passé à leur hystérie complotiste et/ou à refuser toute culture scolaire et universitaire sous le prétexte que « ça ne sert à rien », vous comprendrez qu’il n’est pas toujours facile de trouver les ressources en temps et en données vérifiées pour animer un blog comme Berry médiéval de manière satisfaisante.
Néanmoins, je me suis efforcé cette année encore de trouver une petite poignée de sujets inédits pour continuer à vous rapprocher des racines historiques de cet espace berrichon dont tant de facettes demeurent à explorer. Quatre associations m’ont fait confiance pour venir animer des exposés et conférences, dont trois inédites. Je tiens à les en remercier.
Plusieurs autres m’ont déroulé de somptueux tapis rouges. Il ne m’a pas fallu longtemps pour me rendre compte que les dits tapis ne menaient qu’à des projets creux.
Plus sérieusement, de nouvelles animations s’annoncent en 2019, dont une dans un cadre et sur un sujet inédits, qui nous conduira à explorer l’univers des miracles post-médiévaux dans le sud du département du Cher.
Que l’année 2019 soit pour vous riche en découvertes!

 

© Olivier Trotignon 2018

Partager cet article

Repost0
26 novembre 2018 1 26 /11 /novembre /2018 18:14

Dans ce paysage qui laisse deviner au loin les monts de la Marche se dressent des vestiges médiévaux rares et remarquables : la partie domestique, la chapelle et la base de l’ancien colombier donnent une idée de ce que fut, dans son intégrité, l’ancienne commanderie de Lavaufranche.

 

N’ayant jamais travaillé sur les archives de cet ancien établissement templier puis hospitalier, je renverrai le lecteur à plusieurs sites internet qui lui donneront un large aperçu de l’histoire du monument ; mais j’attirerai toutefois son attention sur un ensemble de fresques visibles dans la chapelle du lieu.

Lavaufranche se situe dans cette zone intermédiaire où l’ancien archevêché de Bourges empiétait sur la Marche, presque entièrement soumise à l’autorité spirituelle des évêques de Clermont et de Limoges. A quelques kilomètres se trouve l’ancienne seigneurie de Boussac, maison cadette des Déols. Même si la région est aujourd’hui peu peuplée et éloignée des principales métropoles économiques des régions du Centre, cette partie de la Creuse n’était ni plus isolée ou enclavée que le reste des espaces ruraux au moment où les peintres vinrent exercer leur art sur les murs de la chapelle. 

 

 

Les différentes destinations du bâtiment après que le départ des derniers frères hospitaliers expliquent qu’une partie des peintures ait été dégradée. Devenue simple grange, la chapelle a subi toutes les agressions qu’on imagine, sans volonté iconoclaste particulière. C’est donc logiquement, dans les parties hautes, là où les frictions consécutives à la circulation de charrettes et au stockage du foin ont été les plus réduites, qu’on trouve les plus belles œuvres picturales. Un tableau, hélas dégradé, figure des cavaliers qui semblent s’affronter, à la manière d’un tournoi.

On remarque, autour d’un enfeu dont le gisant a malheureusement disparu très tardivement, d’autres peintures, post-médiévales cette fois, qui complètent l’ensemble.

 

 

Lors de la visite organisée lors des dernières Journées du Patrimoine, nous avons compris que l’état préoccupant de la chapelle exigeait des interventions lourdes sur le bâti et les toitures. Il me semble qu’aller visiter ce site, ouvert au public, est une manière de participer à la rénovation de cet ensemble d’exception.

 

 

© Olivier Trotignon 2018

Partager cet article

Repost0
14 octobre 2018 7 14 /10 /octobre /2018 09:57

 

L’Ordre clunisien est si étroitement mêlé à notre perception de la spiritualité médiévale que le titre de ce billet est presque pléonastique. Pourtant, il m’a été donné, ces dernières années, de constater que le qualificatif « clunisien » était parfois accordé à des monuments religieux, abbatiales ou prieurés, n’ayant eu aucun rapport avec la grande abbaye bourguignonne pendant toute la période médiévale. Afin de chercher à y voir plus clair sur ce dossier, penchons nous un instant sur la nature des liens qui unirent, au moins jusqu’à la Renaissance, l’Ordre clunisien et le diocèse de Bourges.

Cluny fut, dès l’origine, étroitement lié à la société féodale régionale et manifesta sa présence avec trois types de monastères bien distincts.

musée de Souvigny

Dès les années 915-920, le plus ancien des seigneurs de Bourbon connu offrit à Cluny la terre de Souvigny, dans l’Allier. Le don était si considérable que les moines bourguignons y implantèrent un prieuré, sorte de monastère dépendant directement de l’abbaye principale.

