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4 janvier 2014 6 04 /01 /janvier /2014 14:41

La-Crête2

 

Il existe, sur la commune d'Audes, dans l'Allier, une ruine méconnue et pourtant fort intéressante d'une forteresse médiévale, connue sous le nom de château de la Crête, ou de la Creste. Ce site, d'accès compliqué, n'a rien de touristique et est une propriété privée, aussi n'ai-je pu l'approcher qu'à distance. La récolte d'informations donne néanmoins des résultats intéressants.
La Crête se présente comme un éperon rocheux isolé du plateau qui l'environne par le travail de l'érosion. La mise en eau d'un étang artificiel ne permet pas d'évaluer la profondeur de la vallée ni la topographie initiale, mais ce lieu était un site défensif naturel favorable à l'établissement d'un retranchement. Par certains cotés, il présente des points communs avec le château de la Roche-Guillebaud, dans la vallée de l'Arnon.
Sur place, on observe une plate-forme consolidée par un parement de pierre sèche, portant des vestiges d'au moins deux époques distinctes. Les premiers, des tours rondes, peuvent dater du XIIIe siècle. Les seconds, le reste d'un grand corps de logis flanqué de tours carrées dotées de meurtrières à armes à feu, semble du XIVe ou du XVe siècle. A la jumelle, on remarque que les archères qui équipaient les tours rondes ont été remplacées par des ouvertures compatibles avec des couleuvrines. On aperçoit quelques saillies de latrines. L'ensemble présente un profil caractéristique de ces vieilles forteresses féodales réaménagées à l'époque de la guerre de 100 ans pour devenir autant des résidences confortables que des forts capables de résister à un siège.

 

La-Crête1

 

Plus au-delà, sur le plateau, sont visibles plusieurs grands murs qui closent des parcelles dont une accueille un château plus récent. En l'absence d'autorisation, je ne me suis pas permis d'aller plus loin que les chemins vicinaux, mais on peut penser à des restes de basse-cour ou de garenne.
L'une des curiosité de la Crête est d'avoir laissé très peu de traces dans les archives. Une des seules occurrences relevées date de 1128 et témoigne de la présence d'un chapelain sur place, peut-être desservant de la chapelle attachée au premier château. Un acte non daté mais produit dans un contexte qui se rapproche du XIIe siècle nous informe de l'existence d'un prévôt à la Crête, tout à fait compatible avec la déclaration d'un seigneur de Culan qui, en 1245, parle de sa maison (domo nostra de Crista) de la Crête.
Cela ne doit pas nous dispenser de chercher d'autres sources, mais ces deux dernières mentions suffisent à expliquer le mutisme documentaire qui entoure cette forteresse. Construite par les Culan, elle était tenue par un officier seigneurial qui en garantissait la garde. Il n'existait donc pas de seigneurs de la Crête qui pourraient être identifiés comme tels dans les chartes médiévales.

 

La-Crête3

 

D'autres historiens ont écrit la suite de l'histoire de cette place, beaucoup plus documentée à partir de la Renaissance. Il ne m'appartient pas de m'approprier leurs conclusions.
La Crête, je l'ai dit, est une propriété privée. Il est tout de même possible, avec une bonne carte et une solide paire de chaussures de marche, sans déranger plus que quelques chevreuils, d'avoir un beau point de vue sur une partie de ce château.

© Olivier Trotignon 201

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18 décembre 2013 3 18 /12 /décembre /2013 15:32

Christ-Levroux

 

