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29 mai 2011 7 29 /05 /mai /2011 08:59

Huriel-général

 

La région de Montluçon possède un des rares témoignages encore presque intact d’une étape essentielle des arts militaires du premier âge féodal: le passage des donjons de bois aux premiers donjons de pierre. Le destin des donjons de bois juchés sur leurs mottes castrales a été très différents d’une seigneurie à l’autre. Rapidement devenues obsolètes face à la solidité éprouvée des constructions de pierre, les tours de bois, élevées par les premières familles dominant la région au XIe siècle, ont laissé la place à de nouvelles forteresses. Dans certains cas, la féodalité a abandonné les anciennes mottes pour construire des châteaux beaucoup plus vastes sur un autre emplacement, comme à Châteaumeillant ou à Bois-Sir-Amé, dans le Cher. Parfois, le terrassement castral a servi de soubassement à un grand donjon circulaire commandant une ville forte ou une forteresse, comme à Cluis dans l’Indre, Bourbon dans l’Allier ou encore Dun-sur-Auron dans le Cher. Dans de plus rares circonstances, dès le XIIe siècle, les chevaliers ont passé commande de grands donjons carrés, imitant la forme des anciennes tours de bois, pour remplacer les fortins hérités de leurs aïeux. La plupart ont été détruits (Le Châtelet, Drevant, Lignières...), ce qui rend encore plus précieuse la fortification d’Huriel. Haute de plusieurs étages, elle présente encore une partie de son aspect primitif, c’est à savoir de hauts murs seulement percés de petites ouvertures destinées à l’archerie.

 

Huriel-façade

 

Plus tard, un propriétaire a fait ouvrir de grandes croisées à meneaux pour faire rentrer le lumière, mais l’ensemble demeure très impressionnant. A la façon des tours de bois, l’accès se faisait par une petite porte ouverte en hauteur. Les seigneurs d’Huriel, nommes Humbaud ou Audebert, selon que ça soit l’aîné ou le cadet qui héritait de son père, sont bien connus grâce aux textes naguère conservés dans le cartulaire du prieuré bénédictin voisin de la Chapelle-Aude, ou Chapelaude. La rareté et l’unité de l’ensemble expliquent ma vive contrariété en découvrant, voici quelques semaines, que des bennes de remblais étaient en train d’être déversées dans ce qui reste des fossés de l’ancienne motte, comme si la municipalité avait décidé de les combler. Il ne s’agissait peut-être que d’un stockage provisoire de matériaux destinés à un autre usage que le remblais, mais ce genre de manœuvre dans un milieu aussi fragile que des restes de défenses du XIe siècle a toujours le don de me faire bondir. Si un lecteur ou une lectrice avait l’occasion de passer voir sur place où en est le chantier et pouvait nous renseigner par le canal de la rubrique “commentaires” au bas de cet article, il ou elle m’aiderait à dissiper mes craintes ou, au contraire, à les confirmer.

 

Huriel-fossés

 


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22 mai 2011 7 22 /05 /mai /2011 08:54

antennes-2011-(2)

 

Certains d’entre vous s’en souviennent encore. L’été dernier fleurissait sur le toit de l’ancienne abbatiale des Carmes, classée Monument historique, de Saint-Amand-Montrond, dans le Cher, un invraissemblable bouquet de paraboles blanches, reliant des caméras de vidéo-surveillance urbaine au quartier-général de la police municipale locale. Cette découverte m’avait fait bondir, générant un article de protestation sur ce blog.

 

“Il est minuit, braves gens, dormez en paix...”

 

Outre le mécontentement de voir, et pour longtemps, la perspective sur un bâtiment d’une architecture assez peu fréquente dégradée, il m’avait paru curieux qu’une municipalité s’accorde des dérogations à des règles d’urbanisme imposées à ses contribuables. Le clocher de l’église paroissiale, également, subissait l’installation d’une antenne blanche sur son toit d’ardoise, selon des principes esthétiques assez éloignés du bon sens.

