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1 juin 2022 3 01 /06 /juin /2022 15:42

C'est à une nouvelle conférence, inédite, que je vous convie aujourd'hui laquelle, pour une fois, n'évoquera que brièvement la période médiévale, pour aller explorer une époque qui ne m'est pas familière, le XVIIe siècle.

Partant d'un personnage d'une importance spirituelle considérable, Robert d'Arbrissel, décédé au début du XIIe siècle dans les murs du prieuré fontevriste d'Orsan, qui conserva son cœur embaumé pendant plusieurs siècles, nous découvrirons le récit d'une troublante série de miracles rapportés par les habitants, aussi bien nobles que clercs ou gens du peuple et attribués à la relique. De rares témoignages de dévotion populaire seront évoqués, de même que les tristes évènements qui ensanglantèrent et ruinèrent la région au moment des Guerres de religion.

Cette conférence est organisée par l'association des Amis du prieuré d'Allichamps, au profit de la restauration du monument. Exceptionnellement, un droit d'entrée sera demandé, de 6 €.

Le prieuré d'Allichamps est situé non loin de l'abbaye de Noirlac, et est accessible facilement à partir de la route Bruère-Allichamps - Châteauneuf-sur-Cher. Prévoyez de venir un peu à l'avance, pour trouver votre place sur les bas cotés de la route qui mène à l'édifice. L'accès pour les personnes à mobilité réduite est possible, mais rudimentaire.

J'insiste, si vous me le permettez, sur un point: cette conférence respectera scrupuleusement les règles de la laïcité. L'historien que je suis trouve dans les récits miraculeux rapportés par les contemporains une source d'informations d'une grande richesse, étudiée dans le strict respect de la conscience de chacun.

Au plaisir de vous y voir ou revoir,

© Olivier Trotignon 2022 pour le texte

© Amis du prieuré d'Allichamps pour l'affiche

 

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4 mai 2022 3 04 /05 /mai /2022 13:48

2020 et 2021 auront été pour vous comme pour moi une période d’annulations et de reports d’une multitude de dates de spectacles, de concerts et, bien sûr, de conférences. Mes rares partenaires qui ont eu le courage de prendre le risque de m’inviter et de voir leurs initiatives ruinées par une exigence sanitaire de dernière minute m’ont permis, et je les en remercie chaleureusement, de conserver un lien avec un auditoire toujours attentif et exigeant.

C’est avec un soulagement certain que nous voyons se dissiper les contraintes engendrées par la pandémie, et qu’il m’est possible de vous annoncer une première conférence, le 21 de ce mois de mai.

Répondant à l’invitation de la municipalité de Dun-sur-Auron, dans le Cher, j’aurai le plaisir de vous proposer une animation inédite que nous avons intitulée :

 

Dun-sur-Auron, une ville royale au temps des croisades

 

La ville de Dun est un paradoxe pour l’historien que je suis : riche d’un patrimoine médiéval dense et de grande qualité, elle a laissé peu de traces dans les archives régionales. A partir de diverses sources toponymiques, archéologiques, littéraires et surtout une lecture des archives de la monarchie capétienne, nous tenterons d’évaluer l’importance de cette cité hors-normes dans le Berry à l’époque des croisades.

 

Je vous donne donc rendez-vous le samedi 21 mai à partir de 18 heures (début de la conférence) jusque vers 19h30 à l’espace Boussard, à Dun-sur-Auron. L’entrée est libre et gratuite. Un parking à grande capacité est à votre disposition. La salle est accessible pour les personnes à mobilité réduite.

Aucune connaissance particulière en Histoire n’est requise, mais le sujet risque d’ennuyer rapidement le jeune public.

Même s’il encore trop tôt pour l’annoncer avec certitude, il est possible que soit exposée à cette occasion, à titre exceptionnel, l’original sur parchemin scellé par le roi Louis VII de la charte de franchises de Dun, document rare et d’une qualité remarquable conservé dans la cité depuis le XIIe siècle.

 

D’autres dates de conférences seront publiées très bientôt.

 

Au plaisir de faire votre rencontre ou de vous revoir,

 

 

© Olivier Trotignon 2022

 

 

 

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2 avril 2022 6 02 /04 /avril /2022 09:26

 

Depuis quelques mois, la presse régionale a rapporté toutes les incertitudes qui entourent la possible réouverture à la visite de la forteresse médiévale de Culan, fermée depuis des années, et frappée d’un certain nombre de désordres du bâti qui pourraient conduire le site à la ruine. 

J’ai été contacté pour émettre un avis sur la façon dont pourrait être organisé le peut-être futur accueil des visiteurs. Après avoir visité la place-forte des combles aux caves, et m’appuyant sur les recherches menées depuis ma Maîtrise sur l’histoire de Culan -recherches non communicables en l’état, pour éviter le pillage intellectuel de mes résultats- j’ai proposé un projet d’aménagement des espaces ouverts au public respectant l’histoire du château et de ses environs, faisant litière des aspects légendaires auréolant le passé de l’endroit.

Je n’ai, à ce jour, reçu aucune réponse à mes propositions. Il me serait pénible que mon temps passé à rassembler les éléments appuyant mon argumentaire soit définitivement perdu et que mon texte réapparaisse plus tard sous une autre signature. Je porte donc à votre connaissance, pour information, mon avis d’historien sur un dossier qui attend encore, en ce début avril 2022, une heureuse conclusion.

 

 

 

"Bonjour monsieur XXXX

 

vous m’aviez, lors de notre visite, demandé mon avis sur des éléments susceptibles de permettre une réouverture du château de Culan à la visite, dans le cas où le Conseil départemental du Cher deviendrait propriétaire de cet ensemble.