Les chroniqueurs médiévaux Rigord et Guillaume le Breton nous ont laissé de précieuses informations sur les faits et gestes du roi de France Philippe Auguste lors du long conflit qui l’opposa à son rival Henri Plantagenêt, roi d’Angleterre et duc d’Aquitaine. Le Berry occidental et méridional étant à la fin du XIIe siècle l’une des zones de contact entre les fiefs de ces deux souverains, il est normal que ces deux auteurs aient rapporté  quelques événements marquants s’étant produits sur le sol berrichon. Parmi eux, nous trouvons le récit d’un fait étrange que Rigord n’hésite pas à qualifier de miracle tant il servi les intérêts du roi de France.
1188. Henri d’Angleterre rompt une trêve avec les Français. En représailles, Philippe Auguste mène une chevauchée sur les terres des seigneurs de Châteauroux, vassaux d’Aquitaine. Châteauroux, Buzençais et Argenton sont prises, certainement assez facilement, car il n’y a aucune récit de bataille, et le siège est mis devant Levroux, qui résiste mieux. Rigord précise que cette opération dure peu de temps.
Si la situation militaire est clairement maîtrisée par les stratèges du roi Philippe, les circonstances climatiques sont en défaveur des Français. L’été est chaud et sec, et le ruisseau, qui irrigue Levroux, est si à sec que hommes et chevaux souffrent des rigueurs de la soif, indice d’une campagne rapide et improvisée, dans laquelle l’intendance a été en partie laissée au hasard des circonstances. Dans le cas du siège de Levroux, l’armée du Capétien n’a trouvé ni puits ni source capable de lui procurer l’eau nécessaire à sa survie.
C’est là que, selon Rigord (Guillaume le Breton est plus prudent), survient le miracle. Sortie des profondeurs du sol, une onde abondante remplit le lit de la rivière, au point que les chevaux ont de l’eau jusqu’au ventre. L’armée se rafraîchit, les hommes et les animaux retrouvent des conditions de vie normales et la prise du château n’est plus qu’une question de jours. Sitôt la forteresse enlevée et le roi reparti, le flux s’interrompt et le ruisseau retrouve son étiage normal de plein été.
L’examen de la topographie exclut que cet événement ait été produit par un gros orage d’été. La source du cours d'eau est proche de Levroux, le relief insignifiant, un gros orage localisé comme il s’en produit parfois en plaine aurait été vu des assaillants. De plus, l’eau n’aurait pas coulé pendant plusieurs jours. La simultanéité des faits, l’eau arrive et repart avec le roi, montre que le phénomène est maîtrisé.
Il me semblerait intéressant de pouvoir prospecter les alentours de Levroux pour y rechercher les vestiges d’une éventuelle digue d’étang, pêcherie ou bief de moulin, dont les pelles ont pu être ouvertes par des fourriers de l’armée française partis courir les environs du siège pour y trouver des provisions. Il aurait été facile à des hommes expérimentés et bien renseignés de laisser partir une quantité d’eau suffisante pour assurer l’approvisionnement de la troupe capétienne, quelqu’un, eux ou le propriétaire de l’étang, refermant la vanne une fois le danger passé pour sauver ce qui restait de la réserve d’eau. Cette eau, captée par un phénomène karstique comme il s'en observe à plusieurs endroits en Berry, aurait pu ruisseler en sous-sol jusqu'à la résurgence initiale. Le toponyme "le gour" évoque ce type de réseau
Rigord, dont le récit fourmille de petits miracles, a trouvé là une preuve supplémentaire de la bienveillance de Dieu à l’égard du roi dont il contait les hauts faits.

 

© Olivier Trotignon 2013

 

 

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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 13:06

St-Benoît-nocturne

 

En parcourant les chartes de la célèbre abbaye ligérienne de Saint-Benoît-sur-Loire, qu’il est inutile de présenter ici, on remarque plusieurs textes relatifs au possessions que ce monastère sis dans le diocèse d’Orléans entretenait dans celui de Bourges. Plusieurs documents, datés d’entre 1110 et 1125, détaillent trois ensembles distincts d’églises dépendant des Bénédictins des bords de Loire.
Le plus éloigné de tous est le prieuré du Sault, à l’origine de la ville de Saint-Benoît-du-Sault, dans le sud de l’Indre. Les archives de son abbaye-mère y font assez souvent référence, et permettent d’en mesurer l’importance à l’aune de la liste de ses protecteurs, tant berrichons qu’aquitains ou limousins.
Le groupe le plus nombreux est aussi le plus proche en distance de Saint-Benoît, dont le prestige attirait naturellement les donateurs locaux: Saint-Martin près de Saint-Satur (Sancerre, en fait), Saint-Maurice de Châtillon-sur-Loire, Notre-Dame de Saint-Brisson, Saint-Martin de Vailly, Saint-Pierre de Poilly et Saint-Martin de Menétréol-sur-Sauldre sont reconnues par l’archevêque berruyer Léger comme légitimes propriétés de ses frères de Saint-Benoît.
Un troisième ensemble attire l’attention. Plusieurs églises, proches de Châteauneuf-sur-Cher, constituaient une part de la nébuleuse foncière des Bénédictins. Saint-Pierre de Châteauneuf, Saint-Martin de Corquoy, Saint-Pierre de Venesmes, avec la chapelle Saint-Jean, Saint-Baudel et Saint-Julien-le-pauvre (peut-être Saint-Julien, entre Chambon et Saint-Symphorien) forment un groupe homogène dont on peine à fixer l’origine. Si on repère sans difficulté les moments et les circonstances qui ont permis une augmentation de ce patrimoine (ajout des églises de Corquoy et Venesmes suite à des accords entre Saint-Benoît et le chapitre Saint-Étienne de Bourges ou même l’archevêque Vulgrin), la donation initiale n’a pas été conservée. Le récit de la bataille de Châteauneuf (première moitié du XIe siècle) rapporté dans la chronique de l’abbaye de Fleury, autre nom de Saint-Benoît, montre que cette donation ou vente, quelqu’en soit l’auteur, remonterait à une époque proche de l’an 1000.