 

antenne-été-2010

été 2010

 

L’affaire était arrivée à un stade politique lorsque, à l’automne, les groupes d’opposition municipale avaient tenté, à leur tour, de raisonner les initiateurs de ce projet, inflexibles aux arguments que les uns et les autres avaient mis en avant.

 

Cachez ce blog que je ne saurais voir ...

 

Je m’étais donc résolu à attendre d’autes temps et d’autres mœurs pour voir ces horreurs disparaître du paysage. Le lecteur comprendra ma surprise, il y a quelques jours, en découvrant qu’une partie -une partie seulement- du dispositif de relais des images avait été déposé et remplacé par des parabolles noires fixées à l’intérieur, et non plus à l’extérieur du clocheton, ce qui prouve que l’assouplissement des postures les plus rigides est un exercice accessible à tous.
J’avoue ignorer totalement la nature de l’écueuil responsable de ce changement de cap, me réjouis de cette victoire partielle - le site n’a pas retrouvé son intégrité et l’antenne du clocher de l’église est toujours en place - et aimerais que ce dossier prouve la nécessité  que chacun d’entre nous reste vigilant sur les atteintes à la conservation du patrimoine, qu’il soit préhistorique, antique, médiéval ou beaucoup plus récent. On continue à reboucher des fossés de mottes castrales, on pose des volets roulants en PVC blanc sur des façades XVe... c’est un engagement de tous les jours ou presque, ingrat, qui attire plus d’inimitiés que de sympathies mais qui donne, comme c’est le cas aujourd’hui, quelques satisfactions.

 

antenne-2011-(1)mai 2011

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14 mai 2011 6 14 /05 /mai /2011 10:55

Paulnay-fevrier

 

Voici encore une œuvre trop souvent méconnue, dont la réputation n’est pourtant plus à faire auprès des historiens de la période. Il y a plus d’une vingtaine d’années, c’est une universitaire antillaise, invitée à un colloque dans le tout proche château d’Azay-le-Ferron, qui m’avait permis de découvrir le remarquable calendrier de l’église de Paulnay, en Brenne. Ayant eu l’opportunité de repasser par ce village par un temps très lumineux, il m’a été possible de ramener quelques photos de qualité moyenne, l’objectif de mon appareil étant à la limite de ses possibilités. Comptant sur votre indulgence, je vous les présente néanmoins.
La fresque date du XIIIe siècle, et a été peinte sur la voûte de la nef. Les douze mois ne sont pas tous bien conservés et la lecture des images figurant octobre, novembre et décembre est presque impossible dans des conditions normales d’éclairage. Les trois premiers trimestres sont, en revanche, tout à fait lisibles.
Aux scènes habituelles de la vie des champs se mêlent des tableaux plus complexes à interpréter. Janvier est illustré par un personnage à quatre bras, attablé devant un repas. Les quatre gestes sont différents, comme pour traduire l’abondance des mets qui lui sont servis. Avril est figuré par un homme debout, dont la seule activité semble être de se défendre d’insectes tournant autour de sa tête. En mai, un homme à cheval en compagnie d’un oiseau a été interprété comme la silhouette d’un fauconnier partant à la chasse. Des détails curieux, d’énormes clous apparents sous les fers du cheval, rappellent certains équipements observés sur des mules travaillant sur des sols très escarpés.