Bien entendu, les réflexions qui suivent n’engagent que moi, et s’appuient sur mon expérience de médiéviste et conférencier indépendant n’ayant jamais été concerné par la moindre aide de la part d’organismes privés ou publics pour la menée de mes recherches. Ma parole est donc complètement libre.

 

L’histoire proprement dite de la forteresse n’est pas documentée. Seules l’archéologie et la castellologie peuvent permettre d’avancer des hypothèses sur les différentes phases de construction du château. Cette absence de données n’est pas propre à Culan. La plupart des bâtiments médiévaux de la région, militaires, civils ou religieux souffrent des mêmes lacunes documentaires.

Culan, en revanche, est un des rares sites fortifiés médiévaux régionaux a avoir été construit et possédé par une famille qui a laissé d’assez nombreuses traces dans les archives. La plupart des autres châteaux du Moyen-Âge local en état d’être visités n’ont pas cet avantage.

C’est, je pense, un point de départ possible pour réorganiser à partir de connaissances attestées, et non plus de postulats invérifiables, un circuit de visites dans le château.

Les Culan sont présents dans le paysage politique local depuis la fin du XIe siècle jusqu’à la Guerre de 100 ans. Au long de ces plus de trois siècles, nous les voyons doter les abbayes et prieurés locaux, participer à une croisade, à une chevauchée, affranchir Vesdun, battre monnaie, être impliqués dans différents conflits locaux et nationaux et, enfin, participer à la libération d’Orléans.

Il me paraît possible, avec un budget raisonnable, d’organiser à l’intérieur des espaces secs (hors caves) une formule de panneaux d’exposition garnis de textes et de photographies illustrant les diverses activités auxquelles les Culan ont pris part, avec des fac-simile de chartes et sceaux, des maquettes de la forteresse à divers stades de son évolution. L’ensemble gagnerait à être complété par des tenues militaires propres à chaque grande période, de facture moderne, qui garantiraient l’intérêt du public pour des armements souvent méconnus, avec lesquels le bric-à-brac actuellement visible dans les pièces du château n’a qu’un rapport lointain.

N’ayant pas poussé mes recherches au-delà de la fin de la période médiévale, je ne dispose que de très peu de données sur la période allant de la Renaissance à la Révolution, mais il y a très certainement des moments forts, comme la Fronde, à illustrer selon le même principe.

Un tel choix permettrait de fournir au personnel en charge des visites une trame narrative facile à suivre. Cela donnerait à Culan un statut original dans une région où la période médiévale est peu valorisée, hors quelques sites religieux. Un trait d’union est possible avec Noirlac, dotée par les Culan. Des panneaux et des équipements légers (proches de ce que les Archives départementales produisent lors de leurs expositions temporaires, de grande qualité) pourraient être facilement déplacés pour libérer des salles pour des manifestations ponctuelles.

Avec un minimum d’équipements (chaises, vidéo-projecteur, sonorisation ponctuelle), l’intérieur du bâtiment a la capacité d’accueillir des conférences, débats et colloques dans un cadre plus attractif que les ordinaires salles des fêtes souvent retenues pour ce type de prestation.

La cour du château me paraît assez vaste pour accueillir certaines troupes de reconstitution médiévale offrant des prestations de qualité. Culan pourrait se distinguer par des animations estivales offrant au public une vision du passé sans les stéréotypes racoleurs habituels des fêtes dites médiévales.

Dans une perspective plus étendue que le simple cadre de la forteresse, Culan peut offrir au public un point de départ pour des itinéraires culturels dans la moitié Sud du département ouvrant sur les musées, le patrimoine historique et pourquoi pas naturel de la région, favorisant l’économie locale et l’attractivité d’un territoire intermédiaire entre Berry, Auvergne et Limousin."

 

 

© Olivier Trotignon 2022

 

 

 

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22 mars 2022 2 22 /03 /mars /2022 09:02

Préparant une future conférence sur le passé de la ville de Dun-sur-Auron à l’époque des Croisades, j’ai voulu évaluer l’importance de sa charte de franchises par comparaison avec les autres textes de même nature connus en Berry pour la période médiévale. Je dois avouer avoir été surpris par l’importance du phénomène des franchises dans le diocèse de Bourges. La chronologie qui suit, pourtant imposante, n’est peut-être pas complète. Certaines communautés urbaines ou villageoises ont bénéficié de chartes complètes, d’autres se sont vu accorder des privilèges partiels. Souverains, grands et petits seigneurs, archevêques de Bourges ont concédé, essentiellement aux XIIe et XIIIe siècles, à une partie de leurs populations, des droits destinés à fixer paysans, artisans et marchands dans des terroirs parfois peuplés de longue date, mais aussi en attirer d’autres dans des villes nouvelles au cœur des grands défrichements ou le long des grands chemins.

Beaucoup de ces textes ne sont connus que par des allusions tardives, ou des confirmations de droits par les successeurs du signataire originel. Il existe des copies anciennes très fidèles et même quelques originaux sur parchemin, comme la Grande Charte de La Châtre ou la charte royale de Dun, encore scellée du sceau du roi Louis VII, qui sera peut-être exposée à l’occasion de mon animation dans cette ville.

Toutes les villes franches n’ont pas eu le même destin. Au moins une d’entre-elles, Boisroux, dans les environs de Lignières, n’existe plus que sous forme d’un pré entouré de fossés, sans qu’on sache vraiment quand, comment et pourquoi ses habitants l’ont désertée.