 

© Olivier Trotignon 2013

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5 décembre 2013 4 05 /12 /décembre /2013 11:10

Fontmorigny

 

Il y a un certain intérêt à se pencher sur un phénomène mal connu et certainement occulté par des élans spirituels plus médiatisés comme les migrations de pèlerins vers Compostelle et les autres sanctuaires exposant des reliques de saint Jacques. Quelques faits-divers, à priori ordinaires, éclairent une pratique peu étudiée à ma connaissance: les pèlerinages de proximité ayant pour but la vénération de reliques ou d’objets miraculeux conservés dans des abbayes régionales.
Au hasard des analyses de lettres de rémission datant de la fin de la période médiévale se remarquent plusieurs faits tendant à prouver que deux monastères cisterciens, Loroy et Fontmorigny, attiraient sur leurs domaines des croyants étrangers à la sphère bernardine.
En 1415, un habitant de la paroisse du Gravier, près de la Guerche, tue lors d’une rixe un sergent du duc de Bourbon revenant d’un pèlerinage à Fontmorigny. En 1477, c’est un habitant de Menetou-Couture qui fait subir le même sort à un pèlerin en route pour le même sanctuaire.
En 1478, un accident malheureux met fin aux jours de Jean Rabillon, tué par une jument emballée alors qu’elle ramenait chez lui Pierre Gantère, habitant de Sainte-Montaine, de retour d’un pèlerinage à Loroy.
Si nous ignorons l’origine de la deuxième victime, les incidents de 1415 et 1478 présentent un profil parallèle. Dans le premier cas, le meurtre est commis sur la route du Sud, alors que le sergent ducal rentrait chez lui. Quelque soit l’endroit du Bourbonnais où il était en poste, cet homme n’était pas un étranger à la région. Dans la troisième affaire, le propriétaire de la jument n’était qu’à quelques heures de chez lui.
Ces pèlerinages de proximité sont forts intéressants, même si les détails manquent pour évaluer le mode de réception des visiteurs sur les sites cisterciens, en principe soumis à la stricte discipline de la clôture. Dans quelle partie de l’abbaye étaient exposés les objets de la piété populaire? La clôture était-elle assouplie? Quels bénéfices les moines tiraient-ils des inévitables offrandes? Ces questions mériteraient un examen attentif par des historiens rompus à l’étude des dernières décennies de la période médiévale.
Cette pratique est-elle née des difficultés à circuler paisiblement sur de longues distances pendant la guerre de 100 ans? Plusieurs cas de pèlerins anglais, pourtant munis de sauf-conduits en règle et dépouillés ou brutalisés sur les routes de la région pourraient le laisser penser. On ne doit pas écarter non plus le simple aspect pratique de ces pèlerinages de proximité. Le sergent du duc et le cavalier venus de Sainte-Montaine étaient sans doute de petites gens trop modestes et trop peu mobiles pour partir en voyage vers des sanctuaires lointains. On n’écartera pas non plus l’hypothèse de reliques réputées efficaces pour une prière précise, en relation avec la santé du suppliant, comme à Saint-Menoux, Saint-Phalier ou encore la Celle-Bruère.

 

​​​​​​​© Olivier Trotignon 2013

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24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 12:38

Brinay-1

 

Un peu à l’écart des grands axes touristiques, mais très facile à découvrir pour celui qui ne fait que traverser la région, la petite église de Brinay, au sud de Vierzon, contient une des plus belles séries de fresques romanes du Berry, identiques ou supérieures en qualité à ce qu’on observe à Vic, Gargilesse ou encore Chalivoy-Milon.