 

Paulnay-mai

Les autres de scènes agricoles sont plus classiques et ne demandent aucun effort de lecture. Des petits détails nous renseignent sur des outils et techniques paysannes aujourd’hui disparues, comme les proportions d’un fléau, les ceps de vigne buissonnants et non attachés à des pieux, le foulage de la vendange aux pieds dans un cuveau ouvert dans sa partie inférieure, pour laisser écouler le jus de raisin ou encore la forme de la lame des serpettes destinées à tailler les plants.
Afin de ne pas surcharger ce billet par un nombre excessif d’illustrations, je vous propose de retrouver l’ensemble des mois dans une page dédiée exclusivement à Paulnay, sur le lien suivant:


Les neufs mois du calendrier de Paulnay (XIIIe siècle)

 

 

Paulnay-mars

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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 11:45

motte-affiche

 

 

J’aimerais vous convier à un événement rare: à l’initiative de m. Amizet, maire de la commune d’Epineuil-le-Fleuriel, de son équipe municipale et d’une partie très active de la population d’Epineuil, que je remercie chaleureusement pour la confiance qu’ils me témoignent, j’interviendrai le vendredi 20 mai, à partir de 20h (respect du quart-d’heure berrichon obligatoire), à l’espace d’accueil du Grand Meaulnes, sur le thème de la motte castrale du village devenue depuis peu patrimoine communal.
Après une évocation des différentes structures défensives témoignant du premier âge féodal, nous parcourrons l’histoire de cette structure en la comparant avec d’autres vestiges régionaux. Un débat public consacré à l’avenir du site permettra d’étudier les différentes pistes envisagées pour la mise en valeur de cet élément majeur du patrimoine local.
L’entrée est libre, le stationnement facile et nous devrions rompre la lance vers 22h.

                                                                             

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25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 09:23

St-Menoux-reliquaire

 

Située au sud de l’ancien diocèse de Bourges, dans l’actuel département de l’Allier, l’abbaye bénédictine féminine de Saint-Menoux était détentrice de plusieurs reliques attribuées à son saint éponyme, conservées dans un curieux reliquaire encore facilement accessible de nos jours. La réputation de ces vénérables ossements est encore aujourd’hui établie tant auprès des croyants que des curieux attirés par le caractère insolite des pouvoirs attribués à cette châsse de pierre: la guérison des maladies mentales et des troubles cérébraux.
Élevée derrière le chœur de l’abbatiale, la structure contenant les reliques se présente sous la forme d’un sarcophage de petite taille, séparée en deux compartiments. Une niche vitrée abrite d’un coté les restes osseux. De l’autre, dans un petit logement situé dans la partie supérieure du sarcophage se trouve une ouverture destinée à accueillir la tête des malades venus implorer l’intercession de saint Menoux pour obtenir leur guérison de toute une palette de maux allant de la migraine à la folie. Certains récits font part de malheureux, maintenus de force la tête dans ce réduit, qui se seraient brisé les dents en se débattant.
Fidèle à une tradition remontant à l’époque où les gens de la contrée parlaient en patois bourbonnais, on continue à nommer le reliquaire de saint Menoux “débredinoire” - qui se prononce soit dé-bre soit dé-ber -dinoire - en référence à ce mot de la langue populaire - le bredin - qui désigne les simples d’esprit. Certains s’y rendent pour le folklore mais d’autres demeurent convaincus des vertus de l’endroit, y menant des pratiques souvent assez éloignées de l’orthodoxie voulue par l’ Église. Il y a une vingtaine d’années, une petite pancarte manuscrite pendue par le curé rappelait l’interdiction de déposer dans la chasse des pièces de monnaie et des épingles, tradition observée autour de certaines fontaines dites miraculeuses de la région.

 

St-Menoux-intérieur

Saint Menoux présente donc, outre l’originalité du petit monument, un intéressant témoignage d’une pratique universelle qui consistait à venir quérir la médiation d’un saint pour obtenir la rémission de pathologies très diverses, pour lesquelles la médecine, aux moyens dérisoires, n’avait aucune solution à proposer. A l’occasion de recherches généalogiques dans des registres paroissiaux, il se trouve parfois des références à des reliques jusque là ignorées dont l’origine peut-être vaticane, mais aussi remonter à un passé totalement opaque. Ces mentions, quelquefois médiévales mais le plus souvent modernes, sont une source précieuse pour qui s’intéresse à l’histoire de la médecine. Saint-Menoux s’inscrit ainsi, et pendant plusieurs siècles, dans une géographie tant sacrée que thérapeutique, que seuls les progrès de la science parviennent à dépasser.
Outre son reliquaire, l’église de Saint-Menoux conserve de beaux chapiteaux romans et quelques restes lapidaires de la même veine. Non loin de Bourbon-l’Archambaud, de la prieurale et du musée de Souvigny, ce lieu peut facilement trouver sa place dans un petit circuit de découverte du patrimoine médiéval du bocage bourbonnais.