La liste qui suit rassemble des lieux situés dans plusieurs départements (Cher, Indre, Allier, Creuse et Loir-et-Cher). Un classement chronologique m’a semblé plus pertinent qu’une liste de toponymes par département. Une bibliographie sommaire permettra au lecteur de retrouver des informations sur telle ou telle franchise, et plus particulièrement les ouvrages de René Gandilhon : Catalogue des chartes de franchises du Berry et Maurice Prou : Les coutumes de Lorris et leur propagation aux XIIe et XIIIe siècles.

1136 - Villefranche en Bourbonnais 

1150 - Monterie 

1151 - Limoise 

vers 1164 - Issoudun

1175 – Dun et Bourges

1177 - Preuilly 

1178 - Beaulieu – Santranges 

1186 - La Perche

1189 - Saint-Amand

1190 - Issoudun – Barlieu – Sancerre 

1194 - Charôst 

1199 - L’Etang-le-Comte 

1202 - Sancoins – Saint-Germain-des-Bois

1203 - Le Châtelet 

1209 - Mehun-sur-Yèvre – Lineroles – Belle-Faye

1210 - Saint-Brisson 

1212 – La Chapelle d’Angilon

1213 - Lury

1215 – Cluis

1216 – Selles-sur-Cher

1217 – La Châtre

1218 – Cluis et Aigurande – peut-être Eguzon

1219 - Mehun-sur-Yèvre

1220 – Châteaumeillant

1222 – Déols 

1226 - Boisroux – Charenton

1227 – Ids-Saint-Roch

1228 – Châteauroux

1234 – Saint-Laurent (sur-Barangeon)

1236 – Orsennes

1239 – Bouesse

1241 – Menetréol-sous-Sancerre

1246 – Graçay

1247 - Boussac

vers 1248 – Vierzon

1249 – La Chapelaude

1251 – Saint-Chartier

1257 – Bengy

1258 – Châteauneuf-sur-Cher

1260 - La Peyrouse

1265 – Vouillon et Vesdun

1268 – Lignières et Saint-Hilaire

1269 - Menetou-sur-Cher

1270 – Culan – Le Pondy

1276 – La Pérouse

1278 - Gournay et Buxières-d’Aillac

1279 – Saint-Palais

1281 – Le Pin et Gargilesse

1290 – Saint-Marcel

1301 - les Aix-d’Angilon

1315 – Saint-Gildas

1318 – Saint-Benoît-du-Sault

1391 – Prély

1427 – Boussac

1468 – Neuvy-sur-Barangeon

1536 - La Berthenoux

 

 

 

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15 février 2022 2 15 /02 /février /2022 11:50

Mise en valeur dans les programmes scolaires, la période des Lumières semble avoir été le fait de grands esprits laïcs pré-révolutionnaires. Souvent totalement passés sous silence, des savants religieux ont produit un travail en tous points remarquable sur lequel l’historien peut s’appuyer en toute confiance pour accéder à des informations utiles à la connaissance du terroir qu’il étudie.

Il y a plusieurs années, j’avais rédigé l’article qui suit pour le compte de la regrettée revue Berry magazine, compte non soldé car la dite revue n’a jamais pensé à me dédommager pour sa composition. N’en ayant donc jamais, à mon grand regret, cédé les droits, je vous le propose, légèrement revu et corrigé, en libre lecture.

Les tribulations d'un savant bénédictin en quête d'informations sur l'histoire religieuse du diocèse de Bourges.

Un enquêteur d'exception

Né au Puy-en-Velay, Jacques Boyer manifeste dès l'enfance un don pour les études, qui le conduit à prononcer ses vœux parmi les Bénédictins. Expert en paléographie latine et passionné par les recherches, ce serviteur de l'Histoire est très tôt pressenti par la hiérarchie bénédictine pour collaborer à un immense chantier d'érudition entrepris autour de l'histoire du Christianisme en France, rédigé sous forme d'un ouvrage collectif qui demeure aujourd'hui une référence pour les chercheurs, la Gallia Christiana.

En 1710, il quitte son monastère pour un long voyage à travers les provinces françaises, visitant les monastères, collectant des traditions orales, recopiant des textes anciens, et envoyant, lorsque l'occasion se présente, ses notes à Paris aux rédacteurs de la Gallia. Ayant momentanément terminé son exploration des archives auvergnates, il arrive dans le diocèse berruyer en mars 1711.

 

Le carnet de voyage de Dom Boyer

S'il reste peu de trace de sa correspondance avec les savants parisiens, le journal de voyage du père Boyer a été en grande partie conservé et publié à la fin du XIXe siècle (note). Rédigé suivant la chronologie des déplacements du religieux dans les provinces, cet ouvrage n'était pas à l'origine destiné à être lu par le grand public. Son auteur y note donc très librement un foule de petites remarques sur ses conditions de voyage, sur les gens qu'il rencontre ou sur la façon dont il est reçu par ses hôtes. Ses pages fourmillent donc de détails de la vie quotidienne pris sur le vif. Quittant Saint-Pierre-le-Moûtier pour Nevers, le moine découvre trois hommes suppliciés, deux roués et un pendu, sur le bord de la route. Sobrement, il remarque que "la justice de St-Pierre est extrêmement exacte". Arrivé à Bourges en avril, il est témoin de la montée des eaux de l'Auron, qui inonde les prés de Chape et consigne que, inquiet du déluge qui s'abat sur la ville depuis plusieurs jours, l'archevêque ordonne neuf jours de procession pour demander le beau temps. Passant le Cher à Saint-Florent le 19 mai, il s'étonne de la longueur du pont qui enjambe la rivière et relève les stigmates de la crue de 1707, qui avait emporté une partie des arches. A Chezal-Benoît, où il réside plusieurs semaines, c'est une marche d'escalier, qui brille faiblement la nuit, qui attire son attention.