Comme tant d’autres, elles ont été découvertes assez récemment, après que le badigeon qui les recouvrait ait été retiré, ce qui a préservé la densité des pigments d’origine.

N’étant pas historien de l’Art, il ne m’appartient pas de commenter ni les méthodes qui ont été mise en œuvre pour leur réalisation, ni les scènes bibliques qui y sont représentées, mais il ne me paraît pas exagéré de prendre cette petite église de la vallée du Cher comme illustration fidèle de ce à quoi a pu ressembler une foule de sanctuaires contemporains.

 

Brinay2

 


Même si Vierzon, importante seigneurie du premier âge féodal berrichon n’est pas loin, l’église de Brinay ne trahit aucune richesse exagérée dans sa conception. Chapelle de campagne assez sobre, elle n’a rien d’exceptionnel, ce qui la rend d’autant plus intéressante, car elle peut servir d’exemple de l’environnement pictural dans lequel se déroulaient les cérémonies à la période médiévale. Loin du dépouillement minéral qui est devenu le lot commun d’une multitude d’églises, Brinay vient nous rappeler que ces bâtiments étaient une majorité à être ornés de fresques illustrant des passages des Évangiles, et que ces peintures ont été en grande majorité perdues au fil du temps.

Autre bonne surprise pour l’historien, mais qui fera l’objet d’un billet complémentaire dédié à ce thème précis, Brinay abrite un calendrier médiéval au moins aussi intéressant que ceux de Paulnay ou de Vernais.

 

Brinay3

 


Je ne voudrais pas vous encourager à découvrir ce gisement artistique remarquable sans vous inviter au préalable à vous renseigner sur l’accessibilité de l’intérieur de l’église. Les photographies qui illustrent ce propos ont été prises lors des journées du Patrimoine; il n’est pas sûr que les portes soient ouvertes en permanence.

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17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 09:02

Sully-château

 

Pour beaucoup, lorsqu’on évoque le mot “Sully”, se forme l’image d’une sorte de sage barbu le cou enserré par une fraise à la mode du temps d’Henri IV, fidèle à la culture héritée du patient travail nos anciens instituteurs. Pour un historien du Berry, ce nom propre éclaire une partie du passé de sa région, à une époque où le paysage féodal était en passe de se composer.

Sully est une seigneurie ligérienne proche de l’Orléannais, qui a su dès l’aube du XIe siècle, se fixer dans le nord de l’actuel département du Cher, aux Aix et à la Chapelle. Ces deux bourgs sont associés au cours du XIIe siècle au patronyme d’un de leurs seigneurs, Gile, ou Gilon de Sully. Ils deviennent ainsi les Aix et la Chapelle du sire Gilon, dominus Gilo, en latin, et dam Gilon, en langage de l’époque. Ainsi se forme les toponymes encore en usage aujourd’hui. 

Ces premiers pas en Berry s’accompagnent de l’édification de mottes castrales autant pour garantir la sécurité des nouveaux arrivants que d’affirmer leur souveraineté sur leurs terres et ceux qui les cultivent. L’une d’elle, entourée de haies pour renforcer son efficacité, comme c’est le cas ailleurs dans la région (les textes citent une haie du seigneur de Lignières près de Chezal-Benoît, au XIIe siècle), donne son nom à la ville des Aix-d’Angilon: Haia domini Giloni, la haie du seigneur Gilon.

Très vite, se pose la question des cadets de famille, qui n’héritent pas du pouvoir de leurs aînés, mais qui réclament une terre pour y vivre. Les deux villages,  les Aix et la Chapelle, sont accordés comme apanages à certains d’entre eux. A Sens-Beaujeu, en Sancerrois, c’est une branche des Sully qui reçoit la terre en fief, et qui y prospère. On peut admirer l’effigie d’un de ses seigneurs sur une dalle funéraire conservée dans l’église de Méry-es-Bois, objet d’un billet sur ce blog il y a quelques années. Sur le territoire de cette commune se rencontrent les vestiges d’une “motte-Seuly”.

L’emprise des Sully ne se limite pas au Haut-Berry. Au cours du XIIIe siècle, cette famille réussit son implantation en Boischaut, profitant du démembrement de l’ancienne seigneurie de Charenton, tombée en quenouille. Bruère-Allichamps, Orval, Epineuil entrent dans l’orbite de la grande seigneurie ligérienne, qui devient protectrice des moines de Noirlac, succédant ainsi aux anciens Charenton. Tout près d’Epineuil, la petite cité fortifiée de Vallon-en-Sully porte leur nom.