Un peu plus au nord, en pays nivernais, un autre prieuré, la Charité-sur-Loire, recevait des offrandes de féodaux berrichons. L’un d’eux, Eudes Arpin, ancien vicomte de Bourges, en devint même prieur au début du XIIe siècle.

Plus à l’Ouest, deux grandes abbayes, Déols et Massay, furent élevées à l’initiative de la féodalité locale, augmentant considérablement la présence clunisienne dans les régions du Centre. Contrairement à Souvigny et la Charité, soumises à l’autorité directe des abbés de Cluny, les deux abbayes étaient autonomes et libres d’élire leurs abbés.

On connaît une troisième forme d’établissement religieux : les prieurés. Ces possessions de Déols et de Massay, souvent situées en milieu rural, accueillaient quelques moines chargés de la gestion du patrimoine monastique dispersé sur des paroisses parfois éloignées de l’une ou l’autre abbaye. Dans ces domaines agricoles, le temporel occupait plus les hommes que le spirituel, un moine, le prieur, ayant la charge d’encadrer ses frères. Ces prieurés sont parfaitement inventoriés, en partie grâce au travail des sociétés savantes régionales. Ceci signifie qu’on peut, avec un minimum de temps de recherche, cartographier toutes les possessions clunisiennes en Berry.

 

abbaye de Massay

Vous comprendrez ma surprise lorsque la presse locale rapporta qu’un prieuré roman situé en vallée du Cher, fondé sur une terre offerte au milieu du XIe siècle à l’abbaye bénédictine du Moûtier-d’Ahun, aujourd’hui en Creuse, était élu site clunisien, avec cérémonie publique et force discours officiels . 

Personne, en fait, ne semble avoir pris garde que le petit prieuré de Drevant était passé sous bannière bourguignonne en 1630, presque six siècles après sa fondation, soit à peine un siècle et demi avant sa disparition, à un moment où la spiritualité clunisienne n’avait plus qu’un lointain rapport avec la pensée fondatrice de l’Ordre. Sans être à proprement parler une imposture, l’attribution de certains sites à la nébuleuse clunisienne relève d’une forme d’acrobatie intellectuelle dans laquelle le médiéviste peine à situer le respect envers le public amateur d’Histoire et de patrimoine ancien. 

 

© Olivier Trotignon 2018

Partager cet article

Repost0
30 septembre 2018 7 30 /09 /septembre /2018 22:57

Les Archives nationales conservent une collection de chartes très intéressantes concernant plusieurs seigneuries situées sur le territoire de l’ancien diocèse de Bourges. Parmi ces pièces d’archives, une retient particulièrement l’attention.

En 1234, Archambaud, seigneur de Bourbon, interdit aux Juifs résidant dans l’ensemble de ses fiefs de pratiquer l’usure.

Ce n’est pas la première fois que le sire de Bourbon s’opposait à cette pratique, totalement intégrée de nos jours, consistant à prêter de l’argent à un tiers avec un certain pourcentage d’intérêts. Déjà, en 1223, Archambaud, présent à Paris, avait apposé son sceau à une charte rédigée à l’initiative de son souverain, Louis VIII, visant à interdire aux Juifs du royaume le prêt à usure. Parmi les évêques et nobles réunis pour cette cérémonie, plusieurs noms évoquent des personnalités éminentes des régions du Centre et de l’axe ligérien : Henri, seigneur de Sully, Guillaume de Chauvigny, seigneur de Châteauroux, Robert de Courtenai, bouteiller de France et seigneur de Mehun, la comtesse de Nevers, la duchesse de Bourgogne ou encore le comte de Blois. Le texte royal précise que les signataires ont, ou n’ont pas, de Juifs sur leurs domaines.

Il est difficile de savoir pourquoi Archambaud de Bourbon a mis plus de dix ans pour passer du principe aux actes, mais on relève dans le même fonds d’archives la trace d’un prêt de 4000 livres tournois qu’il a lui-même accordé au comte de Nevers et à sa femme, et qui commence à lui être remboursé en 1239. Les deux évènements ont peut-être un lien entre eux.