 

St-Menoux-sculpture

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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 09:47

Stalles-Bommiers-1

 

Visible de loin dans le paysage céréalier de la Champagne berrichonne, l’église de Bommiers, à l’est de Châteauroux, mérite une attention particulière. Déjà ornée d’origine de quelques beaux chapiteaux romans, elle abrite, depuis la démolition du couvent des Minimes pour lequel elles avaient été sculptées, des stalles remarquables.
L’ensemble sculptural, en chêne, date du début du XVIe siècle et fut réalisé sur commande de Jacques de la Trémoille, seigneur du château de Bommiers, dont les ruines sont visibles à quelques minutes de l’église du village.

 

Stalles-Bommiers2-

Prenant de la distance avec la sculpture médiévale, les tableaux, accoudoirs et miséricordes sont plus fortement marqués d’influences Renaissance que d’autres ensembles régionaux, comme celui, presque voisin, de l’ancienne abbaye de Chezal-Benoît, ou de la collégiale de Levroux. Des scènes bibliques, des personnages songeurs, des figures symboliques remplacent à Bommiers les visages grimaçant, les animaux de ferme et les postérieurs dénudés qui abondent dans deux derniers lieux cités. Plus “sages”, les stalles de Bommiers illustrent bien le nouvel univers culturel dans lequel évoluent les princes locaux, sensibles aux retours artistiques des guerres d’Italie.

 

Stalles-Bommiers3-

Très faciles d’accès, ces vestiges méritent un visite, qui peut-être jumelée avec celle de Chezal-Benoît, à quelques kilomètres. L’église semble ouverte sans restriction à la belle saison. Sa découverte est facilitée par le mécénat du Lions Club d’Issoudun, qui a fait imprimer un petit dépliant disponible à l’entrée du sanctuaire. On apprécie en plus particulièrement le fait de ne pas être surveillé avec un regard soupçonneux par la population locale dès qu’on franchit le seuil de l’édifice. Il y a quelques semaines, un peu plus au sud, une “brave” dame m’a suivi et a secoué bruyamment tous les cadenas fermant les troncs, ostensiblement hostile à la présence d’un photographe dans un monument pourtant classé Patrimoine mondial par l’UNESCO, ce qui permet de mesurer la distance qui reste à parcourir pour faire de tout le Berry un espace enfin accueillant...

 

Stalles-Bommiers4-

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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 14:55

gisant-Gargilesse-visage

 

Dans un état de conservation remarquable, le gisant du chevalier Guillaume de Naillac est une pièce incontournable du riche patrimoine du sud du département de l’Indre. Conservée dans l’église de Gargilesse, cette dalle funéraire a été réalisée dans la seconde moitié du XIIIe siècle pour sceller la tombe du seigneur du lieu, ancien croisé, décédé en 1266.