Dom Boyer cite le nom des auberges où il dîne - le Cheval blanc à Moulins, le Bœuf couronné et l'Écu, à Bourges, le Dauphin à Issoudun, le surnom d'un moine, dit "la Toise", à cause de ses presque deux mètres de taille, ou détaille le plaisir qu'il a eu à bien manger ou à écouter de beaux sermons.

L'itinéraire suivi par le savant ignore une grande partie de la province. En mars 1711, Jacques Boyer est en Bourbonnais et rencontre les communautés monastiques de Chantelle, Izeure, Saint-Menoux et Souvigny. Après avoir passé une semaine en Nivernais, il arrive le 8 mai à Bourges où il demeure presque un mois. Son séjour dans la cité lui offre de multiples occasions de rencontrer l'archevêque et de nombreuses personnalités religieuses locales comme les abbesses de Bussière et de Saint-Laurent, et de visiter des monuments comme la crypte de la cathédrale, l'hôtel-Dieu ou le couvent de l'Annonciade.

Le 19 mai, il prend la route de Chezal-Benoît, monastère de son Ordre, où il réside partiellement jusqu'au début juin. Il profite de son séjour à Chezal pour visiter Bommiers, l'abbaye de la Prée et rédige un compte-rendu très détaillé de son expédition jusqu'à l'abbaye cistercienne des Pierres, 40 kilomètres plus au sud. Le 6 juin, il se dirige vers Vierzon, qu'il atteint par le port de Lazenay. De Vierzon, où il réside jusqu'au 20 juin, il se rend, franchissant le Cher à Langon, jusqu'à l'abbaye d'Olivet, qui représente l'extrémité septentrionale de son voyage en Berry. Après être revenu à Chezal-Benoît par Issoudun, puis à Bourges, il retourne sur ses pas le 21 juillet. Passant par Etrechy, il retrouve la Charité-sur-Loire, Nevers, Souvigny au début du mois d'août avant de franchir les portes de l'Auvergne.

Jamais, dans ses notes personnelles, le religieux n'exprime les raisons qui l'ont mené à négliger de poursuivre sa quête de documents dans la majeure partie du diocèse. Ce manque de curiosité pour les archives de dizaines d'abbayes des actuels départements de l'Indre et du Cher, pourtant dûment référencées dans la Gallia Christiana, confirme que d’autres savants parisiens sont venus en Berry collecter les informations indispensables à la rédaction de leur encyclopédie du Christianisme en France. On connaît, entre autres, les comptes-rendus de Dom Estiennot, en particulier après sa visite de Noirlac. D'éminents latinistes locaux étaient peut-être associés à cette tâche, et de nombreux frères bibliothécaires ont sans doute été sollicités par les Bénédictins pour fournir des copies d'archives anciennes, confiées aux bons soins de voyageurs en partance pour Paris, comme Dom Boyer en rencontre tout au long de son voyage.

 

Un éclairage irremplaçable sur des lieux disparus

Observateur avisé et indépendant des lieux qu'il visite, le père Boyer décrit avec une certaine finesse des monuments du patrimoine régional aujourd'hui disparus, révélant parfois, sans s'en douter, des contradictions entre sa propre mesure des choses et des traditions orales sur lesquelles certains érudits se sont appuyés pour écrire l'histoire de communautés monastiques locales. Inversement, des études récentes permettent d'évaluer l'honnêteté de certains récits qu'il recueille lors de son enquête. Le récit de son crochet jusqu'à l'abbaye des Pierres, à la limite entre le Cher et la Creuse est, à ce titre, particulièrement significatif.

Le premier juin 1711, Dom Boyer, résidant dans la communauté bénédictine de Chezal-Benoît, part, en compagnie d'un de ses hôtes, en direction du sud. Les deux hommes passent par Lignières, Saint-Hilaire, Orsan et le Châtelet, suivant un axe destiné à devenir un jour la départementale 85. Après s'être restaurés à l'abbaye de Puyferrand, les deux bénédictins poursuivent leur chemin en direction de l'abbaye des Pierres, traversant le village de Saint-Maur puis coupent à travers la campagne, évitant la ville de Culan, dont il n'est pas fait mention, pour rejoindre le cloître cistercien. Sitôt sur place, Dom Boyer note que les Pierres sont "un lieu bien affreux et presque inabordable", peut-être influencé par l'ancien toponyme de "Val horrible", que les gens de la contrée accordaient au ravin au bord duquel le monastère était construit. Le moine, venu chercher dans les papiers de l'abbaye une liste d'abbés, déplore la maigreur de la documentation qu'on lui soumet, attribuant les lacunes du chartrier aux ravages des Protestants lors des Guerres de religion. Toute la région avait, en effet, été la proie d'une bande huguenote, attachée à l'armée du duc de Deux-Ponts, en 1569 et plusieurs monastères avaient eu à souffrir, avec plus ou moins de gravité, de ses exactions. Curieusement, le pillage de 1650, tout aussi grave, des Pierres par les troupes catholiques du Grand Condé, lors des troubles de la Fronde, est passée sous silence. Cette mémoire sélective des graves événements vécus par la communauté dans les décennies précédentes s'explique peut-être par la brièveté de l'étape cistercienne du savant qui repart, le soir même, pour le prieuré d'Orsan.