Peut-on pour autant parler d’antisémitisme ? Ce terme, synonyme d’inhumanité, est inadapté aux sentiments qui ont poussé Archambaud à prendre des mesures coercitives à l’encontre de certains de ses sujets. Ceux-ci, selon le dogme chrétien, passaient pour d’éternels étrangers dans l’Occident médiéval. Mis à l’écart de la société et de ses codes, les Juifs échappaient à une règle qui voulait que, le temps n’appartenant qu’à Dieu, toute usure était proscrite entre Chrétiens. Certains d’entre eux étaient devenus prêteurs, gagnant leur vie du commerce de l’argent. 

 

 

On ne saura jamais combien de fidèles aux traditions judaïques furent frappés par l’édit du seigneur de Bourbon, dont la seigneurie comptaient quelques villes entre l’actuel Bourbonnais et la basse-Auvergne assez importantes pour accueillir des communautés. Archambaud ne cherchait pas, c’est presque certain, à affaiblir des concurrents : les revenus de ses fiefs étaient très largement supérieurs aux sommes manipulées par les prêteurs juifs. Son ambition était spirituelle, au même titre qu’une croisade ou une persécution d’hérétiques : éliminer toutes les aspérités troublant l’harmonie d’un monde chrétien qu’on espérait toujours plus parfait et accompli.

 

© Olivier Trotignon septembre 2018

Partager cet article

Repost0
19 septembre 2018 3 19 /09 /septembre /2018 20:56

L’abbaye du Landais fut, au Moyen-âge, un des quinze monastères cisterciens implantés dans le diocèse de Bourges. Son histoire semble correctement résumée sur plusieurs sites internet. Personnellement, mes recherches m’ayant conduit à travailler sur les fonds d’archives des départements du Cher et de la Creuse, je n’ai eu en main que quelques transcriptions d’actes copiés aux Archives de l’Indre. Je me limiterai donc à un commentaire sur le site du Landais, alimenté par deux visites sur place, l’une en juin et la seconde il y a quelques jours, au moment des Journées du Patrimoine.

 

 

C’est en partie cette deuxième visite qui a motivé l’écriture de ce billet, tant notre déception a été forte en arrivant sur place, induits en erreur par des sources en ligne dont les auteurs ne semblent pas arriver à comprendre qu’il ne suffit pas de recopier sans vérification ce que d’autres ont signé antérieurement pour créer de l’information. Les quelques renseignements recueillis auprès d’un voisin des ruines ont vite eu raison des conseils de visite erronés trouvés plus tôt sur Internet : suite au décès de son propriétaire, qui assurait un point de rencontre régulier avec les amateurs d’architecture médiévale, le monastère est désormais inaccessible et retourne lentement à la friche. Cependant, la partie la plus spectaculaire qui demeure est parfaitement visible de la petite route qui longe l’ancien établissement monastique. Les intérieurs, autrefois visitables, sont, en revanche, désormais inaccessibles.

 

 

Au premier abord, vu le volume des destructions contemporaines, le site est illisible. Ce n’est qu’en comparant les photos satellites avec celles d’autres abbayes cisterciennes régionales comme Noirlac ou Fontmorigny qu’on devine la position des murs qui constituent l’essentiel des restes de l’ancien monastère, vers le chœur de l’abbatiale. Cloître, dortoirs, scriptorium, réfectoire n’existent plus. Toujours en comparant les échelles, on prend la mesure de l’importance que fut celle du Landais. Cette abbaye devait rivaliser, en terme de superficie, avec ses sœurs de la Prée, de Loroy, de Noirlac ou de Fontmorigny. Située au fond d’un large vallon drainé par un ruisseau sur lequel se sont organisés des étangs et des pêcheries, proche d’affleurements d’un beau calcaire parfait pour la taille de pierre, le Landais possédait une alimentation en eau potable, connue sur place sous le nom de « fontaine des moines ». Conformément aux usages de l’Ordre, l’abbaye était éloignée des communautés urbaines locales.

 

 

Objectivement, l’abbaye du Landais est un lieu pour les inconditionnels du patrimoine médiéval, dont la culture permettra de combler les vides immenses et définitifs qui font de cet ancien couvent une ruine en pointillés. J’ose croire que dans quelques années, le temps sera venu de modifier cet article parce que l’endroit aura retrouvé une vie culturelle.

 

 

© Olivier Trotignon 2018

Partager cet article

Repost0
2 septembre 2018 7 02 /09 /septembre /2018 16:02

Voici un monument devant lequel je suis passé des dizaines de fois avant de profiter des journées du Patrimoine pour en faire la visite: la petite église romane de Vouillon, au bord de la route Châteauroux-Lignières.