Bourges accueille aussi des fils de cette famille, mais sur son siège archiépiscopal, cette fois. Sully donne quatre archevêques à la ville: Henri de Sully. 1183-1199, Simon. 1218-1232, Jean. 1261-1272 et Guy. 1276-1280. C’est au temps du premier d’entre-eux que commencent les travaux qui donnent le jour à l’actuelle cathédrale.

 

​​​​​​​© Olivier Trotignon 2013

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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 09:23

monnaie-

© Hôtel des ventes Jacques Cœur


Dans notre monde d’historiens, le pillage archéologique est une des pires plaies. Des individus munis de détecteurs de métaux profitent de l’absence de nos collègues archéologues de leurs chantiers de fouilles pour rafler tout ce que le sol peut contenir de métallique, sabotant le travail des professionnels et détruisant irrémédiablement des éléments irremplaçables d’identification et de datation des sites étudiés. A la fin de la nuit, dans la poche de ces irresponsables, peut-être de quoi s’offrir un jeu de batteries neuves pour leur détecteur, mais aussi de quoi comparaître devant la Justice, si les forces de l’ordre interviennent opportunément.
Que les choses soient bien claires: tous les “détectoristes” n’ont pas un profil de prédateur. Certains cultivent leur loisir dans des zones neutres, et n’ont rien à voir avec ces commandos de pilleurs qui se fichent totalement de la culture, poussés uniquement par l’appât de la collection ou du gain. J’ai eu des contacts avec plusieurs d’entre eux, et ils ne m’ont pas semblé plus nuisibles qu’une entreprise de travaux publics qui saccage sciemment des niveaux archéologiques en creusant tranchées ou fondations.
Vous comprendrez le malaise que j’ai ressenti à la lecture d’un petit catalogue d’objets vendus aux enchères dans un hôtel des ventes de Bourges. Au milieu des toiles, meubles et bijoux anciens figure une petite monnaie de la seigneurie de Châteaumeillant, dans le sud du Berry, mise à prix 2200 €..
Il s’agit d’une obole, soit quelques grammes de billon, sans doute très rare -je n’avais jamais entendu parler de cette émission- qui coûte un peu moins cher qu’un denier de la seigneurie d’Huriel, proposé à plus de 3000 €  il y a quelques années sur le site de vente en ligne d’un numismate parisien.
Ce prix m’a atterré. Si je tente une comparaison maladroite, cette obole vaut plus que le salaire mensuel d’un de mes collègues en début de carrière. Trois ou quatre d’entre elles représenteraient, entre autres, la valeur d’une berline neuve produite en Roumanie.
Si je peux faire ce calcul théorique, d’autres peuvent le faire, surtout en période de crise économique et en arriver à la conclusion que le pillage de sites peut-être une source de revenus confortables.
Certes, il n’est pas interdit de posséder, vendre ou acheter des monnaies anciennes, mais est-il opportun de faire de la réclame publique, en affichant les prix, pour le commerce de tels objets, sans aucune considération pour les dégâts sur le patrimoine qu’une telle publicité peut inciter à commettre?
Il me semblerait plus juste de faire comme dans certains grands restaurants où par élégance quand on y invite une dame, les prix ne sont pas portés sur le menu. Seuls les vrais connaisseurs, responsables de musées ou numismates avertis, seraient en mesure d’apprécier la rareté des objets archéologiques mis aux enchères.

 

© Olivier Trotignon 2013

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10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 10:38

bœufs cathédrale

 