 

gisant-Gargilesse-buste

Guillaume n’est pas inconnu de l’histoire régionale. Fils du chevalier Hugues de Naillac, lui même seigneur de Gargilesse, il se reconnaît vassal de Guillaume de Chauvigny, seigneur de Châteauroux en 1229. En 1254, accompagnant son seigneur, il participe à la chevauchée du comte d’Anjou en Hainaut. Ses armes - deux léopards d’argent sur fond d’azur - sont décrites dans l’armorial Bigot. En 1261, avec Pierre, son fils, lui aussi chevalier, il se déclare homme-lige de l’archevêque de Bourges, qui avait des droits sur Gargilesse. D’autres actes mineurs conservés aux archives départementales de l’Indre et du Cher, ont été souscrits à son initiative, ou le citent.
Membre d’une petite féodalité rurale solidement implantée dans le sud du Berry, Guillaume de Naillac a voulu laisser de son séjour terrestre l’image d’un noble de son temps, les pieds posés sur un chien, tête nue et longue chevelure, en robe de chevalier ceinte et fermée par une grande fibule. Son épée, au pommeau crucifère et à la poignée de corde, repose à son coté gauche, dans son fourreau. Une aumônière pend à sa ceinture.

 

gisant-Gargilesse-epee

L’épitaphe en latin n’a pas été sculptée à plat, mais verticalement sur le rebord extérieur de la dalle. Le lapicide, même s’il exécute un travail soigné, fait une faute dans la titulature de Guillaume en le qualifiant de “milles”, ce qui peut indiquer qu’il a obéit à une commande orale ou que celui qui lui a dessiné le modèle n’avait qu’une connaissance approximative du latin.

 

gisant-Gargilesse-epitaphe

Le gisant de Guillaume de Naillac, peut-être la plus belle représentation chevaleresque de tout le Berry, a connu une étrange postérité, en entrant, comme nous l’avions déjà évoqué dans un article précédent, dans les traditions populaires locales. Surnommé saint Greluchon, l’image de l’ancien seigneur du lieu, se vit, à une époque où la médecine n’était encore que balbutiante, reconnaître des pouvoirs de fertilité. Les dames venaient, d’après la légende, pratiquer des rites dont je laisse le détail à l’imagination des lecteurs et lectrices, dans l’espoir de connaître un jour les joies de la maternité. Plus sobrement, les visiteurs jettent aujourd’hui de l’argent au pied de la statue, peut-être animés par les mêmes espoirs?
Toute proche des sites de Crozant, de Cluis et de Saint-Marcel, l’église de Gargilesse doit impérativement figurer sur un programme de découverte du patrimoine médiéval de la région.

 

gisant-Gargilesse-chien

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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 10:50

st-Georges-christ

 

A première vue, l’église romane de Saint-Georges-de-Poisieux, dans le sud du Boischaut, est un monument qui se distingue peu des autres églises rurales de la région. Seule sa situation, sur une bosse un peu plus élevée que la moyenne du paysage de bocage qui l’entoure, la fait remarquer de loin. Son ornementation extérieure, très sobre, est beaucoup moins riche que celle du petit prieuré augustin de Soye, situé à quelques pas de là.
L’église de Saint-Georges n’aurait donc, à priori, rien à offrir de nature à mériter un détour pour qui n’est pas spécialiste de l’architecture religieuse si on se contentait d’en faire le tour. Franchi le seuil, le sanctuaire prends une tout autre importance. Une rare voûte en cul de four, d’un modèle certainement identique à celles autrefois décrites au prieuré d’Orsan, soutient le clocher. Une pierre d’autel sculptée avec un soin rare et d’un volume considérable, se remarque dès l’entrée de l’église, mais c’est surtout vers les ouvertures du chevet que se porte l’attention du médiéviste.

 

st-georges-global

L’édifice conserve en effet quatre vitraux XIIIe d’une qualité identique à ceux des verrières de la cathédrale de Bourges, exceptionnels, sinon uniques dans la région. Peu affectés par les agents chimiques atmosphériques, dans une région où la pollution demeure peu sensible, les verres ont conservé une transparence qui n’est certes pas celle des vitraux modernes comme on en voit un peu partout, mais les détails restent plus lisibles qu’à Bourges avant les restaurations. Une scène représentant le patron de l’église, un saint Georges armé, et l’exact ajustement des encadrements aux ouvertures, prouvent leur authenticité et on est en droit de supposer que nous disposons là des derniers vestiges d’une composition plus vaste qui occupait tout l’espace des fenêtres du chevet.