Ce monument religieux attire l'œil par l'étrange dissymétrie de sa façade. Proportionné selon des cotes qui donnent à son pignon un aspect curieusement étiré, on remarque tout de suite l'anomalie que présente son portail d'entrée décentré vers la droite, procurant à l'ensemble une configuration unique dans la région. Rien, à première vue, ne peut expliquer ce choix des architectes médiévaux.

 

 

Il faut attendre d'être dans la nef pour comprendre l'étrange évènement qui a frappé le bâtiment à un moment qui serait sans doute facile à retrouver dans les archives départementales.

 

 

Le mur méridional de l'église est constitué non pas d'une maçonnerie pleine ajourée d'ouvertures mais de plusieurs arcs plein-cintre bouchés dans lesquels ont été ménagées des fenêtres rectangulaires. Les chapiteaux qui supportent les doubleaux sont partiellement noyés dans le mortier. L'église accuse donc une étape de transformation radicale de sa structure comme on en relève parfois après un évènement brutal, comme l'écroulement d'une partie du bâtiment. Mes amis qui mettent en valeur la belle abbaye de Mozac, dans le Puy-de-Dôme, m'ont expliqué comment un tremblement de terre avait en partie détruit l'abbatiale du monastère auvergnat. Parfois, ce sont des faiblesses du bâti initial qui conduisent les constructions à la ruine.

 

 

Dans le cas qui nous intéresse, nul séisme ni faute de la part des bâtisseurs roman n'explique la perte d'un bon tiers du volume primitif du sanctuaire de Vouillon. Cette église a été, semble t-il, victime d'une décision administrative qui l'a frappée d'alignement. Afin de faire passer, ou d'agrandir la route départementale qui la borde, on a fait le choix d'abattre toute une partie du sanctuaire, le mutilant de manière irrémédiable. Quelques belles pierres rescapées de massacre architectural demeurent sur le site.

Certes, on remarquera que ce n'est qu'un moindre mal, tant de beaux lieux de culte anciens ayant été purement et simplement rasés ou abandonnés aux intempéries et ce blog en recense quelques uns. Ici, il reste encore assez d'éléments pour imaginer le bel ensemble architectural et iconographique que représentait naguère l'église de ce village berrichon.

 

© Olivier Trotignon 2018

Partager cet article

Repost0
15 juillet 2018 7 15 /07 /juillet /2018 08:12

 

Samedi 21 juillet, à partir de 17 heures, je répondrai à l’invitation de l’association des Amis de la Tour de Vesvres en venant présenter ma conférence dédiée à la place des femmes dans la société médiévale dans ce cadre exceptionnel qu’offre le site de Vesvres, entre Bourges et Sancerre.

Le thème, délicat, de la place des femmes dans une société en constante mutation sur près d’un millénaire, permettra, à partir d’exemples historiques régionaux, mais aussi en s’appuyant sur la littérature d’époque, d’étudier des situations concrètes observées dans le monde des abbayes, des châteaux et des villes et campagnes. Ce sera aussi l’occasion de, comme le disait si bien mon regretté maître Jean Tricard, de tordre le cou à un certain nombre d’idées reçues sur la femme médiévale.

Cette conférence est ouverte à toutes et tous et accessible sans connaissances particulières sur la période. Durée de l’animation : 1h30 environ.

Techniquement, Vesvres est organisée pour accueillir le public (parking, accès pour les personnes à mobilité réduite, places assises…). Tarif d’accès : 5€

 

Pour plus d’informations :

Le Site de Vesvre
Hameau de la Tour
18250 Neuvy-deux-Clochers
Tél : 02.48.79.22.90

http://www.latourdevesvre.fr

 

 

© Olivier Trotignon 2018

Partager cet article

Repost0
9 juillet 2018 1 09 /07 /juillet /2018 15:23

Les amateurs de patrimoine militaire médiéval connaissent bien le petit château de la Roche-Guillebaud, sur la haute vallée de l’Arnon, au contact entre les départements de l’Allier et du Cher. Cette forteresse doit sa modeste notoriété à sa situation sur un sentier de grande randonnée et à la présence, toute proche, de la base de loisirs de Sidiailles. Que ses murs aient vu se présenter sous leurs archères l’ost du roi Philippe Auguste ajoute une touche épique au charme que dégage le site, baigné par un lac artificiel depuis une bonne quarantaine d’années.