De toutes les notes prises par le savant lors de ses quatre mois passés à explorer les fonds documentaires régionaux, ce sont probablement celles consignées lors de sa visite du monastère d'Orsan qui sont les plus instructives pour l'historien. Orsan présentait autrefois plusieurs particularités. Fondée au début du XIIe siècle par Robert d'Arbrissel, abbé de Fontevraud, cette communauté, dirigée par des femmes, avait vu mourir dans ses murs son fondateur. Son cœur, soustrait à sa dépouille mortelle rendue à Fontevraud, avait été conservé sur place dans une chasse de plomb déposée dans une pyramide élevée dans la chapelle prieurale. La relique, profanée par les Protestants lors des mêmes événements dont les Pierres avaient eu à souffrir, dut à la bienveillance de quelques paroissiens de ne pas être perdue. Pyramide brisée, le cœur de Robert d'Arbrissel fut sauvé de justesse. Réputé miraculeux, cet objet de piété populaire permit même l'ouverture d’une enquête sur les vertus des restes du Bienheureux Robert, qui demeure notre principale source d'informations sur les événements ayant bouleversé Orsan. Ce pillage huguenot fut-il si terrible qu'on le lit en général? Il est permis d'en douter en parcourant les notes prises sur place par Jacques Boyer.

Le savant note tout d'abord l'architecture des voûtes de la chapelle, aujourd'hui démolie, s'étonnant de l'originalité de leur forme en cul-de-lampe, comparable à celles des églises de Saint-Pierre d'Angoulême ou de Souillac, dans le Lot. Puis, découvrant le mobilier de la chapelle, il décrit le reliquaire pyramidal, intact et signale la présence des tombes d'Adalard Guillebaud, le seigneur à l'origine de la fondation d'Orsan et de Léger, archevêque de Bourges et ami proche de Robert d'Arbrissel. Visitant le prieuré, il admire la qualités des boiseries, parcourt les archives et se fait même présenter l'anneau et le sceau de Léger, trouvés dans sa tombe ainsi que quelques ornements de métal ayant appartenu à sa crosse.

Ce sont ces observations qui sont les plus instructives. Au lendemain du passage des Protestants, Orsan avait été décrit comme ravagé et les commentateurs n'avaient pas économisé les remarques déplorant l'étendue du saccage. Or, un siècle et demi après les événements, le moine découvre un monastère intact, dont les tombes n'ont pas été profanées et pillées, qui a conservé ses parchemins les plus anciens, et où personne ne parle plus, contrairement aux Pierres, du prétendu pillage. Même le cœur de Dom Robert, comme on l'appelait alors, a retrouvé sa place dans sa petite pyramide restaurée. Le témoignage de Jacques Boyer permet donc de tempérer les doléances des catholiques du XVIe siècle, qui, traumatisés par les horreurs subies par la région, avaient exagéré la portée des événements qu'avait eu à subir le petit couvent berrichon.

Fort de ses observations, mais pressé par le temps, le bénédictin retourne à Chezal-Benoît, avant de poursuivre son voyage dans le nord de la province.

 

Dom Boyer revint quelques années après son périple en Berry finir sa vie parmi ses frères de Chezal-Benoît. Vers 1850, les sociétés savantes locales ne constatent plus que ruines à Orsan et à l'abbaye des Pierres. De nos jours, si Orsan a trouvé un nouvel éclat, il ne demeure sur place plus aucune trace du patrimoine admiré il y a 300 ans par le savant latiniste. Quant aux Pierres, seules quelques ruines informes achèvent de s'effacer dans la végétation.

 

(note) Journal de voyage de Dom Jacques Boyer, publié et annoté par Antoine Vernière, 537 pages, Clermont-Ferrand 1886

 

© Olivier Trotignon 2022

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29 janvier 2022 6 29 /01 /janvier /2022 11:17

 

© IGN - source: Géoportail

 

Les Archives départementales du Cher conservent une copie moderne (1634) d’un document rare dans nos régions : la charte d’affranchissement de la ville et paroisse de Vesdun, cotée E 647, et accordée par le chevalier Rannoux, seigneur de Culan en 1265. Contrairement à ce qu’on peut lire parfois, ce nom : Rannoux, n’est pas une forme hypocoristique du nom Renaud mais un patronyme original en usage à l’époque dans la famille de Culan.

La charte est rédigée en Français et non, comme d’autres, en Latin, afin d’être comprise de tous, y compris de son signataire. Sur l’original était appendu le grand sceau équestre de Rannoux, de cire blanche. Les concessions du seigneur de Culan aux habitants de Vesdun engagent ses successeurs, les dits habitants pouvant faire appel au roi de France si l’un de ceux-ci ne respectait pas ses obligations.

Que contient ce texte ? Essentiellement des clauses fiscales et juridiques, destinées à attirer des nouveaux habitants dans la paroisse et dissuader les hommes libres d’aller s’établir ailleurs. Les Vesdunois gagnent en autonomie judiciaire et peuvent régler eux-mêmes les petits délits et conflits, force restant au seigneur pour le jugement des crimes, larcins et viols ; la charte précise, à ce sujet : « se elle s’en claime » - si elle vient se plaindre. Il se réserve le droit d’user de la force si nécessaire pour rétablir le bon droit.

En termes fiscaux, il est difficile d’évaluer la mesure des avantages qu’un habitant de Vesdun aura par rapport à un paroissien vivant dans une autre partie de la seigneurie. En effet, nous ne connaissons pas le montant de la fiscalité sur les hommes et les biens en usage dans l’ensemble du territoire aux mains des Culan mais il est évident que toutes les conditions qu’il serait trop long d’énumérer ici présentent un avantage substantiel pour qui voudrait venir vivre dans le village. Une mesure incontournable, bien connue des médiévistes sous le terme de « quatre cas », est rappelée dans la charte : Rannoux rappelle que s’il ne peut rien exiger des paroissiens affranchis, il garde le droit de les imposer « quant mi fils sera fais chevaliers nouveaux, ou quand je mariray ma fille, ou s’alloye en la mer, ou j’estoye pris en guerre dont Dex me gart », c’est à dire quand il armera son fils aîné chevalier, mariera sa fille, s’il part en croisade outre-mer et s’il est fait prisonnier, pour la constitution de sa rançon, que Dieu l’en garde !