 

st-Georges4

La question que se pose l’historien face à ces objets exceptionnels est de savoir si cette exception est d’origine ou due aux misères des temps. Les vitraux de Saint-Georges-de-Poisieux sont-ils les uniques souvenirs d’une pratique universelle, qui pourrait nous laisse imaginer la majorité des églises médiévales éclairées par des scènes colorées, ou témoignent ils d’une commande particulière auprès d’un atelier de verriers. Seul l’avis d’un historien de l’Art pourrait, si j’ose dire, nous éclairer sur la question. Nous savons, grâce aux archives de l’abbaye de Noirlac notamment, que le bourg était le siège d’une seigneurie vassale de Charenton et que la route principale qui longeait la vallée du Cher passait par ce lieu. Les chevaliers qui tenaient la place avaient les moyens d’orner l’église de leur paroisse, mais ils n’étaient pas les seuls dans ce cas. Il est fort possible que beaucoup d’autres chapelles aient présenté les mêmes qualités artistiques mais que le temps, les dégradations, le vandalisme et la négligence des paroissiens aient fini par effacer ces traces du passés, ou que les vitraux d’origines, devenus opaques, aient été remplacés par des œuvres plus récentes laissant filtrer plus de lumière. Seule une lecture attentive des archives paroissiales modernes pourrait aider à nous faire une idée juste sur la question.

st-Georges2

Il reste que la municipalité de Saint-Georges n’a pas les moyens matériels d’ouvrir en permanence le monument hors temps liturgique ordinaire. Je conseillerai donc aux amateurs de surveiller le programme des Journées du Patrimoine. A la demande de m. Fourre, maire du village et conseiller général du canton de Saulzais-le-Potier, que je tiens à remercier ici pour m’avoir facilité l’accès à l’intérieur de l’église, il est fort possible que j’intervienne sur place en fin d’été 2011, avant les Journées du Patrimoine, pour une brève présentation historique du terroir. L’accès à l’église sera, bien entendu, inscrit au programme de la manifestation.

 

st-Georges3

 

 

St-Georges1

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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 15:20

gisant-Neuvy

 

J’ai souvent été victime, comme sans doute certains d’entre vous, en pénétrant dans la rotonde romane de la basilique de Neuvy-Saint-Sépulchre, d’une attirance du regard pour le haut de la structure. Les chapiteaux historiés, les étages de la rotonde inspirée de l’église du Saint-Sépulcre de Jérusalem ou les reliquaires, sur lesquels repose l’essentiel de la notoriété du monument, occultent quelque peu d’autres éléments moins connus de l’édifice.
Ainsi est-il possible de découvrir, dans un espace assez sombre de la rotonde, une belle dalle funéraire polychrome du XIIIe siècle, d’une facture assez inhabituelle.
Les fouilles menées dans le monument auraient révélé sous la dalle l’existence d’un sarcophage contenant sans doute les restes de l’inconnu dont aucun épitaphe ne permet de connaître l’identité ou la fonction.

gisant-Neuvy-tête

L’homme, tête nue, est habillé d’une longue robe d’ ecclésiastique qui tombe jusqu’à ses pieds. Contrairement à la majorité des autres gisants régionaux, le sculpteur ne l’a pas représenté les mains jointes dans un geste de prière. Le bras gauche est replié sur la poitrine, la main posée sur ce qui semble être un livre. Le droit est dans l’alignement du corps, mais l’usure ne permet pas de distinguer clairement si la dextre est nue ou si elle tient quelque chose.