Ce ne sont ni son passé ni les approximations des inconditionnels de George Sand qui y ont situé le cadre du roman « Maupras », déjà détaillés dans des billets plus anciens qui ont, cette fois, attiré mon attention, mais plutôt cette marée végétale qui étouffe le site d’années en années et qui l’englue dans un paysage forestier en le soustrayant à la vue des visiteurs.

 

Pour mesurer le phénomène, il est utile de rechercher quelques anciens clichés de la Roche, telle que les photographes du début du XXe siècle ont pu en fixer l’aspect sur les plaques de verre de leurs appareils. Les sites d’échange et de négoce de cartes postales anciennes nous fournissent un matériel d’étude irremplaçable. Les photographies les plus claires ne sont pas forcément les plus utiles.

 

On est, d’emblée, saisi par ce contraste : avant le premier conflit mondial, le site de la Roche trônait au cœur d’une lande faiblement boisée. Le château apparaît sous des angles de vue aujourd’hui impossibles à reproduire, même lorsque l’étiage du lac, qui noie en temps ordinaires le socle du donjon, est très bas. Un fort dépôt alluvionnaire accumulé depuis la rétention des eaux de l’Arnon par le barrage modifie la topographie de ce segment de la vallée.

 

 

Les ruines ont continué à se dégrader. Un gros massif de maçonnerie, souvenir d’une souche de cheminée, bien visible sur les plus anciennes photographies, est aujourd’hui écroulé. Une carte postale d’assez médiocre qualité, postée en 1933, montre que l’effondrement de cette structure qui permettait d’apprécier la hauteur primitive minimale du donjon date du premier tiers du siècle passé. On note en même temps que la végétation commence à envahir le fossé naturel qui séparait la roche du plateau et à dissimuler les piliers - aujourd’hui presque invisibles - du pont-levis.

 

 

Ce retour d’une nature qui ne doit pas être bien différente de celle que les chevaliers fondateurs de la seigneurie de la Roche-Guillebaud ont eu à réduire pour assurer la sécurité de leur place forte trouve plusieurs explications.

 

 

La première est à aller chercher sur les monuments aux morts des petites communes mitoyennes de la retenue de Sidiailles. Très nombreux sont les hommes qui ne sont pas revenus de la Grande guerre. A quelques kilomètres, la bourgade de Saint-Désiré a même eu le douloureux privilège de se voir doter par la République d’un obusier de 77 allemand, honneur réservé aux villages ayant perdu vraiment beaucoup des leurs. Toute la région a été cruellement impactée par la guerre, et chaque soldat tombé au feu a précipité le déclin d’une petite économie rurale qui avait besoin de bois pour se chauffer, d’écorces pour ses tanneurs, de buissons pour ses chèvres et ses moutons.

Plus proche de nous, le choix du site de Sidiailles pour bâtir une retenue destinée à alimenter en eau une partie du département a accéléré le phénomène de reforestation du site. La végétation est un excellent barrage contre des intrants indésirables générés par l’agriculture. Le bénéfice visuel favorisant les activités de loisirs a fait le reste.

 

 

Je sais que ces lignes ne sont qu’incantatoires et qu’il serait bien étonnant, en cette période de réduction des budgets, que quelqu’un voit dans le château de la Roche-Guillebaud une priorité mais il est toujours triste, pour l’historien que je suis, de suivre d’années en années la lente disparition d’un patrimoine public témoin d’une histoire qu’il s’efforce de mettre en valeur.

 

© Olivier Trotignon 2018

Partager cet article

Repost0
24 juin 2018 7 24 /06 /juin /2018 09:03

 

Il y a très exactement 10 ans, je déposai, sur la plate-forme Overblog, quelques lignes annonçant la création d’un blog dédié au Moyen-Âge en Berry. C’était le début d’une belle aventure rédactionnelle qui a porté ses fruits car, en une décennie, ce blog a rassemblé plus de 350 articles et pages, vus 530000 fois et attiré plus de 260000 lecteurs résidant dans le monde entier, exceptions faites de l’Afrique saharienne et de l’Asie centrale.