Qu’apprend-on sur Vesdun en cette seconde moitié du XIIIe siècle ? Une foire, ou marché, se tient le mardi. Les conditions dans lesquelles doivent se tenir les vendanges indiquent que la vigne était déjà cultivée dans la région, comme elle l’est encore aujourd’hui. Nous ne sommes pas très loin de Montluçon, ville qui avait déjà à l’époque une certaine importance, et qui pouvait représenter un débouché fructueux pour le vin local. 

Nous découvrons dans d’autres clauses l’existence d’un château tenu par un châtelain fidèle au seigneur de Culan, probablement un officier seigneurial, bailli ou autre prévôt. Les fossés du château sont mentionnés car Rannoux renonce à imposer aux gens de Vesdun la corvée d’entretien de ceux-ci, sans doute un curage régulier pour éviter l’envasement (ces fossés servaient ordinairement de fosse d’aisance aux résidents des châteaux et devaient être d’un aspect peu engageant au bout d’un certain temps). Ce sont ces fossés dont on devine l’emplacement par l’examen du parcellaire villageois, bien visibles sur les vues aériennes. Le seigneur garde en outre des maisons et des gens sur place, peut-être pour la gestion de ses propres vignes, qui sont citées.

Quel intérêt le sire de Culan a t-il eu à affranchir la paroisse de Vesdun ? Plusieurs raisons peuvent être avancées.

Le village est au cœur d’un vaste terroir nouvellement conquis sur une région peu peuplée. Attirer de nouveaux bras pouvait être un moyen d’accélérer le défrichement de zones incultes. La tenue de marchés et le commerce du vin favorisaient la circulation des hommes et de l’argent et, indirectement, participaient aux finances de la seigneurie. L’autonomie de la paroisse déchargeait le seigneur d’une partie de ses responsabilités, particulièrement en matière de justice.

Un dernier point a attiré mon attention, peut-être à tort, mais la proximité des évènements pose question. Des recherches récentes ont démontré la survenue d’une crise climatique aigüe provoquée par l’éruption catastrophique du volcan indonésien Samalas, sur l’île de Lombock, aux antipodes du Berry, en 1257, au point que certains climatologues parlent d’un petit âge glaciaire ayant durement impacté les activités humaines de cette époque. Qui sait si les efforts du seigneur de Culan ne sont pas plutôt dûs à un soucis de restauration d’une économie en ruine qu’à une volonté d’accroitre l’attractivité de ses domaines ?

 

© Olivier Trotignon 2022

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26 décembre 2021 7 26 /12 /décembre /2021 09:48

Le massif forestier de Tronçais, dans le département de l’Allier a, depuis très longtemps, acquis une réputation qui a largement dépassé les frontière du Bourbonnais. L’article qui suit n’ajoutera rien à sa large renommée. La forêt a été, et est encore étudiée par des archéologues et des historiens modernistes et contemporanistes, qui s’appuient sur des découvertes au sol et sur des archives publiques. Dans ces deux registres, l’époque médiévale est très mal documentée et c’est, paradoxalement, à l’extérieur du massif que se trouvent les indices les plus significatifs qui permettent de tenter une projection de ce qu’à pu être ce territoire des Gallo-romains à l’époque moderne.

A ma connaissance, l’acte le plus ancien faisant mention de Tronçais date de mai 1216. Rédigé à Chantelle, il témoigne de l’accord passé entre Archambaud de Bourbon et son vassal Pierre des Barres. La forêt est explicitement citée : « nem(oris) de Truncia » et « nemus quod vocatum Trossa ». Les deux féodaux partagent leurs droits sur la forêt ainsi que sur la ville et châtellenie de Cérilly. On apprend que le chevalier des Barres possède des hommes à Coust ainsi que des maisons à Ainay (le-Château) et à Meaulnes. En 1246, le chevalier Jean de Meaulnes déclare rendre hommage à l’archevêque de Bourges pour des droits situés entre Ainay et Charenton. Le point commun entre ces deux documents n’est pas tant la forêt elle-même que les lieux cités, tous extérieurs au massif. L’inventaire du patrimoine bâti recoupe cette observation. A part le tureau de Châtelus et le petit prieuré de la Bouteille, la forêt est vierge de vestiges médiévaux, alors que ses lisières comptent plusieurs forteresses et églises : Ainay-le-Château, la Bruyère-l’Aubespin, Urçay, Chandon, la possible maison templière de Braize (aucune source contemporaine ne fait état de son existence)...la liste est longue et prouve de manière irréfutable que Tronçais était déjà un désert forestier bien avant que l’administration royale ne s’intéresse à la qualité de ses bois.

Pourquoi Tronçais a t-elle échappé à la vague de défrichements qui modifient les paysages médiévaux ? Plusieurs hypothèses, pas forcément concurrentes, peuvent être avancées. La faible qualité des sols, l’absence de cours d’eau à fort débit pour entrainer des moulins, des pentes importantes n’en font pas un lieu idéal pour l’agriculture.

On remarque de plus que la présence monacale est très réduite dans ce secteur. A part le petit prieuré de la Bouteille et son enclave, il est significatif qu’aucune communauté religieuse (si on exclu l’hypothèse d’un monastère colombaniste à Isle-et-Bardais aux temps paléo-médiévaux ) ne se soit établie proche de Tronçais. J’y verrais la signature soulignée du prieuré clunisien de Souvigny, qui semble avoir empêché d’autres ordres monastiques de se fixer dans la région, lui-même n’ayant que faire de cette forêt.

La pauvreté du peuplement local joue aussi sans doute un rôle, le besoin de terres n’étant pas impérieux.