gisant-Neuvy-buste

Les proportions de la statue de Neuvy sont assez déroutantes. La tête du défunt est plus petite que nature, et le reste du corps est comme aplati. Un détail est surprenant: le bras droit du gisant est marqué par plusieurs entailles, dont une plus profonde que les autres. Ces lacunes ne semblent pas avoir été provoquées par une différence de densité de la roche due à la présence de fossiles, ni par des coups malveillants. Leur aspect évoque par contre certains grattages circulaires qu’on relève sur les murs de plusieurs églises régionales. Il n’est pas impossible que la dalle funéraire de Neuvy ait été, à un moment ou un autre, victime de soustraction d’une partie de son volume par des pèlerins, nombreux tout au long des temps médiévaux et modernes, à venir se recueillir dans cet endroit.

gisant-neuvy-détails

Les gisants de religieux, sans être exceptionnels, demeurent toutefois assez rares en Berry. Il m’aurait plu de vous montrer, à titre de comparaison, celui de l’abbé conservé dans la salle des collections médiévales de l’Hospice Saint-Roch d’Issoudun, mais la direction de cet établissement n’a pas daigné m’autoriser à venir en prendre des photographies, ce que je déplore vivement.

 

gisant-Neuvy-complet

 

 


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11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 18:09

lampier2

 

J’attire votre attention sur un petit monument roman très facile d’accès, situé à quelques centaines de mètres de l’axe Bourges-Montluçon, au cœur du village d’Estivareilles, dans le département de l’Allier. Élevé au centre d’une place qui occupe l’emplacement de l’ancien cimetière de la paroisse, le “lampier” d’Estivareilles est peut-être la dernière lanterne des morts de l’ancien diocèse de Bourges.
Au cours de mes déplacements, il m’est quelquefois arrivé de rencontrer une de ces curieuses colonnes de pierre creuses dont la fonction exacte nous échappe. Toutes se situaient dans les Charentes. Celle d’Estivareilles pourrait être le seul monument de ce type répertorié dans les Pays du Centre. Bien que peu spectaculaire, cette lanterne des morts présente, de part sa rareté, un intérêt certain.
Nous ne savons pas exactement si cette colonne abritait un feu permanent, ou si la flamme était allumée, et pour combien de temps, lors des cérémonies funèbres. L’absence de traces de fumée indique que le feu était certainement produit grâce à une lampe à huile, qui aurait donné le nom populaire de ce petit monument.
Autre particularité curieuse: cette lanterne des morts possède une pierre saillant légèrement à l’extérieur de son diamètre, qui présente des marques de grattages identiques à celles constatées sur de nombreuses églises de la région. Il est impossible de savoir si cette pratique est contemporaine de la construction de la colonne où si elle témoigne de coutumes plus récentes.

lampier3

L’ extrême rareté, voire l’unicité, de ce vestige justifie qu’on s’intéresse à sa présence dans un environnement qui compte peu de témoignages médiévaux propres à intéresser les visiteurs de passage dans la région.
Si certains lecteurs ont des informations sur d’autres lanternes des morts connues dans l’espace berrichon et bourbonnais, ou dans d’autres terroirs limitrophes, leur apport pourrait être précieux pour évaluer l’importance d’un phénomène qui, quoique marginal, enrichit notre perception de l’univers spirituel des populations qui nous ont précédés.

 

Lampier1

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Dans l'objectif de partager avec le grand public une partie du contenu de mes recherches, je propose des animations autour du Moyen-âge et de l'Antiquité sous forme de conférences d'environ 1h30. Ces interventions s'adressent à des auditeurs curieux de l'histoire de leur région et sont accessibles sans formation universitaire ou savante préalable.
Fidèle aux principes de la laïcité, j'ai été accueilli par des associations, comités des fêtes et d'entreprise, mairies, pour des conférences publiques ou privées sur des sujets tels que:
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Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
A retrouver dans la rubrique "liens": archéologie et histoire d'un lieu-dit

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Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

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paysan-ruthène

 

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Le rédacteur de ce blog s'oppose résolument aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles dans le paysage berrichon.
Argumentaire à retrouver sur le lien suivant:
le livre de Meslon: non à l'éolien industriel 

contacts avec l'auteur


J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.