Voici une question d'économie rurale et d'aménagement de l'espace tout à fait intéressante qui est révélée par l'étude des lettres de rémission accordées à des Berrichons en cette fin de Moyen-âge. En environ un siècle et demi, ce sont plus de 20 affaires de meurtres qui sont absoutes par la justice royale, ayant toutes trait à des questions de divagation d'animaux ou de destruction de haies, donc de problèmes de clôtures. Considérant les lettres de rémission comme des procédures assez rares, on peut imaginer que les affaires de violences liées à la contention des animaux de ferme devaient être très courantes dans la région.
Le cas le plus fréquent concerne des bovins ayant dévasté des parcelles en culture, champs d'avoine, prés ou vignes dans le Sancerrois. Le cultivateur découvre les bêtes de son voisin sur ses terres et le tue par colère ou en représailles. Un fois, à Néret, vers la Châtre, ce sont les bœufs qui font les frais de l'accès de violence et c'est leur maître qui exerce une forme de talion contre le voisin meurtrier de ses animaux. Ailleurs, vers Dun-sur-Auron,c'est une chambrière qui est tuée par son maître pour avoir mal gardé ses chèvres.
Un autre motif de grogne est révélé par des problèmes de clôtures et de droits de passage, surtout vers la fin du XVe. Des paysans tuent parce que quelqu'un à détruit leur haie pour faire un chemin afin d'accéder à ses terres, ou arrache une clôture pour le même motif. Ces cas sont éclairés par des affaires plus anciennes, comme la violation d'une coutume du Berry consistant à laisser paître des bêtes dans des prés privés après la coupe du foin ou une querelle née autour d'un droit de pâture collective dans les prés du bord de l'Indre à Buzançais.
Il semble que la racine de toute cette violence soit à rechercher dans l'existence d'un micro-élevage rendu possible par des droits d'usage collectifs et un paysage ouvert. De simples laboureurs possèdent quelques têtes de bétail ou quelques chèvres mais n'ont pas les terres en rapport avec leur entretien. Les animaux se nourrissent au long de transhumances quotidiennes, sous la garde de bergers pas toujours attentifs ou sans gardiens du tout. Fatalement, ces bêtes visitent des parcelles cultivées avec soin, générant des conflits qui vont jusqu'à l'homicide. Il pourrait y avoir là une forme d'opposition entre des paysans propriétaires et une population de petits journaliers qu'on n'hésite pas à maltraiter, jusqu'au meurtre.
La fixation de haies bocagères, destinées autant à empêcher ses propres animaux de vagabonder que ceux des voisins de venir dévaster ses terres est-elle une réponse à cette anarchie pastorale? C'est possible, mais il faudrait des études beaucoup plus fines pour l'affirmer. Ce qui semble par contre établi, c'est que la plantation de haies et la pose de clôtures se fait de manière tout aussi anarchique, sans concertation pour les droits de passage, ce qui prive certains agriculteurs d'accès direct à leur bien et contribue à augmenter la violence qui règne dans le monde rural.

 

​​​​​​​© Olivier Trotignon 2013

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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 14:32

Crozant

 

Sachant l’intérêt que beaucoup de gens portent aux manifestations concrètes de la société médiévale que sont les monuments historiques et les musées, j’ai tenté, depuis quelques mois, de parcourir toutes les collections publiques régionales pour me faire une idée de la richesse de leurs contenus. Après avoir franchi les portes des musées de Bourges, Moulins, Saint-Amand, Issoudun et Huriel, et en attendant de ma rendre à Mehun-sur-Yèvre et à La Châtre, je suis retourné voir le musée Bertrand de Châteauroux, espérant bien, cette fois ci, être autorisé à faire le tour des salles consacrées au Moyen-âge.
Une première visite, cet hiver, s’était conclue par un échec. La partie archéologique était fermée et devait ouvrir au printemps.
L’automne est arrivé et les salles des collections anciennes sont toujours inaccessibles.
Je n’irai pas médire sur ce musée, plutôt agréable. On y est bien accueilli, l’accès est gratuit, les photographies autorisées sans flash, le lieu organise des conférences et des expositions de qualité. Sous cet aspect, il serait difficile de se plaindre, c’est un fort bel endroit pour la Culture.
Ce qui chagrine le médiéviste que je suis, c’est que l’univers castelroussin n’avait rien d’anecdotique à la période qui nous intéresse. Déols a été l’une des principales seigneuries de la région, son abbaye a connu un développement rarement égalé dans les régions du centre, des souverains éminents sont passés sous ses portes. De ce passé, le visiteur occasionnel n’a presque aucune perspective. Dommage, vraiment, que le musée Bertrand n’ai pas mis cet aspect de l’histoire locale plus en valeur.
Je ne peux donc pas en conseiller la visite aux médiévistes à cause de ce point faible, mais je ne passerai pas sous silence non plus toutes ses autres qualités.