J’observe aussi que le pouvoir des Bourbons était très peu délégué, dans la région, à des vassaux, souvent très actifs, ailleurs dans la région, sur le front des défrichements.

La relation entre les seigneurs de Bourbon et cette partie de leurs domaines n’est qu’hypothèses. Utilisent-ils la forêt pour son bois et comme terrain de chasse ? Il est impossible de répondre. Tronçais semble une parenthèse entre les ville forte et forteresse d’Ainay-le-Château et la région de Bourbon.

Cette étendue forestière est peut-être même un handicap pour Bourbon. Une troupe ennemie déterminée pouvait progresser à couvert et s’enfoncer assez profondément dans les terres bourbonnaises avant que l’alerte soit donnée.

Il est impossible de prédire ce que de nouvelles découvertes archéologiques, prévues ou fortuites pourraient amener dans la connaissance du massif de Tronçais à l’époque médiévale, mais il faut sans doute s’attendre à peu de résultats dans ce domaine.

 

 

© Olivier Trotignon 2021

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10 octobre 2021 7 10 /10 /octobre /2021 10:33

C’est pour moi un plaisir de vous inviter à ma - très probablement – seule conférence publique de l’année 2021, qui se tiendra à la salle municipale de Coust, dans le Cher, le 7 novembre à partir de 17h. L’année écoulée a été, pour des historiens indépendants comme moi, décevante. Les conditions sanitaires imposées pour cause de pandémie ont découragé plusieurs de mes contacts d’organiser des manifestations publiques en lieux clos, m’obligeant à abandonner des projets déjà bien construits à l’incertitude des mois à venir.

Ce dimanche 7, ce seront les Cisterciens du Berry qui seront à l’honneur, mais pas au sens où on l’entend habituellement.Depuis l’époque de ma Maîtrise, que j’avais consacrée à l’étude de l’abbaye féminine de Bussière, je n’ai pas étudié en particulier l’Ordre de Cîteaux dans le diocèse de Bourges, mais beaucoup utilisé les fonds d’archives des abbayes régionales et creusoises pour préparer ma thèse. C’est ainsi que j’ai pu relever un certain nombre de situations bien documentées mais ne cadrant pas vraiment avec l’histoire « officielle » de l’Ordre. C’est cette histoire régionale parfois surprenante que je vous invite à venir découvrir dans une animation d’environ 90 minutes qui traitera de l’Ordre de Cîteaux en Europe, en Berry et qui abordera le cas des monastères régionaux sur lesquels j’ai le plus dépouillé d’archives.

Nous laisserons derrière nous le Moyen-Âge, en fin de séance, pour suivre quelques épisodes de la vie des moines de Noirlac jusqu’à la Révolution.

Au programme : Noirlac, Bussière, les Pierres, Bois-d’Habert, Beauvoir, Fontmorigny, la Prée et quelques établissements plus méridionaux ayant détenu des granges en Berry.

L’accueil du public débutera vers 16h30 pour permettre le contrôle des passes sanitaires. Parking proche, accès pour les personnes à mobilité réduite, téléphones mobiles silencieux, entrée libre (avec recueil des dons au profit de l’association « Coust, notre village » à la sortie), aucune connaissance particulière en histoire requise, port du masque (peut-être, nous n’y sommes pas encore) demandé sont les principales informations à savoir.

Dans l’espoir de vous rencontrer ou de vous retrouver bientôt….

 

© Olivier Trotignon 2021

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30 septembre 2021 4 30 /09 /septembre /2021 15:39

 

Vous avez sans doute entendu parler de la loi sur l’eau, prévue pour protéger une ressource qui est de plus en plus menacée. Parmi ses recommandations, il en est une qui condamne à l’assèchement tout un nombre d’étangs et de retenues artificielles, considérés comme facteurs d’une évaporation nuisibles au bon étiage des cours d’eau. 

Une manière de sauvegarder l’intégrité de son patrimoine aquatique est de pouvoir apporter la preuve qu’il existait avant la Révolution française, devenant ainsi « fondé en titre ».

C’est ainsi que m’a été présenté un étang au demeurant très plaisant, retenant les eaux d’un petit affluent de la rivière Cher, mais menacé par décision administrative de voir sa digue éventrée pour en faire un simple pré. Prouver son ancienneté était un des moyens possibles d’assurer sa sauvegarde, tâche à laquelle je me suis attaché, sans grande expérience, je le reconnais, plus habitué à travailler sur la société féodale berrichonne.

Par où commencer ? Le point de départ fut la paroisse sur le territoire de laquelle la retenue avait été construite. M’appuyant sur les inventaires des documents produits par les clergés régulier et séculier de l’actuel département du Cher, il apparut très vite que les moines de l’abbaye cistercienne de Noirlac avaient été les propriétaires d’un immense étang, aujourd’hui disparu, sur la même petite rivière qui alimente l’objet de notre intérêt. Les religieux, très attentifs aux revenus que leurs procuraient leurs terres, avaient avant la Révolution rédigé des descriptifs de leurs biens fonciers. En parcourant cette littérature apparut la première mention explicite de l’existence d’un aménagement légèrement en amont, que les moines pêchaient par leurs propres moyens et n’en tirant aucun revenu financier, le poisson étant destiné à la consommation de la communauté. En soi, la preuve de l’antiquité de l’ouvrage était apportée, mais son âge n’était pas établi. J’entrepris alors une lecture de l’ensemble des pièces formant le fonds documentaire disponible sur la paroisse et remontai à la première moitié du XVe siècle, trouvant la trace de l’achat du terrain par les moines et une première mention de l’étang en 1431. Cette enquête permit en outre de révéler tout un système halieutique incluant plusieurs étangs, tous disparus, sur le même ruisseau et des aménagements permettant d’alimenter l’abbaye de Noirlac en poisson frais, indispensable pour les périodes de jeûne. Mon seul regret est de ne pas avoir retrouvé, dans les fonds notariés, les actes de vente de ces parcelles comme biens nationaux à la Révolution.