Les lecteurs habitués de ces pages et ceux qui me rencontrent physiquement connaissent mon histoire. Tenté un temps par l’archéologie, pratiquée comme bénévole jusqu’au début des années 80, je me suis lancé dans un cursus universitaire de très, très longue haleine, dans lequel la période médiévale occupe presque la totalité de mon temps de recherche et d’écriture. En parallèle, cédant volontiers aux sollicitations de plusieurs associations ou collectifs, j’ai bâti plusieurs conférences, soutenues devant un auditoire essentiellement régional. C’est au cours de plusieurs rencontres avec le public que je me suis aperçu qu’il me manquait un outil de communication facile d'accès, plusieurs auditeurs m’ayant réclamé les textes de mes exposés. Travaillant en mémorisation totale, ou, du moins, avec un minimum de notes, je n’avais aucun document à leur proposer. Déposer des informations sur Internet m’a paru une solution simple et pratique pour tous. En profiter pour partager le contenu de mes observations parallèles à mes recherches de thèse et proposer la découverte d’éléments du patrimoine berrichon furent les ingrédients additionnels à la conception de Berry médiéval.

Ces dix années d’écriture ont connu quelques échecs, certains plus amers que d’autres.

J’avais cru naïvement qu’il suffisait de démontrer, en s’appuyant sur des textes médiévaux et des constatations archéologiques et monumentales, la péremption de certains concepts hérités d’un passé peu scrupuleux en matière de rigueur scientifique pour voir évoluer une certaine manière de présenter l’histoire régionale. Il reste quelques forts bastions hermétiques à mes suggestions. Comme le dit si bien le proverbe « nul n’est prophète en son pays » !

Plus anecdotique, cette offre faite à des prospecteurs métalliques non déclarés de publier anonymement sur ce blog quelques unes de leurs découvertes afin que le public puisse en profiter n’a reçu aucun écho.

Il serait injuste de ne pas citer quelques compensations à cet état de semi-solitude numérique. Je sais que Berry médiéval est parfois utilisé comme guide de promenade. Il arrive, sur des colloques ou des conférences, que des lecteurs viennent à ma rencontre en me demandant si Berry médiéval, c’est bien moi.

Ce sont tous ces gens qui passent, ceux qui reviennent, ceux qui m’invitent pour venir parler de l’histoire régionale que je tiens à remercier chaleureusement pour leur soutien, même passager. Je n’ai aucune idée du temps que durera l’expérience de ce blog, mais il n’y a aucune raison de changer de formule éditoriale.

Merci à toutes et tous pour votre fidélité, et au plaisir de vous rencontrer ou de vous retrouver dans les mois et années à venir !

 

© Olivier Trotignon 2018

Partager cet article

Repost0

Présentation

  • : Moyen-âge en Berry
  • : Rédigé et illustré par un chercheur en histoire médiévale, ce blog a pour ambition de mieux faire connaître l'histoire et le patrimoine médiéval du Berry, dans le centre de la France.
  • Contact

géographie des visiteurs




A ce jour, cette espace a été visité
180102 fois.

405350 pages ont été lues.

Merci de l'intérêt que vous portez à l'histoire de la région.




Visitor Map
Create your own visitor map!
" class="CtreTexte" height="150" width="300" />

 

Rechercher

Conférences

conférence

 

Dans l'objectif de partager avec le grand public une partie du contenu de mes recherches, je propose des animations autour du Moyen-âge et de l'Antiquité sous forme de conférences d'environ 1h30. Ces interventions s'adressent à des auditeurs curieux de l'histoire de leur région et sont accessibles sans formation universitaire ou savante préalable.
Fidèle aux principes de la laïcité, j'ai été accueilli par des associations, comités des fêtes et d'entreprise, mairies, pour des conférences publiques ou privées sur des sujets tels que:
- médecine, saints guérisseurs et miracles au Moyen-âge,
- l'Ordre cistercien en Berry;
- les ordres religieux en Berry au M.A.;
- la femme en Berry au M.A.;
- politique et féodalité en Berry;
- le fait religieux en Berry de la conquête romaine au paleo-christianisme...
- maisons-closes et la prostitution en Berry avant 1946 (animation réservée à un public majeur).
Renseignements, conditions et tarifs sur demande à l'adresse:
Berrymedieval#yahoo.fr  (# = @  / pour éviter les spams)
Merci de diffuser cette information à vos contacts!

Histoire locale

Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
A retrouver dans la rubrique "liens": archéologie et histoire d'un lieu-dit

L'âne du Berry


Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

Histoire et cartes postales anciennes

paysan-ruthène

 

Cartes postales, photos anciennes ou plus modernes pour illustrer l'Histoire des terroirs:

 

Cartes postales et Histoire

NON aux éoliennes géantes

Le rédacteur de ce blog s'oppose résolument aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles dans le paysage berrichon.
Argumentaire à retrouver sur le lien suivant:
le livre de Meslon: non à l'éolien industriel 

contacts avec l'auteur


J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.