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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 18:20

Genouilly-s.-capitulaire

 

Beaucoup moins connu des non-spécialistes que l’Ordre cistercien, qui lui est contemporain, l’Ordre limousin de Grandmont a laissé en Berry des traces remarquables. Une des mieux conservées de la douzaine de celles qu’a compté le diocèse de Bourges au Moyen-âge se trouve à une quinzaine de kilomètres de Vierzon, sur la commune de Genouilly. Baptisé Fontblanche, ce monastère a été, comme tant d’autres, abandonné aux activités agricoles après la Révolution, mais, contrairement à plusieurs maisons de l’Ordre fondées en Berry, celles-ci n’ont pas trop détérioré ses bâtiments. Il reste aujourd’hui environ les trois quarts des anciens murs monastiques, et les efforts de restauration entrepris par ses actuels propriétaires leur ont rendu leur aspect vénérable.

 

Genouilly-nef

 

Fontblanche ne réserve aucune surprise ou anomalie architecturale. Ses bâtisseurs se sont pliés aux règles voulues par l’Ordre. Chapelle, aile de la salle capitulaire et du dortoir et bâtiments fonctionnels sont aux dimensions et proportions qu’on observe ailleurs dans la région, à Corquoy et à Fontguedon, entre autres. Si les moellons qui occupent le plus gros des maçonneries sont quelconques, les encadrements d’ouvertures sont taillés dans une roche ocre qui donne un ton très chaud à l’ensemble.
Deux espaces ont fait l’objet de restaurations poussées: la chapelle prieurale et le dortoir des frères. La salle capitulaire est encore dans un état rustique, quoique quelques moulures aient été retaillées.

 

Genouilly-dortoir

 

La celle de Fontblanche n’est pas un endroit touristique. Bien que soigneusement entretenu et occupé toute l’année, le site est privé et ouvre rarement. C’est pourquoi je vous recommande vivement d’en prévoir la visite lors des prochaines journées du Patrimoine de septembre. La découverte de l’ensemble est assurée par les propriétaires et vaut largement le déplacement. Le public ne s’y est pas trompé: la fréquentation progresse régulièrement d’année en année et ne repose pas que sur une population de locaux curieux intéressés par le patrimoine de proximité. Fontblanche illustre la richesse patrimoniale de la région, quelquefois injustement occultée par quelques sites touristiques emblématiques qui focalisent l’attention des médias et des touristes. Le Moyen-âge berrichon, dans son aspect monumental, ne se résume pas à quelques cartes postales et quelques concepts historiques simplifiés.

 

Genouilly-chevet

 

En remontant fouiller dans les anciennes livraisons de Berry médiéval, vous retrouverez, avec l’outil de recherche en haut à droite de cette page, des informations sur la celle de Corquoy, elle aussi en cours de rénovation, et elle aussi ouverte pour les journées du Patrimoine. Les deux monastères sont si complémentaires qu’il est difficile de parler de l’un sans évoquer l’autre.

 

© Olivier Trotignon 2013

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  • : Moyen-âge en Berry
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Conférences

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Dans l'objectif de partager avec le grand public une partie du contenu de mes recherches, je propose des animations autour du Moyen-âge et de l'Antiquité sous forme de conférences d'environ 1h30. Ces interventions s'adressent à des auditeurs curieux de l'histoire de leur région et sont accessibles sans formation universitaire ou savante préalable.
Fidèle aux principes de la laïcité, j'ai été accueilli par des associations, comités des fêtes et d'entreprise, mairies, pour des conférences publiques ou privées sur des sujets tels que:
- médecine, saints guérisseurs et miracles au Moyen-âge,
- l'Ordre cistercien en Berry;
- les ordres religieux en Berry au M.A.;
- la femme en Berry au M.A.;
- politique et féodalité en Berry;
- le fait religieux en Berry de la conquête romaine au paleo-christianisme...
- maisons-closes et la prostitution en Berry avant 1946 (animation réservée à un public majeur).
Renseignements, conditions et tarifs sur demande à l'adresse:
Berrymedieval#yahoo.fr  (# = @  / pour éviter les spams)
Merci de diffuser cette information à vos contacts!

Histoire locale

Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
A retrouver dans la rubrique "liens": archéologie et histoire d'un lieu-dit

L'âne du Berry


Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

Histoire et cartes postales anciennes

paysan-ruthène

 

Cartes postales, photos anciennes ou plus modernes pour illustrer l'Histoire des terroirs:

 

Cartes postales et Histoire

NON aux éoliennes géantes

Le rédacteur de ce blog s'oppose résolument aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles dans le paysage berrichon.
Argumentaire à retrouver sur le lien suivant:
le livre de Meslon: non à l'éolien industriel 

contacts avec l'auteur


J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.