C’est donc avec une très grande satisfaction que j’ai appris que le Tribunal administratif d’Orléans avait reconnu l’étang menacé comme fondé en titre, reconnaissant, parmi d’autres argumentaires pertinents, la validité des sources historiques. Il est amusant de penser que la rigueur des archivistes du monastère a permis de sauver, par delà les siècles, un des biens de la défunte abbaye.

A titre personnel -mais je ne suis qu’historien et pas spécialiste en écologie – le petit étang bâti par les moines ne me semble pas plus nocif pour la ressource en eau que ces arrosages agricoles en pleines journées de canicule ou ces carrières qui éventrent la basse terrasse du Cher, exposant la nappe phréatique à l’évaporation qu’on imagine.

 

© Olivier Trotignon 2021

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14 juillet 2021 3 14 /07 /juillet /2021 14:56

priorale de La Chapelaude

 

C’est un épisode abondamment documenté de l’histoire du Berry méridional que celui de la restauration du très ancien prieuré de La Chapelaude, sur lequel il semble que tout ait été dit, qui a retenu mon attention suite à des lectures récentes.

Cet évènement est connu grâce aux travaux de l’archiviste bourbonnais Martial-Alphonse Chazaud, qui, au XIXe siècle, a eu la patience de réunir les copies de la majorité des actes du cartulaire de ce monastère, déjà perdu à son époque. Cette mine documentaire nous permet de reconstituer la genèse du retour des moines de l’abbaye de Saint-Denis, près de Paris, dans leurs anciennes possessions berrichonnes. Chazaud lui-même, ainsi que plusieurs autres érudits, ont largement publié en leur temps sur le sujet, qui semble aujourd’hui épuisé.

Il demeure toutefois un détail qui a échappé aux chercheurs: l’identité exacte du chevalier qui restitua aux moines dyonisiens leur légitimité de propriétaires terriens dans la région de La Chapelaude.

Les origines du prieuré de La Chapelaude se situent dans cette longue période très peu documentée qui précède l’avènement du système féodal. La désagrégation des institutions carolingiennes s’est traduite par une  érosion des contacts que l’abbaye parisienne entretenait avec ses domaines ruraux qui, une fois tombés en déshérence, passèrent sous la coupe de diverses autorités locales que personne n’osait contredire.

La nouvelle forme d’administration de l’espace que représenta le système féodal procura au clergé un cadre assez solide pour rentrer en possession de ses biens spoliés. La réforme grégorienne fournit une motivation spirituelle suffisante pour que de nombreux féodaux rendent à l’Église les droits et terres qu’elle réclamait.

Afin de préparer le retour de ses frères en terre berrichonne, un moine vint occuper une maison à Audes. Il est probable que ce religieux réussit à convaincre les seigneurs locaux d’assurer le salut de leurs âmes en restituant à Saint-Denis ses anciennes possessions. Le premier d’entre eux, connu sous le nom latin de Johannes de Sancti Caprasii miles, a longtemps retenu mon attention à cause de plusieurs détails intrigants.

Son nom fut traduit par M.A. Chazaud en Jean de Saint-Caprais, chevalier, orientant naturellement la localisation de son fief autour de la petite paroisse de Saint-Caprais, non loin du château d’Hérisson, dans le département de l’Allier. Or, qu’on soit sur place ou qu’on examine les clichés satellite de ce terroir, on ne remarque aucune trace d’activité féodale. Le bourg est minuscule, aucun vestige de fortification n’est apparent, ce qui surprend quand on sait que Jean de Saint-Caprais portait le titre, encore rare en cette mi-XIe siècle, de chevalier. Autre motif d’étonnement: il n’y a aucune trace de donations dans le périmètre de la paroisse supposée éponyme, tout ce que le chevalier et ses descendants ont donné ou contesté au prieuré dyonisien se trouve proche de la celle monastique.

 

 

abbaye de Bonlieu

 

C’est, il faut l’avouer, un peu par hasard que la solution à cette anomalie est apparue. En consultant la copie du cartulaire de l’abbaye cistercienne de Bonlieu, mis en ligne par les Archives départementales de la Creuse, j’ai relevé à plusieurs reprises le toponyme, devenu anthroponyme, de Sancti Caprasii, porté par une famille chevaleresque originaire de la paroisse de Saint-Chabrais, près de Chénerailles, à une soixantaine de kilomètres au Sud-Ouest de La Chapelaude. Au regard des actes de piété consentis par ces gens au profit des Cisterciens creusois, on peut, je pense, réfuter la traduction proposée par Chazaud, et admettre les Saint-Chabrais comme fondateurs du nouveau prieuré de La Chapelaude. Plus tard, cette famille s’est intéressée au sort des Cisterciens des Pierres et place une des siennes, âgée, parmi les moniales cisterciennes de l’abbaye de Bussière.

Dès le XIe siècle, des liens sont attestés avec la seigneurie d’Huriel, et confirmés au XIIIe siècle.

Nous observons là un nouveau parallèle entre l’histoire du Berry du Sud et celle de la Marche, qu’aucune limite à part celle, théorique, des diocèses, ne semble avoir séparées. Nous relevons de plus une preuve supplémentaire de la grande hétérogénéité de certains petits fiefs, possédant des dépendances dans des espaces éloignés du cœur des seigneuries.

 

abbaye des Pierres

 

© Olivier Trotignon 2021

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